Le « Manuel d’assurance », aux Presses Universitaires de France (PUF)

Créé le

09.03.2023

-

Mis à jour le

21.03.2023

Le Manuel d’assurance édité par les Presses Universitaires de France (PUF) propose aux universitaires, aux étudiants et aux professionnels une vision théorique et pratique des concepts de base du risque et du transfert des risques aux assureurs, ainsi qu’une solide description des techniques d’assurance et de la régulation croissante de la gestion des risques.

Les auteurs ambitionnent de fonder une « science assurancielle » qui permettrait d’enseigner la technique de l’assurance de façon renouvelée. Le manuel distingue ainsi les principes théoriques de l’assurance qui en légitiment le contrôle, de la description des droits nationaux des contrats, et des droits (également nationaux) qui déterminent les caractéristiques des risques. Les principes ont une portée générale et internationale, orientent les structures des entreprises et définissent le cadre réglementaire de la solvabilité et de son contrôle. Ces principes techniques, réglementations et organisation des entités porteuses de risques, sont l’objet de ce manuel.

À cet égard, on peut considérer qu’il contribue à combler un vide pédagogique dans l’enseignement de l’assurance, plutôt tourné vers la description du droit des contrats (résiliation, clauses abusives, gestion des sinistres, protection du consommateur en général) et celle du droit des risques (automobile, assurance décès, prévoyance, responsabilité civile, etc.). Dans cet ouvrage, il s’agit de montrer comment la société appréhende les menaces et les risques et selon quelles techniques les acteurs économiques organisent le transfert de ces risques vers des tiers, les assureurs, les réassureurs et/ou les marchés financiers. Cette démarche est transverse à tous les marchés domestiques et s’appuie sur les mêmes principes de mutualisation, de sélection, de tarification, voire d’assurabilité des divers risques et de leur financement.

Sans surprise, les auteurs consacrent aussi beaucoup de pages à la question de la solvabilité et de la régulation (ou contrôle) de l’assurance. C’est que le principe d’inversion du cycle de production et l’absence de « prêteur (ou garant) en dernier ressort » de l’assurance inquiètent les Pouvoirs publics depuis la naissance du métier. Comme la monnaie, mais de façon plus cruciale, faute de garant ultime, l’assurance suppose la confiance du client dans la bonne fin de l’opération (paiement de l’indemnité, tenue des engagements pris dans le contrat d’épargne ou, en général, dans un contrat forfaitaire). Donc l’État, partout ou presque dans le monde, vient, par voie de régulation, garantir la confiance du client dans la capacité de l’assureur à honorer son engagement. Les crises financières du premier quart du XXIe siècle ont évidemment renforcé cette volonté de contrôle : Enron, WorldCom, Blackstone, Lehmann Brothers et AIG expliquent la croissance constante de la réglementation, partie du contrôle de la solvabilité des assureurs, et désormais proliférante vers la distribution, la protection des données, la « résilience informatique », la police de l’investissement des assureurs (et banquiers) dans la transition écologique et, demain, l’organisation de sa contribution à l’ensemble des objectifs écologiques de l’Union européenne.

Ce manuel est également fondé sur l’optimisme nécessaire pour convaincre l’université (et donc, les étudiants) des perspectives d’avenir des métiers de l’assurance, de la réassurance, du courtage et de la commercialisation, de l’actuariat, de la conformité ou de la gestion d’actifs. L’ouvrage vise à faire prendre conscience de la diversité des métiers du risque et d’une diversité qui elle-même s’accroît. Le mouvement d’aversion au risque des sociétés développées élargit l’univers des risques, notamment autour de la notion de « vulnérabilité » (Denis Kessler) ressentie par les citoyens. La société lance sans cesse de nouveaux défis à l’assurabilité : événements naturels, pertes d’exploitation indirectes, risque « cyber », etc. Longtemps complexée par un sentiment de maturité des risques et de déclin des marchés, au moins dans les pays développés, la théorie assurancielle affronte désormais une demande d’assurabilité de risques croissant en nombre, en amplitude et en diversité. On en donne pour preuve le souci exprimé, dans diverses industries, de la disponibilité d’une « capacité » suffisante de prise de risque.

Si le marché des risques est en expansion, la diversité des métiers de l’assurance l’est également. En vingt ans, le marketing de marque (AXA, Covéa), le marketing stratégique (l’intelligence artificielle), la gestion d’actifs, la création de produits (au point que l’Europe cherche à la réglementer), les bases de la tarification (Big Data), mais aussi les contrôles de conformité des produits et des pratiques commerciales ou encore la sécurité informatique et, pêle-mêle, les évolutions des modalités de commercialisation (les courtiers grossistes) ont bousculé les structures des entreprises, créé de nouveaux métiers et redessiné les carrières. La formation des futurs cadres et salariés des métiers du risque doit s’adapter à cette évolution, dans une industrie où l’emploi reprend une tendance à la croissance. Ce manuel a la prétention de contribuer à cette évolution de la pédagogie des métiers.

Enfin, ce manuel a l’ambition d’être évolutif. À l’instar des pierres angulaires que sont le Manuel de Kotler et Dubois (et al., désormais) et le Manuel Vernimmen de sciences financières, les auteurs actuels ambitionnent de recueillir, dans des éditions ultérieures, de nouvelles contributions professionnelles et universitaires. Si ce renouvellement constant est mené à bien, le Manuel d’assurance aura réussi à accréditer l’existence et la vitalité d’une « science assurancielle », venant compléter les grands ouvrages de Droit de l’assurance et les travaux de la science actuarielle. Il aura ainsi contribué à renforcer durablement l’intérêt de l’université, des étudiants et des chercheurs pour les sciences de la connaissance et de la gestion des risques.

Recension

Le Manuel d’assurance publié par les Presses Universitaires de France (PUF) propose aux universitaires, aux étudiants et aux professionnels une vision théorique et pratique des concepts de base du risque et du transfert des risques aux assureurs, ainsi qu’une solide description des techniques d’assurance et de la régulation croissante de la gestion des risques.

Patrick Thourot

Président

OURA (Observatoire universitaire de la réglementation d’assurance)

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº5