Les forêts, poumons verts de notre planète, sont aujourd’hui confrontées à diverses menaces qui résultent des changements climatiques : augmentation des températures, sécheresses intenses et multiplication des incendies. Les effets du dérèglement climatique se font de plus en plus ressentir sur les écosystèmes fragiles des forêts.
Dans ce contexte, l’assurance prêt prend un rôle majeur. Elle constitue un outil indispensable pour protéger les propriétaires forestiers contre les pertes financières liées aux événements climatiques extrêmes. En effet, les dommages causés par de nombreux périls assurables ou non mettent en danger l’économie des exploitations forestières.
Il s’agit donc de porter un regard d’avenir sur ce secteur peu connu et pourtant majeur de l’économie verte. L’assurance forestière joue un rôle crucial dans la protection des forêts et dans la lutte contre le changement climatique. En aidant les propriétaires forestiers à se prémunir contre les risques financiers liés aux événements climatiques extrêmes, elle encourage la gestion durable des forêts et contribue à la préservation de ces écosystèmes essentiels.
Mais la garantie des risques de dommages aux biens forestiers pose des questions de mutualisation du risque, en particulier dans le contexte des risques systémiques que sont les phénomènes climatiques. Il ne s’agit ici que des forêts en France métropolitaine ; celles des DROM-POM (Départements et Régions d’Outre-Mer-Pays d’Outre-Mer) sont exposées à des risques de nature différente et requièrent des formes de couverture spécifiques (tempête tropicale notamment).
La planète vit au rythme des saisons. Dans un contexte d’intensification et d’augmentation des phénomènes climatiques sur la planète, la forêt se trouve au centre de l’attention. Les forêts françaises couvrent une surface de 31 % de la France métropolitaine. Face aux changements climatiques, elles subissent des perturbations environnementales majeures. Ces « poumons verts », vitaux pour la biodiversité, l’économie locale et la production de bois, sont de plus en plus vulnérables aux événements climatiques extrêmes.
L’assurance des forêts en France est donc un enjeu majeur, dans un contexte où les phénomènes climatiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et intenses. En effet, les forêts, patrimoine naturel et économique, contribuent à la régulation climatique, à la biodiversité et à l’économie rurale. Cependant, les tempêtes, incendies et autres phénomènes naturels mettent en péril cet écosystème fragile, posant des défis considérables pour le secteur de l’assurance.
En tant qu’acteur central dans la préservation de cet écosystème, l’assurance forestière doit donc faire face à des défis anciens (tempête, incendie), mais de fréquence et d’intensité accrues. La question est de savoir si les forêts françaises peuvent encore être assurées de manière viable et efficace. Dans cette analyse, nous cherchons à comprendre les dynamiques actuelles de l’assurance des forêts et les solutions disponibles pour affronter les défis posés par le climat et son évolution.
Il s’agit de décrire la structure du marché de l’assurance des forêts en France, ses limites, et les solutions innovantes qui peuvent être envisagées pour garantir une couverture efficace des risques dont la fréquence et la gravité évoluent rapidement.
I. L’assurabilité des forêts face aux défis climatiques
La France dispose d’une vaste étendue forestière (environ 17,1 millions d’ha en 2021). Ce patrimoine naturel est largement reconnu pour son rôle écologique. Mais la superficie couverte par une assurance forestière reste faible : seules 10 % environ des forêts sont assurées. Ce faible taux de couverture s’explique en partie par un manque de sensibilisation des propriétaires forestiers, mais aussi par la nature des risques inhérents à la forêt. Il faut préciser que la forêt privée représente aujourd’hui 23 % du territoire soit 12,6 millions d’ha. La forêt française assure, selon le Sénat, de l’ordre de 8 Mds € d’exportations par an.
Plusieurs acteurs gravitent autour de l’écosystème de l’économie forestière. Les Pouvoirs publics jouent un rôle de facilitateur auprès des propriétaires avec l’objectif de faire adopter de bonnes pratiques, mais aussi de mettre des outils techniques à disposition de tous.
Ils ne sont pas seuls acteurs sur ce marché. Depuis de nombreuses années, les propriétaires forestiers s’organisent en syndicats pour défendre leurs intérêts et soutenir une gestion durable des forêts. FRANSYLVA, acteur du développement de la forêt, contribue au développement de l’assurance forestière sur le territoire français.
Les acteurs principaux de ce marché incluent des compagnies telles que Groupama, Crédit Agricole et Axa, mais aussi des courtiers spécialisés comme Verspieren, via le contrat Sylvassur conclu avec FRANSYLVA. Cela étant, le marché reste restreint en raison des risques croissants et de la volatilité des coûts des sinistres.
Les offres sont diverses et très variées. Certains contrats donnent la possibilité au client avec une appétence pour le risque de devenir acteur de la gestion de son bien via le risque. Une part d’auto-assurance peut permettre aux propriétaires de faire face à un sinistre catastrophique de gravité et d’intensité. Cette méthode sert aussi de limiter le coût de la couverture d’assurance de la forêt.
Cette part de découvert d’assurance implique une gestion des coûts et des pertes, en cas de sinistre. Chaque sylviculteur propriétaire définit sa stratégie économique. Une indemnisation au prorata de la surface peut aussi être obtenue si les seuils de déclenchement sont supérieurs à la surface endommagée. Ainsi, l’assurance des forêts est un outil adaptable aux besoins propres de chaque propriétaire. Le choix de Verspieren et FRANSYLVA donne la possibilité de proposer aux adhérents une couverture simple et compréhensible tout en rendant l’assuré acteur de son risque.
Un entretien avec Laurent Blaise, chargé de clientèle chez Verspieren, met en avant que le secteur se trouve être sinistré avec une forte variabilité. C’est pourquoi l’assurance des forêts en France est limitée par les phénomènes climatiques.
L’assurance des forêts se fonde, dans un premier temps, sur son emplacement : le zonage géographique joue sur les garanties proposées. Par ailleurs, la présence d’essences de bois spécifiques influence le montant de garantie ainsi que la présence d’étangs. La surface boisée ainsi que la nature des peuplements, mais aussi leurs âges, se répercutent sur les montants et la nature des périls assurés.
De manière générale, l’indemnisation perçue au titre du contrat de dommages aux biens doit correspondre à la valeur du bien. Ainsi, les assureurs et les acteurs du marché se mobilisent autour de la description de la forêt et cherchent à mieux assurer le massif. Néanmoins, les limites d’assurance et des problématiques diverses viennent ralentir la diffusion du produit. En résumé, croissance du risque, de moins en moins d’acteurs, un manque de connaissances, une augmentation globale des risques forestiers ou autres ? S’agit-il alors d’un risque non assurable et exclu à l’avenir par tous les acteurs ?
Les phénomènes climatiques extrêmes, tels que les incendies et tempêtes, entraînent des conséquences lourdes pour les propriétaires forestiers et pour les assureurs. Les tempêtes de 1999 et les incendies de 2022 ont montré l’ampleur des dégâts possibles, avec des coûts d’indemnisation qui peuvent atteindre plusieurs milliards d’euros.
Les projections météorologiques annoncent des températures en hausse de 5 °C à 7,5 °C à l’aube de 2050, aggravant la situation. Les sécheresses récurrentes affaiblissent les arbres, rendant les forêts plus vulnérables aux incendies et aux maladies. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des sinistres conduit à une difficile quantification des risques, un obstacle majeur pour les assureurs qui doivent ajuster les primes.
La diversité des zones de réalisation des sinistres spécifiques s’efface peu à peu. Il est de plus en plus commun d’avoir un péril identique, grave et imprévisible, d’une région à une autre. Les phénomènes climatiques montrent la limite de l’assurabilité d’un risque. En effet, sa recrudescence et son ampleur significative font des phénomènes climatiques un risque majeur pour l’avenir.
En complément des sinistres déjà médiatisés, d’autres périls moins connus du grand public affectent la forêt. Ils constituent des impacts indirects des changements climatiques. Du fait de l’augmentation de fréquence et de durée des sécheresses et des fortes chaleurs, les arbres se trouvent fragilisés. Cela les rendant plus vulnérables, les rongeurs ou les insectes, comme le scolyte, en profitent pour se développer. Les arbres sont donc plus fréquemment sujets aux maladies causant des pertes. À ce jour, aucun traitement n’existe pour contrer cette attaque. C’est un péril qui pourrait être non assurable sur l’ensemble du marché, un peu à l’instar de la pandémie pour les êtres humains.
Les experts connaissent sa présence, son développement rapide grâce aux phénomènes climatiques. Il n’existe cependant pas de solutions évidentes pour le traiter et l’éradiquer. Le moyen le plus efficace pour lutter contre la propagation reste la coupe des arbres attaqués. Il est ensuite primordial d’arrêter de planter une espèce à risque dans une zone sinistrée. C’est la seule solution pour contrer la sinistralité majeure due aux scolytes. L’adaptation des pratiques sylvicoles influence donc la sinistralité et son extension.
Une perturbation des interactions entre espèces peut avoir des conséquences irrévocables, entraînant la disparition des arbres sur une zone. L’écosystème de la forêt se trouve alors affecté. Cette disparition d’espèces entraîne un dérèglement naturel vis-à-vis de l’absorption du CO². Cela ne peut faire qu’atténuer la lutte contre les changements climatiques. Le zonier est très disparate. L’assureur pourrait alors penser à compartimenter les garanties dans l’objectif de prioriser le risque et réduire son exposition.
Cette discussion est proche de celle de l’agriculture dans le cadre de la réforme des polices multirisques climatiques agricoles. En fonction des régions, l’exposition n’étant pas la même, il pourrait être intéressant de faire du « pick and choose » sur les garanties offertes et souscrites par le client.
L’assurance des forêts est un outil indispensable pour la protection d’un écosystème. Mais, l’assurance des forêts doit être repensée pour s’adapter afin de répondre à la croissance en fréquence et en sévérité des phénomènes climatiques. L’effort ne peut être supporté seul par les assureurs et les acteurs privés du secteur. Les Pouvoirs publics doivent s’inscrire eux aussi dans une démarche de protection durable et d’innovation auprès des acteurs du marché.
II. Les solutions pour pérenniser l’assurance forestière
Pour contrer l’augmentation des sinistres, de nouvelles solutions technologiques émergent. Les sylviculteurs utilisent traditionnellement des mesures de prévention telles que les lignes pare-feu, des bandes de terre ou d’herbe qui cloisonnent les parcelles forestières pour éviter la propagation des incendies. Ce système, très répandu, est reconnu pour son efficacité.
L’utilisation de points d’eau, naturels ou artificiels, facilite l’intervention des pompiers en cas d’incendie. Cependant, avec la multiplication des périodes de sécheresse, certaines forêts ne sont plus approvisionnées par les étangs, désormais asséchés, rendant ces solutions inefficaces. Pour remédier à cette situation, des innovations telles que des cuves de stockage d’eau pour les périodes de sécheresse sont introduites afin de fournir aux pompiers des points d’eau, même en l’absence de ressources naturelles.
Les nouvelles technologies jouent un rôle déterminant dans la gestion des risques forestiers. L’introduction de la télédétection par satellite et l’intelligence artificielle (IA) sont utilisées par les assureurs pour anticiper les sinistres, évaluer les risques avec plus de précision et améliorer la gestion des événements climatiques. Conscients de l’augmentation des sinistres futurs, ils investissent dans le développement de services de prévention pour réduire l’impact des catastrophes naturelles.
La technologie de l’information et de la communication constitue un moyen de mieux surveiller l’état des forêts, d’anticiper les sinistres, et de quantifier les risques. Les tours de guet dotées de systèmes d’IA sont utilisées pour une détection précoce des incendies, remplaçant ainsi l’œil humain pour surveiller de vastes zones forestières.
L’implantation d’une caméra de surveillance intelligente capable de détecter les premiers signes d’incendie comme la fumée déclenche une alerte automatique auprès des pompiers. Malgré le coût élevé de ce système son efficacité est indubitable : les assureurs considèrent ce dispositif comme l’une des solutions les plus prometteuses pour la gestion du risque incendie de forêt.
L’innovation ne s’arrête pas aux caméras de surveillance. Le projet ALEOFEU modélise le stress hydrique des végétations à partir de données satellitaires pour mieux comprendre les risques d’incendies et autres catastrophes naturelles. Ces technologies aident les scientifiques à cartographier précisément les zones à risque et d’aider les assureurs à adapter leurs politiques en conséquence.
Les satellites fournissent des images en temps réel qui permettent aux assureurs de mieux appréhender les variations de température dans les sols, ce qui est crucial pour la gestion des sinistres. Ce système est également pertinent pour anticiper les chablis, c’est-à-dire les arbres renversés par le vent.
En parallèle, de nouveaux systèmes de détection thermiques combinent la détection de points chauds via un détecteur thermique et la vidéosurveillance. Grâce à l’IA, ces systèmes envoient une notification si elle détecte une anomalie, déclenchant une intervention rapide. Ces dispositifs sont coûteux, mais ils représentent une avancée importante en matière de prévention des sinistres.
Une autre approche innovante, qui concerne directement l’assurance, consiste à utiliser l’assurance paramétrique, une solution déjà courante dans l’agriculture, qui pourrait s’étendre à la couverture des forêts. Ce type de contrat enclenche une indemnisation automatique dès qu’un certain seuil de température ou d’humidité est atteint, par exemple en cas de sécheresse ou de tempête. Cette méthode ne peut couvrir entièrement les massifs forestiers, mais elle pourrait être adaptée pour des parcelles spécifiques ou pour certains types d’arbres plus vulnérables, comme les pins.
L’assurance paramétrique pourrait également être appliquée à d’autres phénomènes climatiques comme le poids de la neige ou les inondations.
L’ensemble de ces technologies constituent des outils pour mieux comprendre et anticiper les risques liés aux phénomènes climatiques tout en assurant une gestion proactive des sinistres. Les assureurs continuent à investir dans ces innovations pour maintenir l’assurabilité des forêts et gérer efficacement la recrudescence des phénomènes climatiques. Par l’utilisation de l’IA et de la télédétection, les risques seront mieux maîtrisés, même si la mutualisation reste un défi en raison des coûts associés à ces technologies.
L’implication des Pouvoirs publics est cruciale pour maintenir une couverture d’assurance des forêts viable. Il s’agit d’abord d’améliorer la mutualisation, en incitant à la souscription généralisée de l’assurance Dommages. Ainsi, le programme DÉFI propose des incitations fiscales pour encourager les propriétaires forestiers à s’assurer contre les risques climatiques.
Des mesures supplémentaires sont cependant nécessaires pour renforcer la résilience des forêts face aux crises futures : les changements climatiques nécessitent une nouvelle approche de la protection des forêts.
Les Pouvoirs publics renforcent la prévention des incendies et inondations, notamment par des politiques comme la Loi Débroussaillage et le programme DÉFI, qui incitent les propriétaires forestiers à souscrire une assurance. La diversification des espèces forestières, en favorisant des essences résistantes aux feux, et la gestion des zones humides sont aussi des mesures clés pour atténuer les risques.
Les Pouvoirs publics et les acteurs de l’assurance devraient donc coopérer pour cartographier les zones à risque et mieux anticiper les phénomènes climatiques. Avec 90 % des forêts non assurées, l’assurance forestière reste un marché à fort potentiel. Grâce à l’innovation et à des stratégies adaptées, l’assurabilité des forêts peut être préservée, malgré l’augmentation des sinistres.
L’assurance des forêts de France est un secteur en pleine mutation aussi bien comportementale qu’économique. Elle doit faire face à de nouveaux enjeux et défis. La typologie des périls Incendie notamment, va de pair avec l’évolution des phénomènes climatiques. L’assurance reste un produit fondé sur la quantification d’un ou plusieurs risques.
La mise en péril du système assurantiel n’est pas logique, au vu des possibilités offertes telles que l’innovation technologique. L’assurance des forêts reste pourtant un des outils majeurs de la gestion des risques. Elle influe sur la préservation des écosystèmes naturels ainsi qu’économiques. C’est pourquoi la mutualisation des risques est au cœur de la stratégie : elle doit assurer la survie de l’assurance des forêts et donc, de la protection des massifs.
En passant d’une gestion axée uniquement sur la production à une gestion durable, avec une diminution des émissions de gaz à effet de serre et la mise en place de plans de boisement divers, la forêt française deviendra acteur de la gestion de son propre risque. Malgré un marché complexe, l’assurance des forêts de France est un secteur qui doit croître au regard des phénomènes climatiques.
Il convient de repenser de manière générale le domaine économique et sociétal inhérent à l’assurance. De plus en plus présents, de plus en plus intenses, de plus en plus critiques, les phénomènes climatiques pourraient devenir l’enjeu premier des assureurs à l’avenir. Ainsi pourrons-nous assurer éternellement les catastrophes naturelles à l’échelle française ? Les fonds créés en ce sens sont-ils suffisants ou alors faut-il créer, comme en agriculture, un fonds de calamité ? n