Les assureurs le savent : la fraude devient de plus en plus sophistiquée et les malversations plus difficiles à identifier. Pourtant, les enjeux sont de taille. La récente enquête de Cash Investigation « Hold-up sur la Sécu : à qui profite la fraude ? », estimait à 212 millions d’euros le montant de la fraude à la Sécurité sociale en France.
Si la fraude opportuniste pose un problème au secteur et aux consommateurs, celle qui est calculée sur des montants de grande valeur est la plus dommageable. Souvent regroupés en organisations criminelles, les fraudeurs se soucient peu des millions d’assurés honnêtes, qui finissent inévitablement par couvrir les coûts des malversations.
Désormais, les cybercriminels connaissent les vulnérabilités logicielles des différents assureurs et s’entendent entre eux pour les exploiter. De même, ils connaissent bien les indemnités offertes par chaque organisation. Par exemple, les cybercriminels savent quelles entreprises sont les plus susceptibles de verser des indemnités en cas d’accident de voiture, ou de sinistre, et s’il est plus avantageux de réaliser une déclaration de perte en ligne ou une réclamation par téléphone.
Pour ne pas se limiter aux fraudes liées aux demandes d’indemnisation, n’oublions pas les autres types d’actes frauduleux tels que les dépôts de faux dossiers ou encore les courtiers fantômes, dont le nombre augmente de manière alarmante.
Compte tenu de la complexité des techniques modernes de la fraude, les assureurs sont constamment à la recherche de nouvelles manières de la combattre. Selon une récente étude de FRISS, 96 % des assureurs utilisent désormais la technologie pour détecter les réclamations frauduleuses. Près de 40 % d’entre eux se servent de solutions de vérification d’identité. Parmi les technologies plébiscitées, l’analytique avancée arrive en tête, notamment grâce à la modélisation prédictive, l’automatisation des alertes et à l’intelligence artificielle.
Les nouvelles technologies sont appelées à la rescousse dans des secteurs assurantiels notoirement complexes. C’est notamment le cas dans l’assurance automobile, qui implique par définition un nombre élargi d’acteurs dans l’évaluation des indemnisations (garagistes ou carrossiers, avocats et usagers). Dans ce contexte, l’utilisation d’outils analytiques avancés aidera les assureurs à repérer des modèles frauduleux à grande échelle.
Le défi de faire front commun
Lutter contre la fraude suppose donc d’être suffisamment digitalisé. Les assureurs ont non seulement des engagements à tenir vis-à-vis de leurs assurés, mais également vis-à-vis de leur écosystème. Dans un marché extrêmement concurrentiel, il est essentiel que tous les acteurs s’entraident pour garantir une lutte plus efficace et à plus grande échelle contre les tentatives de fraude.
Cette collaboration passe aussi par le sujet sensible du partage des données collectées autour des opérations frauduleuses. Plus les assureurs partageront ces informations cruciales, plus les organisations frauduleuses seront repérées facilement. Et c’est justement sur cet aspect que les assureurs doivent faire preuve de la même intelligence du collectif que leurs adversaires. En effet, les données traitées à l’aide d’outils d’analyse avancés sont précieuses en elles-mêmes, mais les acteurs du secteur peuvent bénéficier d’un vivier extrêmement riche de renseignements glanés par l’intégralité de l’écosystème assurantiel. Une fois les données partagées, ils peuvent ainsi gagner en proactivité dans l’attention accordée aux schémas de fraude et aux signaux d’alarme déclenchés chez leurs concurrents.
La force de l’intelligence collective
Aujourd’hui, les assureurs peuvent s’appuyer sur les informations fournies par l’Agence de lutte contre la fraude à l’assurance (ALFA). Cette dernière crée des passerelles entre les entreprises privées et les administrations mais aussi avec les forces de l’ordre. En parallèle, elle met en place des actions de prévention et de détection des fraudes.
La centralisation de l’ensemble de ces données sur une plateforme commune à l’ensemble des acteurs de l’écosystème n’est plus un fantasme. En 2021, l’Insurance Fraud Bureau britannique a ainsi mis au point une plateforme combinant un ensemble de données et de technologies visant à optimiser la lutte.
Certes, les fraudeurs sont de plus en plus regroupés en organisations. Mais il ne tient qu’aux assureurs de copier leur modèle pour créer un ensemble cohérent, à même de combattre plus efficacement toute velléité criminelle. En d’autres termes, créer une intelligence collective plutôt que s’enfermer dans un effort individuel.