1.Les « cartographies » de risques se multiplient depuis une dizaine d’années. Initié par le World Economic Forum, le mouvement de classification des « risques », en fonction de leur gravité et de leur fréquence, s’est considérablement étendu. Cet article se réfère, sans prétention à l’exhaustivité, aux travaux de Davos (World Economic Forum), de la Suisse de Réassurance (Swiss Ré Institute/Sigma), de l’Association de Genève, de la Fédération française France Assureurs, du Chief Risk Officers Forum (CRO Forum Radar), de divers travaux des composantes du groupe Allianz (maritime notamment), de la Caisse Centrale de Réassurance, de l’Institut des Actuaires français, de l’Institute for Economic and Peace sur le terrorisme, et de Trend Research (risque cyber). La multiplicité de ces organismes montre assez que l’interrogation sur l’expansion de l’univers des risques n’est plus d’actualité : les temps sont venus de s’interroger sur la possibilité, pour les (ré) assureurs et les marchés financiers (catbonds, Insurance Linked Securities, Titrisation), de faire face à la diversité nouvelle des risques, à leurs corrélations, à leur internationalisation et, naturellement, à leur gravité et à leur fréquence.
Ces « cartographies » (prospectives) ne sont toutefois pas complètement satisfaisantes au regard de l’analyse économique et assurantielle, pour de multiples raisons. Elles visent surtout à une « classification » par ordre d’importance (de gravité ou de fréquence) des risques étudiés. Mais cette démarche est fondée sur des « entretiens » (Davos, Allianz, France Assureurs) avec des dirigeants ou experts. Il en résulte des biais majeurs : impressionnisme, importance dans le jugement de l’actualité immédiate, biais « idéologiques » (le changement climatique, la biodiversité), faible référence à la notion de fréquence au profit de la gravité (on retient les seuls événements exceptionnels, les plus récents, au détriment de la notion de « période de retour »). Ainsi, le changement climatique est partout désigné comme principal coupable de la fréquence et de la gravité croissante des événements climatiques extrèmes, tandis que l’importance des maladies, épidémies, transmission de zoonoses à l’homme s’estompent, dès lors que le souvenir de la crise de la Covid-19 s’éloigne dans le temps. L’effort de « prospective » stricto sensu n’apparaît vraiment que dans les travaux du CRO Forum. Enfin, soulignons que la plupart de ces analyses confondent « menaces » et « risques », ce qui réduit leur portée pour les assureurs et les marchés. Le développement de guerres ouvertes est une « menace » pour l’économie globale. La guerre d’Ukraine a produit un séisme sur les marchés financiers et de matières premières, dont il ne reste rien dans les années 2023, 2024 et probablement 2025. Les seuls « risques » pour l’assurance sont les perturbations temporaires ou durables des chaînes d’approvisionnement (rétablies ensuite ou substituées rapidement) et, plus sérieusement, la modification coûteuse et durable des routes maritimes (le détroit de Bab El Mandeb), le retour de la piraterie, les risques de sabotages des réseaux sous-marins de transport d’énergie et, surtout, de données. La cartographie des « menaces » vient polluer l’analyse de la cartographie des risques. Le CRO Forum propose heureusement, une nomenclature des risques plutôt orientée vers le futur de leur expansion (notion d’emerging risk), et sur leur gravité potentielle à terme plus que sur leur fréquence.
Le vieillissement et la santé constituent, pour tous les cartographes, un ensemble de facteurs de risques majeurs. Il en est ainsi des pandémies, de l’obésité, de la circulation des pathogènes (la transmission des zoonoses à l’homme), de la résistance aux antimicrobiens, des perturbateurs endocriniens, de la pollution, mais aussi des avancées médicales et des risques liés aux progrès de la génétique ainsi que de ce « nouveau risque », la dégradation de la santé mentale. Notons que la question de la dépendance, du grand âge, voire de la fin de vie (et des risques de Responsabilité civile médicale y afférant) ne font pas l’objet d’un véritable traitement. France Assureurs, en revanche, en souligne le caractère « explosif ».
