Épargne

Baisse du taux du Livret A :
bonne nouvelle pour les bilans bancaires

Créé le

27.01.2025

-

Mis à jour le

29.01.2025

A priori, la collecte va se tasser. Moins de ressources quitteront les bilans et la ressource sera moins chère. Pour Fitch, le gain sera de 1,6 milliard en résultat d’exploitation pour les six plus grandes banques.

Le reflux de l’inflation va impacter le Livret A. Garanti à 3 % sur la période août 2023-janvier 2025, le taux du produit d’épargne réglementée préférée des Français ne rapportera plus que 2,4 %, dès le 1er février. Cette baisse de 0,6 point de pourcentage est conforme à la formule de calcul légale. La preuve : moyenne semestrielle de l’indice des prix à la consommation (IPC) hors tabac à 1,38 %, taux court terme €STR moyen à 3,41 % de juillet à décembre 2024, arrondi au dixième le plus proche ! Pour les autorités, le taux, qui s’applique aussi au Livret de développement durable et Solidaire (LDDS), n’en demeure pas moins attractif pour les épargnants. Il reste en effet supérieur à l’inflation, revenue à 1,3 % en décembre 2024.

Afin de continuer à promouvoir l’épargne populaire, qui connaît une formidable dynamique avec 11,8 millions de livrets ouverts fin 2024 et 3,5 millions d’ouvertures nettes en deux ans, Bercy a dérogé à la règle en fixant le taux du Livret d’épargne populaire (LEP) à 3,5 %, contre un taux calculé de 2,9 %. Le LEP baisse toutefois d’un demi-point.

Léger impact sur les revenus d’exploitation

En France, les banques conservent à leur bilan environ 40 % de l’encours du Livret A et LDDS et 50 % du LEP. Le solde, c’est-à-dire la majorité, est centralisé auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour financer le logement social et les infrastructures des collectivités locales. « Les banques devraient payer moins de charges d’intérêt sur les dépôts non centralisés, avoir une meilleure maîtrise de leur coût du Livret A et stabiliser leurs marges nettes », explique Olivier Jouy, responsable de la gestion actif-passif de Crédit Agricole. Selon l’expert, la décision de l’État de respecter la formule facilite la gestion actif-passif et la couverture du risque de taux du Livret A. Constituant des ressources à taux courts révisables, les dépôts non centralisés servent à financer les prêts à taux fixe long terme à l’actif du bilan bancaire.

Gare aux raccourcis économiques ! En août 2023, la fixation du taux à 3 %, contre un chiffre calculé de 4,1 %, a certes diminué le coût pour les banques de cette ressource, mais une part significative de ce gain a été effacée par la perte d’efficacité que ce gel a entraînée sur les couvertures de taux et d’inflation.

Au final, d’après Fitch Ratings, la baisse des taux du Livret A et du LEP en 2025 générera « environ 1,6 milliard d’euros de revenus d’exploitation supplémentaires pour les six plus grandes banques ». Soit une augmentation d’environ 1 % par rapport à leurs revenus d’exploitation de 2023.

Amorce de normalisation
sur la ressource

En baissant de 3 % à 2,4 %, le taux du Livret A amorce sa normalisation après son envolée post-pandémique de 0,5 % à 3 %. Cette hausse avait déclenché des arbitrages massifs de la part des épargnants, transférant leurs fonds des dépôts à vue ou des livrets bancaires vers le Livret A. À noter, l’encours cumulé du Livret A et du LDDS a franchi la barre des 600 milliards en décembre 2024, avec le versement des intérêts de l’année.

« La centralisation des dépôts conduit à transférer 60 % des liquidités des épargnants du bilan des banques vers celui de la CDC. Pendant la période post-Covid marquée par un fort engouement pour le Livret A, elles ont dû se refinancer davantage sur les marchés ou offrir des taux sur les dépôts à terme compétitifs », explique Philippe Serrot, responsable du pilotage liquidité de Crédit Agricole. Selon le banquier, la baisse du taux du Livret A devrait en réduire son attractivité relative, stabiliser le montant des dépôts centralisés et ne pas créer de besoin de refinancement supplémentaire.

Obligations de prêts sur les encours conservés

Il rappelle aussi qu’en novembre dernier la CDC, via le Fonds d’épargne, a proposé, aux banques éligibles qui distribuent l’épargne réglementée une enveloppe de 20 milliards d’euros pour financer de nouveaux prêts verts. Qui plus est, les banques ont l’obligation d’employer 80 % des ressources non centralisées pour les PME, 10 % pour la transition énergétique ou la réduction de l’empreinte climatique, et 5 % pour les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS). Avec la baisse du taux du Livret A, la CDC, quant à elle, pourra accorder des prêts à un meilleur taux aux bailleurs sociaux et aux collectivités pour réaliser leurs investissements.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº901