L’essor récent des activités de wealth management illustre l’intérêt croissant des établissements bancaires pour la gestion de patrimoine et la banque privée. Plusieurs acteurs ont récemment lancé ou renforcé leurs offres dédiées, à l’image de Boursorama avec BoursoFirst ou encore d’AXA Banque avec une nouvelle gestion patrimoniale premium.
En Europe aussi, les initiatives ne manquent pas. Dans un contexte de concurrence accrue pour capter et fidéliser les clientèles patrimoniales, le métier de conseiller en gestion de patrimoine et de banquier privé apparaît plus stratégique que jamais. Mais que recouvre réellement cette fonction et comment évolue-t-elle aujourd’hui ?
Une étude récente menée pour l’Observatoire des métiers de la banque en partenariat avec le cabinet Elezia1 met en évidence la transformation progressive de ces métiers, situés au croisement de la relation client, de l’expertise financière et des enjeux réglementaires.
Une place stratégique
Dans le secteur bancaire, les métiers du conseil en gestion de patrimoine et de la banque privée représentent une part relativement limitée des effectifs – un peu plus de 6 000 professionnels en France – mais occupent une place stratégique dans le modèle économique des établissements. Ils interviennent auprès d’une clientèle disposant d’un patrimoine significatif d’au minimum 150 000 euros d’avoirs financiers à plusieurs millions d’euros voire davantage, et nécessitant un accompagnement personnalisé sur des sujets variés : placements financiers, fiscalité, immobilier, transmission ou structuration patrimoniale. L’accès à ces fonctions repose généralement sur un niveau de qualification élevé, souvent un diplôme de niveau Bac +5 en finance, gestion de patrimoine ou droit. L’étude a d’ailleurs permis de mettre en lumière plusieurs réalités du métier dans la banque de détail et la gestion de fortune.
Un rôle d’architecte du conseil
Dans un environnement marqué par une concurrence accrue – notamment de la part d’acteurs indépendants ou digitaux –, la qualité de la relation client devient un levier stratégique majeur. Les conseillers patrimoniaux sont aujourd’hui attendus non seulement sur leur expertise technique, mais également sur leur capacité à instaurer une relation de confiance durable et à proposer un accompagnement global.
Dans le même temps, la complexité croissante des situations patrimoniales conduit les conseillers à mobiliser un ensemble d’expertises complémentaires : ingénierie patrimoniale, fiscalité, structuration juridique, financement ou immobilier. Le banquier privé tend ainsi à jouer un rôle d’interface entre le client et un écosystème d’experts internes ou externes. Cette évolution rapproche ainsi progressivement le métier d’une fonction de coordination ou de « chef d’orchestre » du conseil patrimonial.
Vers un conseiller « augmenté »
Les transformations technologiques participent également à l’évolution du métier. Les établissements développent progressivement des outils digitaux destinés à améliorer l’analyse patrimoniale, la connaissance client ou le suivi des portefeuilles.
L’intelligence artificielle (IA) pourrait, à terme, jouer un rôle plus important dans certaines tâches à faible valeur ajoutée, notamment en matière de conformité, de suivi administratif ou de préparation de recommandations d’investissement. Ces outils ne visent pas à remplacer le conseiller, mais plutôt à renforcer sa capacité d’analyse et sa réactivité. Cette évolution ouvre la voie à la figure du « conseiller augmenté », davantage recentré sur la relation client, l’expertise et la personnalisation du conseil.
Des enjeux croissants de formation et de compétences
Les transformations du métier soulèvent également plusieurs enjeux en matière de formation et de gestion des compétences. Les conseillers patrimoniaux sont déjà soumis à un volume important de formation réglementaire obligatoire, indispensable pour garantir la conformité des pratiques. Toutefois, les évolutions du métier appellent également le renforcement d’autres compétences. L’ingénierie patrimoniale – notamment en matière fiscale et juridique – constitue un domaine clé pour répondre à la sophistication croissante des besoins des clients.
Par ailleurs, le développement des activités de banque privée auprès des dirigeants d’entreprise nécessite souvent une meilleure compréhension des enjeux de finance d’entreprise et de structuration patrimoniale du dirigeant. Enfin, la dimension commerciale du métier tend également à se renforcer, la capacité à développer et fidéliser un portefeuille de clients devenant un facteur déterminant.
Dans ce contexte, les établissements sont amenés à réfléchir à l’évolution des parcours professionnels, au renforcement des formations spécialisées et à une meilleure articulation entre les différents métiers de la relation client, afin de capter et accompagner ces clientèles stratégiques.