Les risques technologiques sont plus traditionnels : les nanotechnologies, le blackout des infrastructures critiques, les productions de plastique et les déchets micro plastique et, évidemment, les cyber-risques, le développement de l’intelligence artificielle, les machines autonomes (l’automobile), les risques nombreux liés à la digitalisation et à l’attitude des consommateurs, mais aussi les risques liés à l’inadaptation à terme des compétences issues des systèmes de formation et la sous-information (ou la compétence insuffisante) des clients en matière de digitalisation des procédures de la vie quotidienne (digital illiteracy). À juste titre, le CRO Forum souligne les risques des cryptomonnaies qui ne sont pas seulement technologiques, mais touchent à la stabilité financière des économies.
L’instabilité économique est souvent traitée de façon très générale. Il s’agit évidemment du risque d’inflation et de l’instabilité économique (la faible croissance) que France Assureurs développe sous forme de « risque financier systémique » (les « bulles » spéculatives) et les interdépendances entre les entités financières. Le CRO Forum y rattacherait sans doute les risques liés aux monnaies digitales. Cela étant, la conjoncture économique ne semble pas affecter la situation générale de l’assurance depuis plusieurs années : même la volatilité des taux d’intérêt (liée à l’inflation depuis le début de la décennie) n’a pas provoqué des niveaux de rachat massif des polices d’assurance vie, ni de baisse des taux de l’épargne (au contraire même pour le marché français). Le CRO Forum insiste pourtant sur les menaces liées à l’accroissement de l’endettement public et privé, et les risques d’insolvabilité ou de crise généralisée de la dette.
Il n’en est pas de même pour les risques sociétaux. Depuis 2008, les crises successives ont focalisé l’attention sur la croissance des inégalités dans les sociétés et, par conséquent, l’émergence des risques de grèves, émeutes et mouvements populaires, désormais installés dans de nombreuses sociétés, surtout dans les pays prospères. Dans un domaine voisin, la croissance de l’urbanisation et ses conséquences sur les structures des sociétés est un facteur de risque croissant, de même que l’augmentation des migrations de toutes natures. Discrètement, les cartographes abordent aussi les questions qui affectent de nombreux secteurs de l’assurance, l’augmentation de la criminalité et le développement de la commercialisation de produits illicites, qui touchent notamment la santé publique. Le CRO Forum traite aussi des droits humains, de la corruption et des comportements contraires à l’éthique.
La « géopolitique » s’invite dans les risques d’assurance. Pour l’assurance maritime, les routes de navigation et les réseaux de toutes natures sont désormais soumis à des risques graves et croissants. Les conflits affectent l’ensemble des chaînes d’approvisionnement de nombreux produits touchant les entreprises des pays du Nord, de même que les arsenaux de sanctions concernant l’Iran, la Russie, le Venezuela, ainsi que la guerre tarifaire entre les États-Unis et le reste du monde. Le protectionnisme, désormais généralisé, pourrait aller jusqu’à compromettre l’activité de couverture des risques par les assureurs et réassureurs, par nature internationaux. La question des risques de terrorisme est évidemment majeure, et les spécialistes ne manquent pas d’en souligner la diversification, le développement multinational et, surtout, la tendance à l’aggravation en fréquence et en gravité.
Les risques environnementaux et climatiques, les menaces sur la biodiversité sont désormais majeurs pour l’assurance. Ils concernent les stratégies d’investissement des entreprises, les risques de la transition écologique, le développement de contentieux multiples et coûteux, notamment le développement d’un risque de réputation encore mal appréhendé au début des années 2010. Le CRO Forum insiste sur la perspective de croissance des contentieux collectifs, tels que class actions. Les questions les plus sensibles sont la gravité/fréquence des événements naturels, que nombre de marchés découvrent non assurés ou insuffisamment couverts pour les particuliers, les entreprises agricoles et les PME. Les questions essentielles sont de savoir si la fréquence/gravité est en croissance tendancielle, si les coûts en sont maîtrisés et si les mesures de prévention/protection sont prises, projetées, financées et efficaces. Plus généralement, la politique énergétique des États est un facteur de risque, notamment quant à l’assurance de modes de production innovants (notamment le nucléaire et les renouvelables), ainsi que l’ouverture de nouveaux chantiers de production (les fuels non conventionnels, les forages en Alaska, etc.).
Enfin, les cartographies soulignent fréquemment les risques liés à l’alourdissement, et, plus encore, la volatilité des réglementations dans tous les secteurs. Les évolutions récentes des règles diverses sur le reporting environnemental en Europe (Disclosure, Taxonomie, CSRD et devoirs de vigilance CS3D), mais aussi le Retail Investment Strategy, l’ouverture des données (FIDA) et les risques de déstabilisation des marchés liés à l’entrée des Big Techs sur les marchés européens de l’assurance, illustrent les risques réglementaires nouveaux auxquels sont exposés les assureurs.
2.L’expansion de l’univers des risques conduit logiquement à s’interroger sur l’assurabilité de ces risques plus graves, plus divers, plus corrélés et souvent nouveaux, requérant un effort de créativité des acteurs des marchés de transfert de risque.
La question ne se pose plus, comme naguère, en termes d’aléa, de définition du risque, de limitation ou d’exclusion de certains faits générateurs, voire de possibilité de « mutualiser » les risques, conditions traditionnelles de l’assurabilité. La diversité et l’ampleur des risques, anciens ou émergents, posent aujourd’hui quatre questions majeures : la capacité des marchés à proposer des solutions présentant des garanties de solvabilité, la disponibilité des Assureurs et des marchés, l’attitude des clients à l’égard du coût de garantie (affordability) et à l’égard du risque en général, et la disponibilité d’outils de couverture des risques et l’attitude des Autorités publiques à leur égard.
2.1. La « capacité » désigne la quantité globale d’exposition aux sinistres potentiels disponible dans une branche d’assurance, en cumulant les expositions des assureurs, des réassureurs, et, éventuellement (mais de plus en plus fréquemment), les couvertures obtenues des marchés financiers, notamment les obligations catastrophes ou les mortality swaps. La titrisation (Insurance Linked Securities) fournit de facto une capacité supplémentaire aux assureurs cédants, en limitant l’immobilisation dans une catégorie de risques de leurs fonds propres. Il s’agit d’exposer le bilan des (ré) assureurs, sans pour autant mettre en cause leur solvabilité, en fonction de leur « appétence pour le risque » et de la profitabilité attendue de leur exposition à ce type de risque. La question est donc de savoir si l’évolution des risques (diversification, ampleur, corrélation), telle que décrite par les cartographes, est de nature à compromettre la capacité globale de couverture de ceux-ci par les marchés.
Une étude récente de Swiss Ré (Swiss Ré Institute 1/2025) propose une réponse sur la couverture des événements naturels mondiaux, fondée sur l’analyse des événements naturels (et pas seulement climatiques) des 30 dernières années. La modélisation distingue les « périls secondaires », généralement couverts par les assureurs, et les « périls primaires » (événements exceptionnels) à la charge des réassureurs. La tendance globale des coûts annuels est de l’ordre de 145 milliards d’indemnités (mais 328 milliards de pertes économiques) pour les 30 dernières années, avec des « pics », en 1999, 2004, 2005, 2011 et 2017, dus aux seuls « périls primaires ». La valeur actualisée des peak damages est finalement « modérée » par rapport aux sinistres de fréquence. Andrew (1992) coûterait 35 milliards, le tremblement de Kobé (1995) à peu près autant, le tsunami de Fukushima 80 milliards, mais l’ouragan Katrina 200 milliards. L’Institut Swiss Ré propose de considérer qu’un sinistre exceptionnel (ou un cumul de sinistres comme en 1999 et 2011) coûterait 100 milliards de dollars (pour mémoire, l’évaluation des incendies de Los Angeles est estimée à 40 milliards, pour une grande partie à la charge des assureurs, les deux tiers probablement). L’évaluation par Swiss Ré de la somme de la tendance des risques de fréquence de 145 milliards extrapolée en 2025 pour 2024, et d’une indemnisation de 100 milliards pour un peak damage en 2025 (avec 10 % de chance de survenance), soit 245 milliards, serait couvert par les capitaux du marché de l’assurance et de la réassurance (500 milliards de K), et les marchés financiers (50 milliards ILS et Cat Bonds), sans mettre en cause leur solvabilité. Les perspectives de sinistres exceptionnels ne mettent donc pas en péril la capacité des marchés. Swiss Ré note toutefois que cela ne permettrait pas de couvrir le coût du capital des réassureurs, et ne met pas en avant que ces indemnisations ne couvrent le « coût économique » des sinistres (primaires et secondaires) que pour moins de la moitié.
