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Les assureurs vie en quête de protection sur les unités de compte illiquides

Créé le

24.03.2025

-

Mis à jour le

26.03.2025

Un décret permet de mettre des pénalités de sortie jusqu’à 10 %.
Mais Generali a décidé d’aller plus loin.

Les déboires des unités de compte (UC) immobilières laissent des traces profondes chez les assureurs vie. Alors que l’ensemble des acteurs se mettent en ordre de marche pour intégrer dans leur offre des UC investies dans les actifs non cotés, comme l’exige la loi Industrie verte, chacun cherche la meilleure manière pour se couvrir contre le risque de liquidité. Avec parfois, ceinture et bretelles.

Generali a ainsi instauré une période de gel de quatre ans des opérations d’arbitrage ou de rachats partiels sur ces UC pour les contrats en gestion libre. Le rachat total du contrat reste, lui, toujours possible. Code des assurances oblige ! Cette mesure atypique sur la Place se cumule avec un autre dispositif de protection, plus largement adopté. Les pénalités de sortie ! Le décret no 2024-539 du 12 juin 2024 permet en effet aux assureurs d’imposer à l’épargnant des indemnités de rachat allant jusqu’à 20 % du montant, dans le cas où le fonds d’actifs non cotés, support de l’unité de compte, ferait lui-même l’objet d’un plafonnement des sorties.

Des actifs illiquides, plus fréquents qu’on ne le croit

Une éventualité loin d’être théorique. En effet, les fonds sous-jacents prévoient parfois une période de « lock-up » de deux ou trois ans après leur création pour se laisser le temps d’investir. Surtout, pour être éligibles à une commercialisation grand public, ces fonds d’actifs non cotés doivent respecter certaines règles. « Les sorties sont possibles jusqu’à un niveau donné de la poche d’actifs liquides en fonction des fréquences de rachats : si la liquidité est sur une base trimestrielle sans préavis, elles ne peuvent pas dépasser 25 % par fenêtre de liquidité par exemple », décrypte Yves Desjardins, directeur général de Schroders en France. Au-delà, le gérant doit mettre en place des « gates ».

C’est ce risque de blocage de la liquidité au niveau du gestionnaire d’actifs qui fait particulièrement peur aux assureurs vie. S’ils permettent à leurs clients le rachat de l’unité de compte alors même que le fonds sous-jacent fait l’objet d’une « gate », ils devront en effet conserver sur leur bilan ces actifs illiquides. C’est ce qu’ils sont contraints de faire aujourd’hui pour certaines UC immobilières. Or, une telle détention en propre a un coût prudentiel non négligeable, pouvant atteindre 49 % pour les actions non cotées sous Solvabilité II.

Les solutions de gestionnaires d’actifs

En mettant en place le gel de quatre ans, Generali souhaite lisser dans le temps le risque de rachat massif : dans l’hypothèse d’une crise, seuls les épargnants présents dans l’UC depuis plus de quatre ans pourraient alors arbitrer leur position. « In fine, cela réduit le risque de “gate“ au niveau de l’asset manager », indique-t-on chez l’assureur transalpin.

Conscients des appréhensions des assureurs vie, les asset managers cherchent à adapter au mieux les supports qu’ils leur proposent. « Les questions liées à la liquidité doivent d’abord être abordées au niveau du fonds lui-même, prévient Yves Desjardins. Nous avons par exemple opté pour un fonds de dette d’infrastructures, une classe d’actifs moins chargée sous Solvabilité II que le private equity, avec une maturité moyenne des actifs limitée à quatre ans environ ». D’autres misent plutôt sur la manière de structurer le support. « L’utilisation d’un format de fonds nous permet non seulement de diversifier les millésimes pour être moins sensibles au cycle, mais aussi de faciliter la gestion de la liquidité », ajoute Irène d’Orgeval, directrice de capital solutions chez LBP AM European Private Markets.

En tout état de cause, cette démocratisation du non-coté voulue par la loi ne pourra se faire sans un colossal effort de pédagogie des assureurs vie auprès de leur clientèle : si les actifs non cotés sont financièrement intéressants, c’est justement parce qu’ils intègrent une prime d’illiquidité. Bien expliquer cette réalité aux épargnants sera le meilleur rempart contre le risque de rachats panique.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº903