Au 2e trimestre, les activités de marchés, de gestion ou d’assurance ont été les moteurs dans la performance des banques françaises. Portée par l’envolée de 57,6 % des activités Equity & Prime Services, le résultat de BNP Paribas a grimpé de 20,9 % à 3,39 milliards d’euros. Du côté de Société Générale, le bond de 24,4 % du produit net bancaire (PNB) des activités Actions a nourri celui de 23,7 % du résultat du groupe à 1,11 milliard. Grâce à la hausse de 8 % du PNB du pôle Global Financial Services, BPCE limite à -17 % le recul de son résultat à 806 millions. Impacté par la chute de 11 % de la production commerciale de Crédit Agricole Personal Finance & Mobility, le PNB de Crédit Agricole SA a crû de 1,8 % à 6,79 milliards, soutenus par le pôle Gestion de l’épargne et Assurances (+12,2 %) et la BFI (+7,8 %). Toutefois, le résultat de la banque verte a baissé de 10,4 % à 1,83 milliard. Celui de Crédit Mutuel Alliance Fédérale (CMAF), stimulé par le crédit à la consommation, l’assurance et la banque de financement, s’est accéléré de 3,5 % à 1,94 milliard.
Des marges étroites
La diversification des activités des banques paie. Qui plus est, la banque de détail qui génère 30 % à 75 % de PNB total selon les institutions, fait toujours grise mine dans l’Hexagone malgré des signes d’amélioration. Dans le contexte toujours porteur pour l’épargne réglementée, de taux qui restent élevés et d’une production de crédit au ralenti, les marges nettes d’intérêt (MNI) se sont améliorées entre avril et juin de 10,9 % chez LCL (Crédit Agricole), de 10,6 % pour le pôle Banque de détail, Banque Privée et Assurance de Société Générale, et de 5 % pour Banque Populaire (BPCE). Sur le premier semestre, celles des caisses du Crédit Mutuel se sont redressées de 6,2 %. Toutefois, le bilan semestriel reste terne, avec des MNI en baisse pour Banque Populaire, Caisse d’Épargne (BPCE), BNP Paribas et CIC (CMAF). D’ailleurs, les investisseurs, qui s’impatientent, ont sanctionné en bourse Société Générale en réaction de ses prévisions de MNI à 3,8 milliards d’euros pour 2024. « Alors que la banque de détail des banques italiennes et espagnoles affiche d’excellentes performances, les résultats concrets de reprise dans la banque de détail en France tardent à se faire sentir. Cela explique la réaction dure des marchés sur la question des MNI », explique Guillaume Larmaraud, Partner Services financiers chez Colombus Consulting. Rafael Quina, Senior Director, Financial Institutions chez Fitch dévoile son scénario central sur les revenus d’intérêts : « Suite au repricing graduel à l’actif sur les prêts immobiliers et à la cristallisation du coût de refinancement au passif, nous anticipons un redressement lent et progressif des MNI en France à partir du second semestre 2024. Cependant, nous ne prévoyons que pour la fin 2025 un retour de la MNI aux niveaux de 2022. » Alors que le coût du risque et les frais de gestion et de structure ont eu tendance à augmenter, les groupes font face aux nouvelles mauvaises performances de la banque de détail en France en intensifiant leurs stratégies d’acquisition de clients. C’est le cas, au 2e trimestre, chez Crédit Agricole (+382 000) et BoursoBank (+300 000) et au premier semestre, chez Crédit Mutuel (+109 000), les Banques Populaires et les Caisses d’Épargne (+452 000) et Hello bank! (+195 000). « Condamnés à la croissance, les banques mutualistes comme Crédit Agricole, Crédit Mutuel et BPCE adoptent des stratégies agressives pour rentabiliser leurs réseaux d’agences étendus, analyse Guillaume Larmaraud, tandis que les banques commerciales comme Société Générale et BNP Paribas attirent des clients du premier segment de gamme via leurs banques en ligne et génèrent du PNB en les accompagnant à travers l’ensemble des services groupe. » Aux yeux de l’expert, une baisse des taux des dépôts réglementés et de l’assurance vie, qui ont enregistré des collectes record, et une reprise de l’immobilier en 2024 pourraient améliorer les MNI, notamment celles des banques mutualistes.