Banque de détail

Des classements qui ne reflètent pas précisément la réalité
des pratiques bancaires

Créé le

24.05.2024

-

Mis à jour le

17.06.2024

La méthodologie
de classement tarifaire
de la CLCV comporte certains biais statistiques. Elle conduit à des résultats dont il convient de relativiser la pertinence.

Quelles sont les banques qui proposent les tarifs les plus compétitifs ? Comment la CLCV les évalue-t-elle ? Les critères utilisés sont-ils un reflet fidèle des pratiques du marché ? Chaque année, l’association nationale de défense des consommateurs et usagers CLCV (Consommation Logement Cadre de Vie) publie un classement exhaustif des banques opérant sur le marché, qui met en lumière celles qui se révèlent les plus onéreuses et celles offrant des tarifs plus avantageux.

Le classement CLCV est fondé sur une sélection des offres bancaires et une segmentation de la clientèle. Au-delà d’une simple comparaison entre les établissements bancaires, le classement élaboré par la CLCV prend en considération les offres jugées les plus avantageuses pour les consommateurs, qu’il s’agisse de packages préétablis ou de services à la carte. À cette fin, l’association évalue la tarification des services proposés par les banques qui sont les plus consommés.

Ce classement se décline en trois catégories distinctes de profils de consommateurs :

– Profil 1 : les utilisateurs de services bancaires de base ;

– profil 2 : les titulaires de comptes joints avec des options supplémentaires ; et

– profil 3 : les clients recourant à des services plus coûteux et en nombre plus important.

Cette segmentation est censée permettre de mieux appréhender les différentes pratiques tarifaires des banques en fonction des besoins spécifiques des clients.

Un classement sujet à discussion

Parmi les multiples critères pris en compte pour établir son classement1, la CLCV retient le nombre moyen de retraits d’espèces aux DAB effectués par les consommateurs chaque mois. Selon les estimations de l’association, un consommateur réaliserait en moyenne seize retraits mensuels, dont huit retraits déplacés (effectués en dehors du réseau de sa banque), qui en comprennent six, effectués avec la première carte du compte joint et deux, avec la seconde.

Nous avons réalisé une étude des retraits d’espèces aux DAB, fondée sur l’exploitation de la base de données de notre cabinet de conseil spécialisé dans l’optimisation du Produit net bancaire (PNB) – Querya Partners.

Après avoir segmenté les consommateurs en fonction du nombre de retraits effectués par mois, nous avons étudié deux cas d’espèce : celui du retrait dans la banque du client et celui du retrait déplacé.

Notre étude révèle que, parmi les consommateurs qui effectuent des retraits déplacés, 79 % réalisent entre un et deux retraits par mois, tandis que seulement 2 % en effectuent 8 ou plus.

Cette proportion reste similaire pour les retraits effectués à la banque du consommateur, avec 73 % du portefeuille qui effectuent entre un et deux retraits par mois, et 4 % qui en effectuent huit ou plus. Les résultats de notre étude mettent en lumière une surestimation importante par la CLCV du nombre de retraits effectués par les consommateurs, ainsi que des frais de retrait qui en résultent.

En se fondant sur les estimations de la CLCV, le coût des retraits peut représenter jusqu’à 20 % de la facturation pour un consommateur de profil 2. Cependant, nos analyses démontrent que les retraits ne représentent que 0,2 % du coût total pour un consommateur moyen, une proportion cent fois inférieure à celle avancée par la CLCV.

En fonction du nombre
de retraits mensuels

En substituant le nombre de retraits mensuels de 16 à 4 (dont 2 effectués en dehors du réseau de sa banque), tout en conservant les mêmes critères que ceux utilisés par la CLCV, nous en avons déduit un classement2 différent. Nous nous sommes spécifiquement penchés sur le profil 2, étant donné que le profil 1 intègre peu de retraits et que le profil 3 inclut souvent une carte permettant un nombre illimité de retraits.

En moyenne, l’offre tarifaire des banques diminue de 24 euros, voire 54 euros, en prenant en compte l’estimation Querya du nombre de retrait. Diminuer ce nombre à 4 unités de retrait modifie considérablement le classement du profil 2.

Nous avons suivi la méthodologie de la CLCV pour en adapter son classement, en reprenant le nombre de retraits estimé par Querya. La CLCV détermine le coût des services bancaires pour un consommateur moyen en créant, d’une part, un panier de services « à la carte » et, d’autre part, un panier forfaitaire.

Pour définir le panier « à la carte », elle reprend les services les plus typiques, comprenant les frais de tenue de compte, l’abonnement Internet, les cartes de paiement, etc.

Pour le panier forfaitaire, elle ajoute aux offres forfaitaires le coût des services qui n’y figurent pas afin d’obtenir un panier de services identique à celui « à la carte ». Cette approche permet d’assurer une comparabilité précise des offres bancaires.

La CLCV examine les tarifs de chaque service bancaire en utilisant des conditions générales de banque standard, puis additionne les prix pour obtenir le coût total de chaque panier. Une fois que la CLCV a déterminé ses offres « à la carte » et forfaitaires, elle crée un tableau avec les tarifs des paniers de services « à la carte » et forfaitaire pour chaque banque. Pour compléter son tableau et établir son classement, elle ajoute une troisième colonne appelée « meilleur prix » qui affiche uniquement le tarif du panier de service le plus avantageux.

Nous avons utilisé ces éléments méthodologiques à l’identique. Querya s’est contentée d’ajuster le nombre de retraits dans sa liste de services, conduisant ainsi à définir un « Meilleur prix Querya » en regard du « Meilleur prix CLCV ». Il en est de même du « Classement Querya », qui reste cohérent et donc comparable à celui de l’association. En comparant les deux classements, on observe l’évolution des positions occupées par les banques dans le classement et les écarts de prix en pourcentage, notamment dus à la variation du critère de retrait mensuel (voir tableau).

Par exemple, BNP Paribas passe sous la barre des 100 euros. Le Crédit Mutuel Ile de France gagne trois places et se retrouve en troisième position dans l’évolution du classement effectuée par Querya. La Caisse d’Épargne Île de France et la Banque Populaire Rives de Paris perdent 3 et 4 places et se retrouvent en fin de classement. Le package de la Banque Populaire propose un nombre illimité de retraits à un tarif inférieur à celui de l’offre à la carte (en comptant 2 retraits). Ainsi, le meilleur prix selon CLCV et Querya reste identique pour cette banque. De plus, au sein d’une même banque, le choix entre l’offre forfaitaire et les services à la carte est déterminé par le nombre de retraits. Chez Crédit Mutuel Île-de-France, le package est l’option la moins coûteuse lorsqu’on considère les estimations à 16 retraits, alors qu’en réalité, avec 4 retraits, le service à la carte s’avérerait plus avantageux.

L’étude comparative des tarifs bancaires de la CLCV offre une perspective précieuse sur la compétitivité des différentes offres sur le marché. Cependant, notre analyse met en lumière certains biais statistiques importants, notamment en ce qui concerne le nombre de retraits mensuels et leur impact sur l’évaluation tarifaire de l’offre des banques et leur classement dans les études comparatives. Cette mise en perspective est à prendre en compte pour relativiser la pertinence de ces classements. n

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº893