Le Printemps de l’assurance permet chaque année la rencontre entre chercheurs académiques, professionnels du monde de l’assurance et étudiants. Comme le rappelle Laurence Bauduin, présidente de l’Institut des actuaires, « parce que la science se nourrit d’échanges, le Printemps de l’assurance est une initiative essentielle qui nous permet de réfléchir ensemble aux évolutions du secteur face à l’accélération des risques liés au dérèglement climatique, à l’évolution démographique, aux crises économiques, et aux risques liés aux nouvelles technologies numériques ».
Ces transformations majeures soulèvent en effet des enjeux essentiels auxquels le secteur de l’assurance doit se préparer. À titre d’exemple, si à l’horizon 2050, 11 millions de maisons individuelles sont bien concernées par le risque de retrait-gonflement des argiles, comment les assureurs et les pouvoirs publics peuvent-ils se préparer ? Peut-on envisager de demander à plusieurs dizaines de millions d’habitants de déménager, de reconstruire leur logement ou de renoncer à toute couverture au motif qu’ils ne relèveraient plus d’un modèle économiquement viable ? Et de façon plus générale, comment assurer une France à +4 degrés par rapport à l’ère préindustrielle ?
Un monde qui s’écroule est-il assurable ?
La question qui se pose aujourd’hui avec acuité, remarque Céline Béguin, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’Institut des Assurances de Paris, est : « Peut-on encore assurer un monde qui s’écroule ? ». Aucun territoire n’est aujourd’hui épargné face aux risques naturels, comme le rappelle Myriam Merad, directrice de recherche CNRS à l’Université Paris Dauphine-PSL. Près de la moitié des communes françaises sont désormais exposées à un risque d’inondation, phénomène dont l’ampleur s’est considérablement accrue au cours des dernières décennies. L’évolution du coût des catastrophes naturelles en France est à cet égard édifiante : évalué à environ 10 milliards d’euros en 2022 par France Assureurs, ce montant a été multiplié par trois à quatre par rapport à la moyenne observée sur les décennies précédentes. Une telle inflation des coûts pose une triple question : comment mobiliser les financements nécessaires sans alourdir excessivement les primes d’assurance ? Plus largement, comment maintenir l’accessibilité à l’assurance dans un contexte de risque croissant et de plus en plus difficile à mutualiser ? Enfin, comment repousser toujours plus loin les limites de l’assurabilité ?
Mais tout d’abord, qu’est-ce que l’assurabilité ? D’un point de vue juridique, Céline Béguin précise que l’assurabilité d’un risque correspond à l’éligibilité à une couverture. Autrement dit, il s’agit de déterminer si un individu ou une entité peut bénéficier d’une garantie contractuelle transférant le risque à un tiers – l’assureur – qui en assumera la charge financière. En l’absence de ce transfert, il y a auto-assurance : le risque est directement supporté par le souscripteur, généralement en raison d’une prime jugée trop élevée... ou d’une absence de tiers. L’exposition reste alors entièrement à sa charge. Sur le marché mondial, le « découvert d’assurance » est la norme du risque, majoritairement non couvert : une large proportion des risques existants ne fait l’objet d’aucune garantie, faute d’assurance souscrite ou de marché de transfert disponible.
Vous avez dit inassurable ?
Cette définition peut être précisée en distinguant deux aspects. D’une part, l’inassurabilité, qui concerne les risques systémiques d’une ampleur telle qu’ils échappent à toute capacité de mutualisation. D’autre part, la non-assurabilité, qui désigne des risques techniquement assurables, mais que les individus ne souscrivent pas, faute de moyens financiers. Céline Béguin souligne que se pose dès lors la question de l’inclusion financière et de l’accès à l’assurance Si les primes deviennent excessives, le risque est grand de voir alors une part croissante de la population exclue de toute possibilité de souscription, comme on peut déjà l’observer en Floride, en Californie ou en Australie. Acculé et souhaitant marquer les esprits, le maire de Breil-sur-Roya a ainsi décidé en janvier 2025 de prendre un arrêté symbolique interdisant l’occurrence des catastrophes naturelles sur sa commune qui avait été durement touchée par la tempête Alex en 2020, nous rappelle Myriam Merad. Ce dernier point renvoie à une problématique cruciale d’inclusion sociale et territoriale, à savoir la question de l’accès effectif à la protection assurantielle, mais aussi pour les assureurs la question d’une segmentation équitable du risque sans basculer dans une hyperindividualisation qui pénaliserait lourdement les assurés des zones les plus exposées.
Pour Édouard Vieillefond, directeur général de CCR (Caisse Centrale de Réassurance), un risque inassurable désigne, par essence, un risque que le marché, laissé à lui-même, ne parvient pas à couvrir. Il s’agit d’une situation dans laquelle les assureurs privés, même appuyés par leurs réassureurs privés traditionnels, ne peuvent garantir ni une rentabilité normale, ni l’équilibre technique indispensable à la viabilité du système assurantiel.
Érosion du littoral en France : une certitude !
Face à ce constat, que peut-on faire ? Il apparaît déjà que cette question de l’assurabilité ne se pose pas de la même manière selon les régions du monde. En France, le principal mécanisme permettant de pallier ce type de défaillance de marché est le régime CatNat (catastrophes naturelles), soutenu par la garantie de l’État et porté par la CCR. Aujourd’hui, la CCR suit ainsi de près une quinzaine de risques dits « à la frontière de l’assurabilité » qui peuvent devenir momentanément ou structurellement inassurables. Il s’agit par exemple de l’assurance crédit lors de la crise des subprimes ou pendant la pandémie de Covid-19.
Mais il existe une limite structurelle à l’assurabilité : certains risques doivent, à terme, être abandonnés. Dans le cas des risques naturels, contrairement aux inondations ou aux submersions de périodes de retour suffisantes, l’érosion du littoral ne relève par exemple plus de l’aléa, mais de la certitude. Ce n’est donc plus une affaire d’assurance, mais de temporalité et d’aménagement. Dès lors, il convient de se poser collectivement la question de la limite – où doit s’arrêter l’assurabilité ? –, ce qui oblige à cartographier les zones à risque, et notamment celles présentant des caractéristiques extrêmes. En France, rappelons en effet qu’un enjeu se dessine autour de zones très localisées – représentant quelque 0,5 % du territoire –, mais qui pourraient, à terme, concentrer 30 à 50 % des sinistres.
Enjeux majeurs autour du cyber
et de la démographie
Malgré l’ampleur des risques climatiques, la difficulté est aussi de tenir compte de la montée concomitante d’autres risques comme ceux liés à la démographie ou aux risques numériques comme le cyber. Ce dernier est au cœur des questions actuelles d’assurabilité des entreprises et des collectivités avec, selon l’ANSSI, plus de 400 % d’augmentation des attaques de ransomwares sur les années récentes.
S’agissant de la démographie, les transformations en cours exercent une pression croissante sur l’équilibre financier de notre système de protection sociale et de l’assurabilité en termes d’assurance de personnes, nous rappelle Hippolyte d’Albis, professeur à l’École d’économie de Paris. En France, nous avons longtemps eu le sentiment de bénéficier d’une « bonne démographie », fondée sur un indicateur très spécifique : le taux de fécondité, c’est-à-dire le nombre moyen d’enfants par femme. Toutefois, cette approche est réductrice. La dynamique démographique dépend en réalité de plusieurs facteurs imbriqués : la fécondité, bien sûr, mais aussi l’immigration, la mortalité ainsi que la structure initiale de la population par âge. C’est l’ensemble de ces éléments qui détermine la composition et la trajectoire des populations d’actifs, d’inactifs et de retraités au sein d’une population.
Hippolyte d’Albis nous rappelle que du point de vue strictement socio-économique, la situation française n’est pas aussi favorable qu’on pourrait le croire avec un poids de dépenses liées aux plus âgés devenant de plus en plus lourd à porter pour les actifs. À titre de comparaison, la structure démographique allemande actuelle est, toutes choses égales par ailleurs, plus propice à l’équilibrage du système de protection sociale. Il explique que les conséquences financières de l’augmentation projetée de la part des personnes âgées dans la population sont considérables : 56 milliards d’euros de dépenses supplémentaires, accompagnées d’une baisse de 14 milliards d’euros des recettes du système d’ici 2029 par rapport à l’année 2019, selon les hypothèses du scénario central de l’INSEE, soit environ 3 % du produit intérieur brut. Selon la structure de la démographie à cet horizon, le pic agrégé des dépenses sociales se situe majoritairement autour des 65-70 ans, tranche d’âge qui concentre à la fois un fort taux de recours aux prestations et un nombre significatif de bénéficiaires.
Dans le même temps, les recettes du système de protection sociale, essentiellement constituées des cotisations sociales, sont majoritairement acquittées par les individus en âge d’activité, c’est-à-dire entre 35 et 60 ans. L’évolution du ratio entre ces deux classes d’âge est cruciale pour comprendre l’impact de la démographie sur les finances publiques, ainsi que les évolutions auxquelles devront faire face les régimes d’assurance en matière de santé-prévoyance, mais aussi de retraite.
Il faut améliorer l’accessibilité
de l’assurance
Les défis d’aujourd’hui nous incitent à penser différemment. Franck Le Vallois, directeur général de MMA Assurances, insiste sur ce point essentiel. Nous oublions souvent que l’un des premiers freins à l’assurabilité réside dans l’accès même à l’assurance. L’efficacité de l’assurance repose en effet sur une condition essentielle : que les citoyens puissent effectivement y avoir accès. Or il est aujourd’hui avéré qu’un nombre significatif de Français renoncent à s’assurer non pas en raison d’un rejet du principe même de l’assurance, mais du fait de contraintes économiques, budgétaires ou d’un manque de connaissance des offres disponibles. Les chiffres sont parlants. On estime à environ 700 000 le nombre de conducteurs circulant chaque jour en France sans assurance. Concernant les cyberattaques, si la majorité des grandes entreprises disposent d’une couverture, moins de 3 % des TPE-PME sont aujourd’hui assurées contre ce type de menace. Ces données témoignent d’une assurabilité réduite, principalement en raison d’une accessibilité défaillante. Ainsi, une première solution réside dans l’amélioration de l’inclusion assurantielle. Pour Franck Le Vallois, les offres des assureurs doivent permettre de réduire trois fractures : économique, qui pousse les Français rencontrant des difficultés financières à réduire ou à renoncer à leur couverture d’assurance, territoriale, avec une plus faible accessibilité aux offres d’assurance pour certains territoires, et culturelle, liée à une méconnaissance des enjeux de responsabilité et de protection.
Des données pour mieux appréhender
les risques
Ceci passe par des offres mieux adaptées à la situation des ménages, une présence renforcée et une plus grande proximité des assureurs sur le territoire, mais aussi par une politique de prévention ambitieuse, notamment à destination des jeunes afin de diffuser une culture du risque. Afin de comprendre le non-accès à l’assurance, de nouvelles recherches sur les biais comportementaux et cognitifs sont essentielles, ajoute Franck Le Vallois. Elles permettront de mieux comprendre pourquoi une partie de nos concitoyens et de nos entreprises décide de ne pas s’assurer, pour des raisons économiques, mais également culturelles et/ou liées à l’éducation.
Pour Marie-Aude Thépaut, directrice générale de la CNP, ce sujet de résilience et d’assurabilité est clé. La CNP a notamment développé des solutions concrètes et pris des actions fortes pour favoriser l’accessibilité de l’assurance emprunteur aux personnes ayant eu un cancer du sein. Ces avancées ont été permises par la capacité de mutualisation de l’entreprise, mais aussi grâce à une analyse plus fine des données, et bien évidemment aux avancées de la médecine qui permet de repousser concrètement les frontières de l’assurabilité et d’inclure des personnes qui étaient jusqu’ici exclues.
Une nécessaire action sur les vulnérabilités
Myriam Merad évoque quant à elle des pistes de réflexion sur la réduction des vulnérabilités aux risques. Il est important de ne pas oublier que le risque n’est pas que l’aléa lui-même, qu’il soit naturel ou technologique. Il est aussi lié à la vulnérabilité qui dépend de facteurs aggravants, comme l’âge ou le diabète, si l’on fait le parallèle avec la crise de la Covid-19. Certains marqueurs territoriaux et socio-économiques pointent des prédispositions au risque de catastrophe, comme c’est le cas pour les inondations ou bien le risque de retrait-gonflement des argiles. Il est possible de travailler sur l’identification de ces prédispositions, pour les aborder par le biais de politiques d’adaptation, mais aussi par celui de la prévention.
Christophe Neves, responsable Europe chez Skyline Partners, précise que l’assurance paramétrique permet de fait de séparer ces deux composantes, aléa et vulnérabilité. L’incertitude ne porte plus en effet sur le coût unitaire d’un sinistre, puisque celui-ci est fixé à l’avance par une formule contractuelle, mais sur le déclenchement d’une condition d’indemnisation préfixée. Ce fonctionnement implique une rupture avec la logique classique d’indemnisation en assurance de dommages, traditionnellement fondée sur l’évaluation a posteriori du sinistre et de ses conséquences économiques. Il lui confère une grande souplesse dans la rapidité du règlement et dans la réduction du risque de fraude. Dans un contexte de réduction de l’assurabilité, Christophe Neves explique qu’elle favorise une meilleure anticipation des sinistres et encourage la mise en place de dispositifs d’atténuation en amont. Adaptée à certains risques, l’assurance paramétrique pousse les collectivités, les entreprises ou les institutions à se projeter concrètement sur les impacts potentiels et à intégrer la prévention dans leur stratégie.
Aucune couverture possible sans prévention préalable
Céline Béguin reprend l’importance du déplacement de la réponse assurantielle vers une logique de prévention, les acteurs privés de l’assurance doivent encore renforcer et développer leurs efforts. En effet, le secteur assurantiel repose historiquement sur une approche ex post, c’est-à-dire une intervention après la survenue du sinistre. Or, la prévention requiert une approche ex ante, visant à anticiper et à limiter l’exposition aux aléas avant que ceux-ci ne se concrétisent. Ce décalage entre les logiques d’intervention constitue un enjeu central dans l’adaptation des mécanismes d’assurance à l’évolution des risques, et un levier pour lutter contre les situations de non-assurance par un meilleur accompagnement.
Ce rôle d’accompagnement est particulièrement développé dans le domaine de l’assurance cyber, où des services tels que la mise à disposition d’experts en technologies numériques sont proposés en complément des garanties classiques. Pour Charlotte Couallier, directrice générale et cofondatrice de Dattak, un principe fondamental de l’assurabilité moderne est qu’aucun risque ne peut être couvert sans un minimum de prévention préalable. L’exemple de la crise sanitaire de 2020 qui a agi comme un catalyseur de la transformation numérique des entreprises est à ce titre édifiant. Confrontées à l’urgence, ces dernières ont dû se digitaliser à grande vitesse, parfois de manière précipitée et désorganisée. Dans le même temps, cette transformation a coïncidé avec une explosion des cyberattaques et des coûts associés. Face à des pertes élevées, le secteur de l’assurance cyber a réagi en resserrant les conditions d’accès à la couverture : réduction des plafonds d’indemnisation, augmentation des franchises, et surtout, instauration de prérequis stricts en matière de cybersécurité. Pour améliorer l’assurabilité du secteur, Charlotte Couallier explique que Dattak évalue ses clients potentiels à la souscription, les accompagne pour réduire les cybermenaces pendant la durée du contrat, et intervient très rapidement après un sinistre, pour en limiter l’ampleur.
Des besoins en matière d’innovation
et de recherche
L’assureur doit ainsi adopter une posture élargie : il ne se limite plus à l’indemnisation ex post, mais participe activement à la prévention, à travers des conseils personnalisés, souvent accessibles via des plateformes numériques. En résumé, la clé d’une assurabilité élargie, en matière de cyber comme dans d’autres domaines, réside dans une meilleure articulation entre prévention, accompagnement technologique, meilleure compréhension des risques et des vulnérabilités pour un meilleur accès à l’assurance. L’enjeu pour les années à venir est de rendre ces dispositifs plus inclusifs, adaptables et intelligents, afin de garantir une protection durable pour l’ensemble du tissu économique et continuer à promouvoir une résilience assurantielle, entendue comme la capacité pour l’assuré de revenir à sa situation antérieure malgré les perturbations subies.
Face aux mutations profondes et rapides que nous venons de décrire, les enjeux en termes de recherche sont clés pour une meilleure compréhension des risques et des vulnérabilités, ainsi que pour le développement de modes de gestion et de partage des risques innovants et inclusifs.
Édouard Vieillefond rappelle que l’analyse des catastrophes naturelles contemporaines requiert désormais une compréhension accrue de la dynamique de ces risques, caractérisée par une complexité et une volatilité accrue. Autrefois, les phénomènes naturels – tels que les inondations – étaient modélisables de manière relativement linéaire, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le changement climatique illustre bien cette mutation des risques. Ainsi, dans le cas des inondations, des effets paradoxaux peuvent être observés : un réchauffement climatique modéré tend à augmenter la fréquence et l’intensité des inondations, alors qu’un réchauffement plus intense pourrait au contraire les réduire. Ce paradoxe s’explique par l’assèchement progressif des sols, qui empêche la formation de grands débordements fluviaux, tels que ceux de la Seine. La compréhension fine de ces phénomènes est cruciale, car les impacts économiques pourraient s’élever à plusieurs dizaines de milliards d’euros dans les années à venir. Ce constat met néanmoins en lumière des enjeux scientifiques majeurs de modélisation : la nécessité d’intégrer les situations extrêmes, d’utiliser des modèles probabilistes, de développer les analyses prospectives, ainsi que les méthodes avancées en science des données. Cela implique une mobilisation accrue des moyens de recherche et des infrastructures de données, de même qu’une collaboration renforcée entre acteurs scientifiques, assurantiels et publics.
L’urgence d’une approche pluridisciplinaire
L’approche pluridisciplinaire est de plus essentielle pour l’étude de l’assurabilité sous ces multiples facettes. Un exemple de cette nécessité provient de la forte croissance des normes assurantielles. Pour donner un ordre de grandeur, le Code des assurances au dernier recensement faisait selon les éditions entre 2 500 et 3 000 pages, soit autant que le Code civil. La principale inquiétude, avec les dernières directives, est le risque d’éroder le principe de la mutualisation par une segmentation accrue du marché alors qu’il s’agit d’un point essentiel pour l’assurabilité des risques souligne Marie-Aude Thépaut. Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, abonde sur l’importance d’une large couverture pour permettre la mutualisation des risques. En comparaison avec le reste de l’Europe, la France dispose d’un modèle qui est très protecteur et qui permet de repousser assez loin les limites de l’assurabilité. Si on regarde le domaine de la protection sociale, 96 % des Français, soit pratiquement l’intégralité de la population, disposent aujourd’hui d’un contrat complémentaire santé. Avoir une couverture aussi large est fondamental pour envisager la mutualisation de risques complexes comme le risque dépendance, par exemple, en le couplant avec d’autres couvertures comme les complémentaires santé.
Pour conclure, Paul Esmein rappelle la citation d’Henry Ford « New York n’est pas la création des hommes, mais celle des assureurs ». Sans les assurances, il n’y aurait pas de gratte-ciel, car aucun ouvrier n’aurait accepté de travailler à une pareille hauteur, aucun capitaliste n’aurait investi des millions pour construire de tels immeubles qu’un simple mégot peut réduire en cendres. Repousser les limites de l’assurabilité a toujours constitué une exigence fondamentale pour les assureurs. Traiter cette question complexe dans des échelles de temps toujours plus réduites nécessitera de la pédagogie, la mobilisation des politiques publiques et imposera de rassembler les différentes disciplines de l’assurance au sein de larges projets de recherche.
Article collectif du comité scientifique du Printemps de l’assurance : Martine Carré-Tallon, Christophe Dutang, Quentin Guibert et Caroline Hillairet (Université Paris Dauphine-PSL), Arthur Chabrol (Oliver Wyman)