Si on considère que ces événements naturels sont aujourd’hui les sinistres les plus lourds pour les marchés, on peut considérer que le risque de manque global et mondial de capacité est relativement éloigné dans le temps. La capitalisation n’est donc pas, ceteris paribus, la question majeure de couverture des risques. Néanmoins, la Swiss Ré souligne les évolutions problématiques liées à l’inflation des prix de la construction, aux accumulations de valeurs, et les risques de contentieux croissants avec les clients (limitations des couvertures, exclusions, risque de réputation).
2.2. Comment expliquer la survenance du problème actuel dit de « retrait des (ré)assureurs » qui se manifeste aux États-Unis, dans les États de Californie, de Floride, de Louisiane, du Texas et du Colorado, à cause des événements naturels ? Sachant que le même phénomène touche également la France, au titre des événements cycloniques dans certains DROM (Réunion, Mayotte) et au titre des émeutes et mouvements populaires (Calédonie, Martinique). La « crise » de l’assurance touche aussi les collectivités locales françaises exposées, notamment aux émeutes, ainsi que ; semble-t-il, certains assurés considérés comme surexposés aux événements naturels, dont les polices DAB seraient résiliées.
Les explications sont évidemment nombreuses : insuffisance de la « mutualisation » des risques (avec la métropole ou avec d’autres États fédérés aux États-Unis), donc manque de fait d’une « solidarité » entre les territoires ; concurrence insuffisante entre les assureurs qui prive les communes d’une offre plus abondante de garanties ; débat politicien sur la responsabilité de l’État dans la gestion des émeutes, coût trop élevé de la réassurance (ou de l’assurance) de ces risques pour les assurés, etc. En pratique il s’agit de « l’appétit » des (ré)assureurs pour les risques en cause soit le risque cyclonique dans les DROM, soit le risque d’émeute, soit enfin le risque global de dommages aux biens des collectivités locales. L’allocation de capacité est une décision de management des assureurs (et réassureurs) qui est fondée sur les perspectives de rentabilité de la souscription. Celle-ci dépend aussi (et surtout) de l’attitude des Autorités publiques et de la Réglementation locale. Swiss Ré explique que le système réglementaire, en Floride et en Californie, est défavorable aux assureurs, dont les hausses de primes ont été contrecarrées. Le système de « quotas obligatoires d’assurance locale », proposés par certains en France, à l’instar de la Californie, en fonction des parts de marché national de chaque assureur pour les régions surexposées aux risques naturels risque fort d’accroître la rigidité du système d’assurance privée/publique des catastrophes naturelles. D’autant plus que « l’appétence pour le risque » est au centre du contrôle prudentiel de l’entité d’assurance, qui doit valider celle-ci au regard de son besoin global de solvabilité. On s’approche donc d’une question récurrente pour l’assurance (notamment en France) : l’assurance est-elle gouvernée par des considérations de marché (solvabilité et rentabilité) ou bien s’oriente-t-elle vers des missions de quasi-service public qui pourraient lui être imposées par la Puissance publique quelles que soient leurs perspectives de rentabilité pour les fonds propres de l’entreprise ?
2.3. La question de l’allocation de capacité à des risques plus exposés ne se poserait pas – ou moins – si les clients acceptaient de payer le coût de la couverture du risque. Les travaux de l’EIOPA, au cours des trois dernières années, ont montré que l’insurance gap (l’insuffisance ou la non-assurance) résultait d’une méconnaissance – ou d’un refus de reconnaissance ou d’un manque de confiance – des clients potentiels à l’égard des assureurs. L’Autorité européenne ajoute que les assurés potentiels, même s’ils reconnaissent leur vulnérabilité, n’en demeurent pas moins persuadés que l’intervention publique leur garantira une indemnisation meilleure que la garantie de l’assureur. Même si la conscience de la vulnérabilité au risque tend à croître (cf. les effets des inondations récentes en Allemagne, très faiblement assurées), les clients restent réticents face à l’augmentation élevée de cotisations, du fait de l’augmentation de la valeur des biens, des probabilités de sinistres et de la gravité de ceux-ci. C’est aujourd’hui l’attitude de certains élus locaux, qui incriminent plus volontiers l’absence de concurrence que la considération de l’augmentation du prix du risque avec la fréquence et la gravité des inondations et/ou des émeutes. Les Pouvoirs publics français se montrent tentés par des solutions dites de « mutualisation » des risques, poussant le modèle vers une sorte de « sécurité sociale » des risques climatiques, comme ce fut le cas pour l’indemnisation des victimes corporelles d’attentats avec le fonds F.G.T.I, financé par une cotisation à prix unique (aujourd’hui 6,50 €) par contrat d’assurance, quelle que soit sa nature. Ces solutions dites de « mutualisation » (donc d’extension obligatoire d’une garantie avec un taux de prime national) permettent de supprimer toute référence à l’exposition au risque, de « forfaitiser » le prix, et de développer une logique budgétaire de couverture du risque. Le taux de prime est fonction des besoins de financement des indemnités et non des risques couverts.
Cette démarche devrait permettre de réduire le prix des garanties pour le plus grand nombre, sauf si l’on considère que le coût global des risques naturels, par exemple, va croître inéluctablement, ce qui conduit, comme ce fut le cas récemment, à l’augmentation forte du taux de la surprime « cat’nat’ ». Naturellement, ces solutions conduisent à des « subventions croisées » entre les assurés : les habitants d’immeubles en zone humide payant pour les sinistrés du « retrait gonflement des argiles » sur les maisons individuelles, et les habitants d’immeubles en hauteur pour les riverains de rivières, victimes d’inondations.
L’insuffisance d’assurance (insurance gap) et les réticences, devant l’augmentation (inéluctable) du coût de la couverture de risques plus graves et plus nombreux, et plus coûteux, peuvent donc se cumuler pour suggérer des solutions de type étatique holistique. En France, cette tendance, que l’opinion pourrait soutenir, se manifeste dans le thème dit du « 100 % Sécu », d’étatisation globale de l’assurance maladie, ou dans les travaux récents du Haut Conseil pour la planification sur la garantie des événements naturels. Quoi qu’il en soit, la question du prix des risques, en particuliers les risques émergents dont la fréquence/gravité croît rapidement, demeurera au centre des interrogations sur la réponse efficace des marchés et/ou de la société à la croissance de la vulnérabilité des citoyens.
2.4. La croissance probable de la gravité, de la diversité et de la corrélation des risques oblige à en examiner les modalités de garantie et leur évolution possible dans un proche avenir.
On considère que la question centrale est le coût du risque. Celui-ci est un facteur déterminant de la recherche de garanties par les citoyens, car il détermine éventuellement leur refus/ignorance du transfert possible du risque aux tiers, donc l’existence d’insurance gaps. À l’inverse, le niveau excessif du risque, par rapport aux possibilités de le rémunérer par des primes suffisantes en montant, conduit les entités porteuses de risques à se retirer du marché. La recherche de moyens pour rendre le marché efficace est donc cruciale.
La solution traditionnelle est d’en appeler à la précaution/prévention, parfois opposée à l’assurance qui découragerait, par son indemnisation, la mise en œuvre de prévention. Les assureurs recherchent des moyens d’intéresser financièrement les clients à la prise de mesure de prévention/précaution, grâce à des remises de prime, voire à la tarification elle-même pour les risques d’entreprise. Il ne fait pas de doute que cette association clients/assureurs est déterminante de l’assurabilité à long terme, en particulier des risques émergents.
