Europe

Le redimensionnement des réseaux pousse les banques à se réinventer

Créé le

15.04.2025

-

Mis à jour le

22.04.2025

Des hubs aux agences itinérantes, les pays européens multiplient les solutions
pour éviter l’exclusion bancaire.

Partout en Europe, les grands réseaux accélèrent le mouvement de fermetures d’agences. Y compris en France, où les banques ont longtemps retardé le redimensionnement de leurs réseaux. Récemment, BNP Paribas a ainsi décidé de supprimer à horizon 2030 plusieurs centaines d’agences. Plus de 500 pourraient être concernées sur un total de 1 500 à l’heure actuelle.

De façon générale, la digitalisation a transformé la structure du modèle bancaire en permettant de réaliser la plupart des opérations quotidiennes au travers des canaux numériques. La pression exercée pour réduire les coûts d’exploitation et l’émergence de l’Intelligence artificielle contribuent aussi à une réduction drastique du nombre d’agences « Il y a quatre ans, les dépenses numériques représentaient environ 24 % des coûts totaux d’une institution financière moyenne en Europe. Aujourd’hui, elles sont estimées à plus de 40 %, bien que cela soit difficile à mesurer, explique Manuel Romera, directeur du département finances au sein de l’IE Business School à Madrid. Cependant, les frais de personnel représentent encore environ 50 %, ce qui montre qu’il y a encore une marge d’ajustement. »

Consolidation et réseau intimement liés

Au-delà de ces évolutions structurelles, des différences existent d’un pays européen à l’autre : en Espagne, la surbancarisation du pays dans les années précédant la crise financière a conduit à un fort mouvement de consolidation. Il se poursuit encore aujourd’hui avec le projet de rachat du numéro deux BBVA sur son concurrent Sabadell. En dix ans, le nombre d’agences est passé de plus de 31 800 à 17 666 fin décembre 2024, selon des statistiques de la Banque centrale espagnole. « L’Italie a suivi une tendance similaire, bien qu’un peu plus modérée, avec une plus grande résistance au changement dans certaines régions en raison de facteurs culturels et d’une base de clients moins numérisée », ajoute l’enseignant de l’IE.

Le mouvement de consolidation dans le pays, avec notamment les projets de rachat de Banco BPM par UniCredit ou celui de Mediobanca par Monte dei Paschi pourrait conduire à un redimensionnement encore plus drastique du réseau bancaire italien. L’an dernier, les établissements transalpins ont fermé 508 agences, soit une baisse de 2,5 % en un an, portant le total au niveau national au-dessous des 20 000, selon l’Observatoire sur la désertification bancaire publié par First Cisl. « Doté d’un modèle plus décentralisé et un fort réseau de caisses d’épargne publiques (Sparkassen), l’Allemagne a également réduit son réseau, tout en maintenant une présence significative dans les zones moins rentables, pour des raisons de cohésion sociale », explique Manuel Romera.

Au Royaume-Uni, les annonces se suivent et se ressemblent : au total, 378 agences (Halifax, Santander, Lloyds, Natwest, TSB, etc.) devraient fermer leurs portes cette année, réduisant encore le nombre de succursales qui atteignait 6 870 fin 2024, selon l’Association de la banque britannique (BBA). Au milieu des années 80, on en comptait encore plus de 21 600.

Un bus, un hub ou... la Poste

Partout, les solutions se multiplient pour éviter l’exclusion financière : le numéro trois bancaire Caixabank a ainsi développé un service – Ofimovil – d’agences itinérantes, avec des bus se déplaçant dans 1 400 petits villages en Espagne. Au Royaume-Uni, les « hubs bancaires » se développent dans les villes les moins bien desservies : installés dans des bureaux de postes, ces hubs permettent à des conseillers de différentes banques de se relayer les jours de semaines et permettre aux clients de déposer ou retirer des espèces, de consulter leurs comptes ou de payer leurs factures. 200 créations devraient se rajouter à la centaine de hubs déjà en activité, selon un rapport de la Chambre des Lords (Closure of banks impact on rural communities).

La Poste joue aussi un rôle clé dans la plupart des pays, comme en Espagne où les principales banques domestiques ont noué un accord avec Correos, l’équivalent de la Poste, afin de permettre à leurs clients d’effectuer des retraits et des dépôts en espèces. « Dans des pays comme les pays nordiques ou les Pays-Bas, où l’utilisation de l’argent liquide est résiduelle et où la numérisation est très avancée, la transition a été plus naturelle, explique Manuel Romera. En revanche, en Espagne, en Italie et en Grèce, où le contact physique et le face-à-face sont davantage valorisés, le processus a généré plus de frictions ». Des différences existent aussi selon le modèle bancaire. « L’Allemagne et l’Autriche, par exemple, maintiennent un solide réseau de caisses d’épargne et de coopératives, qui continuent d’opérer dans des zones moins rentables. Cela a permis d’amortir l’impact des fermetures. En revanche, dans les pays où la concentration bancaire est plus forte, la disparition des institutions locales a laissé des vides territoriaux plus importants », conclut l’expert. Stéphanie Salti

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº904