La révolution bancaire ne date pas d’hier ! Les premières banques à distance (home banking en anglais) viennent même de passer le cap de la maturité, en fêtant en France l’an passé leurs 40 ans. La première, permettant d’accéder à un conseiller sans se déplacer en agence, est apparue en 1985. La « banque sans guichet » Cortal a en effet été inaugurée par la Compagnie Bancaire, filiale de Paribas à cette date. Le groupe bancaire a ensuite poursuivi l’aventure avec Banque Direct en 1994, avec un positionnement sans équivoque. Dans un spot publicitaire, une jeune femme, sur son lit, saisit son téléphone : « Faut que je passe à ma banque, moi. Et voilà, c’est là ma banque, c’est pas loin. Cela s’appelle Banque Direct. C’est la première banque par téléphone, ouverte 24 heures sur 24. » À l’époque, les banques à distance reposaient sur la relation par téléphone via les centres d’appel. La technologie des PABX (autocommutateurs privés automatiques), qui prolifère dans les années 60-70, a facilité cet essor. Et à l’étranger ? Elle démarre dans les années 80 aux États-Unis, via la relation par téléphone avec les centres d’appel. First Direct n’apparaît au Royaume-Uni qu’en 1989. Le géant néerlandais ING lance ING Direct au Canada en 1996.
Le Minitel, dernier avatar
des 30 glorieuses
Dans les années 1980, une innovation permet l’essor de la banque à distance : le Minitel. La France est alors encore précurseur, grâce au génie des ingénieurs de la Direction générale des télécommunications (DGT) qui, dans la lignée des Trente Glorieuses, donneront naissance à Transpac, le réseau public de commutation. L’État stratège, via la DGT, lance en 1981 la célèbre expérience de Vélizy, visant à tester le Minitel avec différents partenaires, dont des banques. À l’époque, 2 500 foyers furent équipés de terminaux Videotex qui permettaient d’accéder à une centaine de services.
Cette invention ouvrait l’ère des usages numériques grand public. News, météo, billets de transports, messageries (roses) et, enfin, banque et bourse en ligne... Les innovations de l’époque préfiguraient les secteurs qui réussiraient sur le Web. Dès 1984, la BNP lance son service interactif Téléservice B, via le Minitel. La Bourse en temps réel sur Minitel apparaît peu de temps après (Le Crédit du Nord, 1987).
Certes, d’autres pays avaient développé des projets équivalents, fondés sur la technologie videotex (informations interactives sur un terminal connecté au réseau téléphonique) mais aucun n’atteignit le succès durable du Minitel, dû à sa distribution gratuite et à l’intégration avec la facture téléphonique. Notons aussi aux États-Unis, au milieu des années 80, apparaissent les premiers discount brokers, offrant un service fondé sur le clavier des téléphones fixes et des serveurs vocaux, pour passer des ordres de Bourse.
Le Minitel permit aussi l’apparition de start-up, avec les premiers courtiers de Bourse en ligne. Citons par exemple Abax (3614 Abax). Fimatex, lancée par Fimat (filiale de la Société Générale) en 1990, permettait d’intervenir en temps réel sur le Matif.
Les pure players internet
Quelques années plus tard, une autre innovation viendra supplanter le Minitel. Internet commence à se déployer en 1993 et révolutionne la distribution. Les offres de Bourse en temps réel sur Minitel migrent vite vers la toile. Et en 2000, la France comptera jusqu’à une quarantaine d’intermédiaires pour investir en actions ! La bulle Internet éclate en mars 2000, le marché se consolide. Il ne reste qu’une demi-douzaine d’acteurs de l’époque...
Dans la banque, c’est l’avènement des pure players Internet. Zebank voit le jour en 2001. Le courtier en bourse Fimatex, devenu Boursorama à la suite du rachat du portail d’information de ce nom, s’attaque à la banque en ligne en 2005. ING Direct, centré au départ sur son Livret orange, lance son compte en 2009. Fortuneo, courtier en ligne lancé en 2000, suit le même chemin en 2005. B for Bank (Crédit Agricole) démarre en 2009, Hello Bank (BNP Paribas) en 2013. Orange Bank émerge tardivement, en termes de time to market, en 2017.
L’Iphone et le mobile first !
