Comment la banque de détail peut faire un milliard d’économies

Créé le

27.11.2024

-

Mis à jour le

06.12.2024

L’amélioration de la performance économique des banques françaises passe notamment par un travail sur les dépenses. Et sur un poste lourd, mais stratégique : la technologie.
Voici trois leviers à mettre en place simultanément pour y parvenir. Une occasion aussi
de libérer l’innovation.

Les banques françaises affichent une performance économique inférieure à celle de leurs pairs européens. Leur coefficient d’exploitation moyen est à 71 %, contre 67 % en Allemagne, 52 % en Italie ou encore 38 % en Norvège. Même décalage en comparant le rendement des fonds propres : 6 % en France contre une moyenne européenne de 9 %. Le problème hexagonal est double. Il y a certes un sujet de revenu – en baisse et aujourd’hui en décalage par rapport aux pairs européens. Mais il y a aussi un sujet de coûts, notamment ceux liés à la technologie.

L’industrie bancaire a commencé à informatiser ses opérations bien avant nombre d’industries. Le besoin de la gestion d’information y a toujours été structurellement fort : transactions quotidiennes, mouvements sur titres, opérations de crédit et de remboursement... Ainsi, la technologie a pris de plus en plus d’importance. Elle est même devenue un pilier essentiel du développement stratégique des banques. En 2017, l’ancien P-DG d’ING est ainsi allé jusqu’à dire qu’il souhaitait que sa banque devienne une « entreprise de la tech avec une licence bancaire ».

De 15 à 25 % des coûts totaux

Plusieurs tendances de fond (voir encadré) ont contribué à cette intensité technologique. Le corollaire de l’augmentation de l’importance de la technologie dans la banque a été une augmentation des dépenses. Celles-ci ont augmenté bien plus vite que les autres coûts, si bien qu’elles représentent dorénavant entre 15 % et 25 % des dépenses totales. Bien sûr, les banques s’activent pour les réduire : elles automatisent leur processus, font converger leurs infrastructures, déploient des API et commencent à intégrer l’intelligence artificielle. Cependant, si quelques banques performantes parviennent à diminuer leurs coûts d’exploitation, la plupart n’ont pas encore vu les effets positifs espérés se matérialiser. Ces différentes initiatives d’optimisation ont eu des résultats mitigés et il reste un potentiel significatif de réduction des coûts informatiques d’environ 10-15 %. Trois leviers, à activer simultanément, permettent d'y parvenir.

Levier 1 : amélioration de l’efficacité des ressources humaines

Environ 75 % des dépenses informatiques bancaires sont dues à la masse salariale directe ou sous-traitée. Un premier moyen de réduire les coûts repose sur la rationalisation du nombre de fournisseurs informatiques. Certaines grandes banques européennes cherchent ainsi à passer de plus d’une centaine de fournisseurs technologiques à moins d’une dizaine.

Un deuxième moyen concerne l’offshoring/nearshoring. L’Inde, avec 1,5 million d’ingénieurs fraîchement sortis des écoles chaque année, vient bien sûr à l’esprit, mais d’autres pays tirent aussi leur épingle du jeu en matière de disponibilité de talent instruit, agile et à faible coût : par exemple le Maroc, le Portugal et la Roumanie. Cette voie a été empruntée depuis déjà plusieurs années par quelques grandes banques françaises.

Levier 2 : mise en œuvre d’une plus grande agilité organisationnelle

La mise en place d’une plus grande agilité organisationnelle représente un levier fort pour réduire les coûts informatiques dans le secteur bancaire. En adoptant des approches flexibles les banques peuvent accélérer les cycles de développement et de déploiement, réduisant ainsi de 20 à 30 % le temps nécessaire. Les banques françaises ont porté de nombreuses initiatives d’agilité sur la dernière décennie, bien que les silos fonctionnels persistent toujours.

Une autre initiative organisationnelle peut être de centraliser des fonctions informatiques au sein de « centres d’excellence » ou « centres de services partagés » capables de servir plusieurs métiers et géographies. Cela permet de créer des économies d’échelle tout en diffusant les bonnes pratiques à l’échelle d’une zone ou d’un groupe. Là encore, les économies potentielles dépassent les 20 %.

Enfin, une réflexion organisationnelle plus holistique de la fonction technologie, avec une réduction du nombre de niveaux hiérarchiques et une augmentation de la taille moyenne des équipes, permet non seulement de générer des économies supplémentaires, mais aussi de simplifier les circuits de prise de décision.

Levier 3 : simplification de la demande et des infrastructures

La simplification de la demande informatique en provenance des métiers, d’une part, et des infrastructures informatiques, d’autre part, sont un levier de choix pour réduire les coûts. Cependant, les banques françaises l’investissent peu en comparaison des autres leviers. C’est certes regrettable, mais aussi prometteur : cela veut dire que c’est un gisement d’économies relativement vierge.

D’abord, les banques peuvent mieux gérer la demande en évaluant de manière proactive les besoins technologiques et en priorisant les demandes selon leur valeur ajoutée. Ce faisant, les banques peuvent éviter les investissements excessifs et limiter les ressources consacrées à des projets non essentiels.

Ensuite, les banques peuvent simplifier leur infrastructure et baisser leurs coûts de maintenance en rationalisant les systèmes, éliminant les technologies obsolètes ou redondantes et réduisant la complexité de leurs environnements informatiques. Ce mouvement vers plus de simplicité a commencé par la migration vers le cloud. La promesse initiale de réduction de coûts a certes peu porté ses fruits à date, mais le cloud a permis de flexibiliser le modèle informatique, d’en améliorer l’efficacité de la dépense et de permettre plus d’innovation.

Une ambition : faire plus
d’innovation

Cette optimisation permet d’améliorer la performance économique des banques. Sur le seul périmètre de la banque de détail en France, cela représente une opportunité d’environ un milliard d’euros. Mais il convient de ne pas se limiter à voir dans l’opération une simple réduction des coûts. Il faut intégrer cette optimisation dans une réorientation des dépenses vers plus d’innovation. En effet, aujourd’hui seulement environ 20 à 25 % des dépenses technologiques des banques sont dédiées à l’innovation. C’est insuffisant pour préparer l’avenir.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº898
Pourquoi la technologie devient de plus en plus importante
1. L’explosion de la donnée.
On parlait hier en « gibabytes » et autres « terabytes », on s’exprime aujourd’hui en « zettabytes », et on parlera demain en « yottabytes ». Plus de données ont été créées ces trois dernières années que pendant toute l’histoire de l’humanité.
2. La demande des clients pour l’utilisation d’outils digitaux.
Disposer d’une application moderne et intuitive est devenu le nerf de la guerre pour nombre d’industries, y compris les services financiers : les utilisateurs ont les mêmes attentes de leur application bancaire que de leurs autres applications de la vie quotidienne.
3. Le risque grandissant d’attaques numériques.
Il entraîne de fait des besoins croissants de cybersécurité. Le Fonds monétaire international estimait la perte annuelle due aux cyberattaques à environ 9 % du résultat net des banques.