Vingtième sur vingt-six ! Tel est le classement de la France parmi tous les pays européens de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) en matière de prévention en santé. Et les choses ne sont pas près de s’arranger ! Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 prévoyait un budget de moins de 222 millions d’euros pour la prévention. Une baisse de plus de 18 % par rapport aux 270 millions d’euros inscrits au budget 2024.
Et pourtant, le coût de la santé explose en France. D’abord, avec la multiplication des innovations médicales. Le bénéfice est évident pour les patients. Mais ces avancées médicales reposent sur des investissements colossaux, avec des effets sur les coûts. Ensuite, il y a l’évolution démographique et la modification de nos modes de consommation. Ils mettent, eux aussi, sous pression le système de santé français. Pour rester à flot, les professionnels de santé se voient contraints d’augmenter le prix des actes et des consultations.
Les primes ne peuvent être extensibles à l’envi
Conséquence : on observe un glissement progressif des montants pris en charge par les opérateurs publics vers les assurances privées et les mutuelles. Toutefois, le système d’assurance privée repose sur une équation simple : la sinistralité. Avec une cohérence entre les montants versés aux assurés et les primes d’assurance collectées. Entre l’explosion des consultations liées au développement de maladies chroniques et liées à l’âge, et l’augmentation des coûts des actes médicaux et des molécules, le montant des primes nécessaire à l’équilibre financier du système s’approche dangereusement d’un point de rupture. D’où la nécessité d’investir dans la prévention.
Forts d’une activité consistant à développer des offres de service et d’accompagnement à destination des bénéficiaires des assurances, les assisteurs se sont penchés sur cette équation depuis longtemps. Et ils en ont conclu l’impérieuse nécessité d’investir dans la prévention ! Allianz Partners, par exemple, s’est engagé dans cette voie en proposant de nombreux programmes de prévention santé. En matière de prévention des cancers, notre partenariat avec la start-up Dépist&vous permet aux bénéficiaires d’accéder à une plateforme digitale de prévention et de dépistage précoce des cancers, qui leur donne leur profil de risque et propose l’organisation de rendez-vous de dépistage.
Ce que la prévention permettrait d’économiser
Selon l’OCDE, une amélioration des politiques de prévention en France permettrait d’économiser entre 5 et 17 milliards d’euros par an. Comment ? En permettant aux Français de gagner en moyenne huit mois à deux ans de vie sans maladie chronique ou grave. On estime également qu’à l’horizon 2050, la prévention permettrait d’éviter 241 000 cas d’infections respiratoires basses, 44 000 cas de bronchite chronique (BPCO) et 28 000 cas de cancers selon Santé publique France. À noter que ces données ne portent même pas sur les conséquences indirectes, comme l’augmentation de la productivité !
C’est par ailleurs une opportunité unique pour les assurances de s’emparer du sujet et de changer le paradigme de leurs relations avec leurs clients. Ces derniers font toujours appel à leurs assureurs par nécessité à la suite d’un sinistre ou d’une période difficile dans leur vie. Il convient maintenant pour les assurances de produits santé ou pour les mutuelles d’être plus proactives en proposant des services pour éviter que ces événements de santé n’arrivent. Cette anticipation permet ainsi à l’assureur d’échanger avec ses clients à un moment où ceux-ci ne sont pas en détresse ou dans un besoin urgent de réponse. Elle ne peut donc qu’avoir un impact positif sur l’image des assureurs auprès de leurs clients, pour qui les soins de santé sont de plus en plus incontournables.
Le système actuel n’apporte aucun bénéfice, à personne !
Pourtant, pour les assureurs, investir dans ces programmes de prévention reste complexe. En cause, un modèle économique dans lequel la santé reste historiquement résiduelle. En 2022, on estimait le marché français de l’assurance santé complémentaire à 40,5 milliards d’euros. Pour les assurances généralistes, elle représente seulement 6 % des cotisations collectées. Autant dire, une goutte d’eau dans un océan !
Dans ces conditions, adapter le modèle de ces mastodontes au virage préventif relève de l’impossible. Et quand les investissements sont possibles, leur efficacité se heurte à la difficulté de sensibiliser les bénéficiaires à ces nouveaux services auxquels ils ont droit. Pour être véritablement efficaces, les services de prévention ne peuvent faire l’impasse sur une pédagogie méthodique vis-à-vis des assurés. Cette communication personnalisée doit permettre de toucher la bonne personne, au bon moment, avec les bons services. Une difficulté pour les assureurs qui contribue à laisser les services de prévention dans les limbes des contrats d’assurance. Résultat, aucun bénéfice, ni pour les assureurs, ni pour l’organisation du système de santé, et surtout pas pour les bénéficiaires.
L’urgence d’investir dans la prévention n’est pourtant plus à prouver. Les organismes publics, les acteurs privés et les start-up en sont tous conscients. De nouvelles solutions digitales de programmes de prévention santé apparaissent tous les mois et la quasi-totalité des maladies est désormais couverte. Le défi est maintenant de convertir, de transformer les clients en utilisateurs.
Les pistes pour déclencher
le réflexe prévention
Les assisteurs, dont le modèle repose précisément sur l’anticipation des besoins des assurés, ont peut-être la clé de cette équation complexe. Parmi les services emblématiques de certains professionnels, on retrouve l’aide au retour à l’emploi. Une aide méconnue des bénéficiaires eux-mêmes, et dont le taux de recours a pu être optimisé grâce aux développements technologiques conjoints des assisteurs et assureurs. Lorsqu’un bénéficiaire est crédité d’un versement de France Travail sur son compte bancaire, sa bancassurance pourrait être automatiquement informée de sa situation. Une communication ciblée lui serait alors adressée pour l’informer de la possibilité de solliciter l’aide au retour à l’emploi conçue par les assisteurs.
Et si nous imaginions un système similaire pour la prévention en santé, me diriez-vous ? Tout l’enjeu repose ici sur la survenance d’un élément déclencheur susceptible d’activer cette communication ciblée. Mais par essence, cet événement est inexistant en matière de prévention. C’est pourquoi les assisteurs investissent dans le développement d’algorithmes et de partenariats avec la healthtech. L’objectif ? Identifier les personnes susceptibles de bénéficier d’un service de prévention par l’exploitation des données.
Grâce à sa plateforme RevealCare, la start-up Alogia dispose, par exemple, d’une base de données sans commune mesure sur l’implantation de professionnels de santé (médecins, pharmaciens, praticiens hospitaliers...), ainsi que sur la prévalence géographique des pathologies déclarées. Couplée aux bases de données des clients des assureurs, cette base de données permettrait de faire un premier pas vers une communication qui atteindrait sa cible... et qui libérerait le potentiel encore inexploité des offres de prévention conçues par les assisteurs et leurs partenaires, au bénéfice de tous.
Un meilleur système de prévention en santé est envisageable : ce système, qui accompagne les clients selon leur profil, positionne les assureurs comme des partenaires de santé de leurs bénéficiaires, et soulage le financement de la santé publique... Une solution pleine de potentiel à mettre en place.