En parallèle, une nouvelle mutation technologique se profile ! Apple lance l’Iphone en 2007 et la révolution des apps. Toutes les banques lancent leurs applications bancaires. Nous vivons tous aujourd’hui avec la banque dans notre poche.
C’est de nouveau une rampe de lancement pour de nouveaux acteurs, mobile first ou mobile only, aux méthodes agiles. Le terme de fintech émerge. Simple (2012) ou Moven (2013), outre-Atlantique, constituent des sources d’inspiration. En France, AXA Banque ouvre la voie en mode start-up en 2014, avec son offre expérimentale, Soon. Deux néobanques internationales – au départ, des établissements de paiement proposant des cartes à autorisation systématique, activité autorisée par la Directive des services de paiement DSP1 – voient le jour pendant la décennie 2010 : Revolut en 2015 et l’allemand N26 en 2017. Complétons le tableau français par l’offre Nickel, distribuée par les buralistes dès 2014.
Si nous observons chez les pure players une phase de consolidation, vu les investissements importants requis (informatique, risque et publicité) et les faibles marges, il n’en demeure pas moins que la banque en ligne occupe désormais une place centrale. Les virements effectués en selfcare, c’est-à-dire en toute autonomie par le client, représentent quasiment l’intégralité des volumes. Aux Pays-Bas, ING ne compte plus que 30 agences (Les Échos, 24 déc. 2025).
Vers quelle banque à distance du futur ?
Désormais, le lancement de nouvelles offres bancaires grand public semble presque à l’arrêt. Est-ce dû à la saturation du marché ? À la solidité des leaders ? À la réglementation, forme de barrière à l’entrée ? Nous assistons tout de même à l’avènement des offres destinées aux TPE-PME. Qonto, démarrée en 2017, connaît un essor spectaculaire ces dernières années. Et la Bourse toujours... Trade Republic enregistre une forte croissance (démarrage en Allemagne en 2019, en France en 2021) avec une logique alliant éducation financière et offre séduisante.
Alors, est-ce la fin de l’histoire des banques en ligne grand public ? Certainement pas ! Deux tendances peuvent déclencher de nouvelles ruptures. D’abord, la proximité des médias sociaux et des messageries dans nos vies, amplifiée par le Covid. Tout le monde est sur Whatsapp ! Au Brésil, Whatsapp devient un canal de e-commerce majeur. Le Club Med indique qu’un tiers des interactions mondiales avec ses clients passent par Whatsapp et qu’un tiers d’entre elles sont entièrement automatisées (Relation Client Mag, déc. 2025).
Ensuite, le gain de temps et d’intelligence créé par la nouvelle technologie révolutionnaire : l’IA générative, qui va désormais être enrichie par l’IA agentique et ses agents proactifs et autonomes ! Certes, les grandes banques investissent massivement dans l’IA et identifient les cas opérationnels : gains de productivité, outils prédictifs de scoring, outils qui dopent l’intelligence et l’accès aux connaissances des conseillers devenus « augmentés »...
Mais l’IA transforme le client à son tour en « client augmenté ». Un bon prompt et il en sait autant ou plus qu’un conseiller et rédige en une seconde une réclamation digne pratiquement d’un avocat. Et si demain les agents IA permettaient à des clients de piloter leurs banques en échangeant simplement avec un bot via un fil comme Whatsapp ou directement à partir d’une IA comme Chat GPT ? Ils auraient un assistant bancaire qui les accompagne comme un concierge personnel. Le client indique qu’il prépare un voyage ? L’agent crée le bénéficiaire à partir de l’image fournie en PJ, prépare le virement pour payer le solde, vérifie le plafond de paiement de la carte, anticipe les alertes fraude sur les pays à risque, propose une Visa Premier avec les assurances adaptées...
Certes les obstacles se dressent. La protection et la sécurité des données, les sujets de souveraineté, les risques d’hallucination et la complexité du patrimoine logiciel (legacy) expliquent la prudence des acteurs en place. Alors, à différents endroits de la planète, dans des espaces de coworking, des entrepreneurs se préparent à réinventer encore l’expérience client avec la banque, grâce aux médias sociaux, à l’agentique by design et à d’autres trouvailles... L’histoire de la banque à distance et de ses nouveaux acteurs reste à écrire !