On a dit combien la « mutualisation » obligatoire des risques pouvait avoir des effets pervers, en supprimant le fonctionnement du marché. Les « quotas » de souscription obligatoires, imposés aux assureurs par les Pouvoirs publics, introduisent les biais que provoquent toutes les mesures de rationnement ou de partage des marchés, donc de réduction de la concurrence. Or, l’intérêt des pouvoirs publics est bien de promouvoir le bon fonctionnement des marchés par la concurrence, donc, par l’attirance de nouveaux acteurs sur le marché. À bien des égards, le développement de l’assurance « indiciaire », ou de « pools privés » d’assurance, attire de la capacité ou de la titrisation de certains risques correspondant à cette stimulation du marché. Il est malheureusement fréquent que les Pouvoirs publics préfèrent l’étatisation de fait à la stimulation de la concurrence.
La solution la plus simple est probablement le développement de partenariats public/privé pour couvrir un risque émergent ou dont la gravité s’accroît, en attirant la capacité d’assurance des marchés. Ce sont les solutions adoptées en France pour les catastrophes naturelles et les dommages aux biens dus aux attentats. Il se pourrait que la solution soit également retenue pour les émeutes, grèves et mouvements populaires. Dans ce cadre, on maintient une (relative) relation de la tarification avec l’exposition au risque (surprime fixe mais proportionnelle à une prime de base fonction du risque), la concurrence est maintenue avec la multiplicité des intervenants, la « mutualisation » du risque est plus ou moins garantie par l’existence d’un pool central, tandis que la bonne fin des opérations est garantie par l’intervention éventuelle de l’État, recours en dernier ressort.
Enfin, les marchés financiers et d’assurance semblent avoir pris la mesure de l’aggravation et du développement des risques, en développant des outils efficaces de suppléance aux (ré) assureurs, tentés de restreindre leur « appétence au risque » : contrats indiciaires (événements naturels), titrisation de certains risques (Insurance linked securities), ou émission d’obligations « catastrophe » (mortalité pour les économies, sinistres naturels d’ampleur exceptionnelle).
Sans cautionner le catastrophisme médiatique actuel, il serait inexact de ne pas considérer que l’univers des risques s’étend (qui s’intéressait aux polluants éternels PFAS, voici dix ans ?), et que de nombreux phénomènes (accumulation de valeur, urbanisation peu maîtrisée, changement climatique, coût des reconstructions/réparations) pèsent sur les coûts d’indemnisation des sinistres.
Les débats, malheureusement politiciens actuels tendent à jeter des doutes sur l’efficacité et le bon fonctionnement des marchés de transferts de risques, au point d’inciter les Pouvoirs publics à chercher ou à promouvoir des solutions exposant très largement les Finances publiques. Outre que la conjoncture budgétaire n’est évidemment pas favorable à des solutions étatiques, ces solutions laissent manifestement une place excessive à l’émotion médiatique, soutenue par l’émergence de négociations tarifaires complexes et multiples, qui poussent à stigmatiser le « désengagement » des assureurs, l’âpreté au gain des réassureurs ou le mauvais fonctionnement des marchés. La réalité est sans doute plus raisonnable. La « capacité » d’assurance existe largement, même pour les événements climatiques ou naturels extrêmes. Les marchés ont conçu des « outils » de transfert de risques efficaces, dont la croissance témoigne de leur intérêt pour les acteurs des marchés. Les solutions de partenariat public/privé fonctionnent, malgré les critiques imméritées qu’elles affrontent et les Pouvoirs publics savent bien qu’ils constituent des solutions efficaces en période de disette budgétaire.
Reste la nécessité de poursuivre l’analyse et d’approfondir la connaissance des risques et de la vulnérabilité des sociétés, en sortant de l’impressionnisme des interviews des dirigeants pour entrer dans la logique de la mesure de la fréquence/gravité des événements. C’est, par exemple, ce qui a été efficacement conduit par les acteurs des marchés sur le cyber risque depuis une décennie.