Selon l’économiste Milton Friedman, à l’ère du capitalisme français, l’entreprise n’avait pour objectif unique : le rendement financier. Après la révolution industrielle, de multiples travaux ont été entrepris pour contrer cette idéologie, notamment dans le but de mettre en avant les aspects sociaux et sociétaux.
Si les autorités ont la véritable volonté d’aller plus loin sur ces sujets, les entreprises ont tardé à admettre l’impact positif de la considération du capital humain, n’admettant pas spontanément que cela aurait comme effet l’essor de leur performance économique.
Le sujet reste malgré tout encore marginal car il représente des investissements financiers conséquents et dont les rendements ne se mesurent que dans la longévité.
Ainsi les entreprises les plus avancées sur le sujet sont, en général, des sociétés d’une certaine taille et surtout cotées en bourse, telles que Danone avec son programme « Eve » ou encore l’Oréal avec son programme « Share & Care ».
Optimiser et mesurer tous les aspects sociaux en interne, afin de parvenir à un aboutissement probant sur la performance économique : la question existentielle des entreprises ?
Afin d’y répondre, l’étude s’est basée essentiellement sur les divers travaux menés par l’institution de prévoyance Malakoff Humanis, groupe ayant pour raison d’être l’innovation au service de l’humain et comme ambition la protection et l’accompagnement de ses clients.
Depuis plus de dix ans, l’assureur incite les entreprises assurées à être plus responsables socialement et environnementalement, en proposant toute une gamme de services personnalisés, regroupés en cinq grandes familles : la préservation du capital santé des salariés ; l’accompagnement des situations de fragilités ; l’optimisation de leurs finances ; la simplification de l’accès aux soins ; l’accompagnement des entreprises dans le cadre de leurs obligations légales quant aux risques liés à leurs activités.
La tarification de base en assurance devrait cependant mieux appréhender l’aspect humain afin de proposer des tarifs encore plus adaptés aux différents profils clients.
À ce jour, la tarification de base en assurance repose sur la méthode de la fréquence multipliée par le coût moyen, établissant la probabilité de survenance du risque ainsi que son coût en cas de réalisation.
La méthode permet d’analyser un risque dans sa globalité. Ainsi la question de la probabilité de survenance et du coût du risque humain est centrale, car il en découle de la performance des produits d’assurances offerts, et quelque part aussi la solvabilité de ces opérations.
Depuis près d’une décennie, Malakoff Humanis propose divers services dans le but d’améliorer l’aspect social. En tant qu’assureur de personne, le groupe a la conviction que l’humain, maillon essentiel au bien-être de l’entreprise, doit être considéré à sa juste valeur pour rester performant.
Afin d’encourager l’adhésion des entreprises, le groupe doit être dans la capacité de restituer aux entreprises l’impact positif et concret de ces dispositifs dans les tarifications d’assurance.
À cet égard, il y a eu la création d’un indice de performance sociale (IPS) pour mesurer le niveau d’implication des entreprises en matière de capital humain.
Cet IPS est noté sur 100, et est évalué par le biais d’un questionnaire de 64 questions abordant six thématiques, dont la considération, les conditions de travail et les pratiques managériales, ou encore la gouvernance et l’organisation.
Il résulte de cette consultation une classification classique en cinq grands types d’entreprises, allant du statut initial au statut expert, en passant par le statut intermédiaire.
D’après une analyse menée en 2019, le niveau d’implication sociael, pour plus de 70 % des entreprises, se situe entre le niveau initial et le niveau intermédiaire, ce qui est relativement bas et traduit ainsi le manque de maîtrise du sujet et peut aussi démontrer l’importance de poursuivre les efforts dans le développement de la RSE.
Concrètement, qu’apportent les différents services Malakoff Humanis aux entreprises ainsi qu’à leurs salariés ? Afin de démontrer leurs impacts, prenons un exemple substantiel par famille de service.
1. Dans un contexte de préservation du capital santé, et afin d’aider les 55 % de Français indiquant être stressés au travail, l’application anti-stress « Coach et Moi » accompagne les travailleurs afin de réduire le stress et propose plus de 200 exercices de relaxation et de méditation au travail. L’objectif est de développer bien-être, motivation et performance au travail.
2. Concernant l’accompagnement des situations de fragilité, dont le handicap fait partie, et qui touchera un salarié sur deux au cours de la vie active, le « Kit Enjeu RH Handicap » aide les entreprises, grâce à des méthodologies créées sur-mesure. Depuis 2013, le groupe a déjà investi plus de 3 millions d’euros dans sa fondation « Malakoff Humanis Handicap ».
L’objectif de soutenir les acteurs de l’économie sociale et solidaire se traduit ici par des moyens d’améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap. Mais aussi de donner aux entreprises l’opportunité aux entreprises de communiquer sur cet aspect et d’améliorer leur image de marque.
3. Pour optimiser le budget des employés, des formes d’aides financières sont proposées afin de lutter contre le surendettement. Le service propose également d’engager une médiation bancaire dans le cas de situations plus complexes.
Un accompagnement psychologique et financier par l’entreprise évitera au salarié de sombrer dans la précarité, lui donnant ainsi plus de disponibilité pour mener à bien ses missions professionnelles.
4. Pour simplifier l’accès au soin de ses salariés, Malakoff Humanis met à disposition ses réseaux de soins Kalixia pour les postes optique, dentaire, auditif, ou encore l’ostéopathie. Le service simplifie leurs démarches et leur fait bénéficier de soins de qualité à prix abordables et négociés.
5. Enfin, dans le cadre des obligations légales imposées aux entreprises, le groupe a la possibilité de mettre en place des formations en ligne, dans le but de prévenir les employés des risques professionnels auxquels ils peuvent être confrontés. Un tel service permet de les protéger et de renforcer leur sentiment d’appartenance et de fidélité à l’entreprise.
Pour l’assureur, la mise en place de ces actions favorise notamment la réduction des risques de maladie, l’absentéisme, et assume une dimension préventive. Plus le risque sera réduit, meilleurs seront les résultats. Si l’assureur réduit les scénarios de pertes, il provisionnera en conséquence et pourra développer par ailleurs sa performance financière.
Plus concrètement, les services proposés visent à disposer d’un réel levier concurrentiel. À ce jour, peu d’assureurs proposent un aussi large panel de services dans le but d’accompagner les entreprises au-delà de l’aspect assurantiel proprement dit.
N’omettons pas le rôle important des intermédiaires, plus précisément les courtiers, car offrir de tels services requiert des informations plus précises que celle véhiculées dans le cadre d’un appel d’offres classique. Pour quelle finalité ? Une meilleure connaissance client, dont on a vu l’importance dans la construction et l’adaptation de l’offre de services.
Nous touchons là du bout du doigt la question de l’obligation de conseil que doivent respecter les intermédiaires d’assurance dans le cadre de la Directive sur la Distribution d’Assurance (DDA). L’accompagnement va même encore plus loin, car il permet d’approcher un conseil d’autant plus personnalisé, de niveau 2 dans le cadre de la DDA, ayant pour but de répondre aux besoins de l’entreprise dans la globalité.
Concernant les entreprises, ayant désormais l’obligation, depuis 2016, de mettre en place une complémentaire santé pour leurs salariés avec un financement d’au moins 50 % de la cotisation, dans le cadre de l’Accord national interprofessionnel (ANI), les services proposés visent à obtenir une meilleure rentabilité de l’opération pour l’entreprise.
Nous faisons la référence au mécanisme ultra-classique en matière d’assurance, que ce soit de personnes ou de dommages : moins il y aura de sinistralité, meilleurs seront les résultats et moins seront conséquentes les indexations annuelles.
L’obligation a également un impact positif sur les salariés : le fait qu’ils se sentent considérés et accompagnés par leur entreprise, optimise leur motivation au travail et réduit les arrêts de travail, qui peuvent induire un coût élevé pour les entreprises.
Un salarié satisfait de son entreprise, notamment dans sa capacité de prise en compte de l’humain, renverra une image positive de son employeur auprès de son entourage.
Toutefois, malgré les divers succès amenés par cette volonté de considérer le capital humain, la réelle et permanente difficulté d’intégrer la performance sociale aux tarifications proposées aux entreprises subsiste. Il y a ici un réel obstacle dans la mesure du retour sur investissement de ces actions pour les entreprises, et ces dernières ne sont pas encore « clientes » de ce dispositif, et certains seront tentés de parler d’échec à ce stade. Or nous l’avons vu, la question de la mesure de réalité des bénéfices se fait sur le long terme.
Indéniablement, le domaine de l’incantation est désormais derrière nous, mais les assureurs ne sont toutefois pas encore assez matures pour intégrer cette performance sociale dans un ratio technico-financier.
Si l’on venait à proposer ce type de « projet » à un investisseur, il indiquerait ne pas être porteur, le retour sur investissement n’étant pas quantifiable, ou du moins, pas démontrable sur des horizons visibles. Or de tels projets, eu égard à la réalité à court terme des investissements à réaliser, exigent de donner une vision des bénéfices attendus plus conséquente que de seules expectatives.
Il est impossible, à ce jour, de mesurer et d’évaluer de façon manichéenne l’impact réel de la performance sociale sur la performance économique.
Y parvenir implique que cette question soit portée et défendue par tous, par le biais d’une plus large sensibilisation des ressources humaines sur ces sujets, tout en globalisant les normes et les sanctions à cet égard, et donc que le seul cadre assurantiel et de rentabilité des opérations d’assurance n’en soit pas la seule clef.
Bibliographie
Ouvrages
Baggio S. & Sutter P-E., « La performance sociale au travail », Livre blanc.
Notat N. & Senard J-D., « L’entreprise, objet d’intérêt collectif », Rapport.
Felli J-N. & Lenain P., L’Entreprise vraiment responsable.
Sources et rapports institutionnels
Normes ISO 26000
Loi relative à la croissance et la transformation des entreprises.
Conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Directive sur la distribution d’assurance (DDA).
Loi Informatique et Libertés (Cnil).
Lois Grenelle 1 et 2.
Scope 1,2 et 3.
Baromètre prospectif de l’Observatoire de l’évolution des métiers 2021-2026.
Objectifs développement durable (ODD) de l’ONU.
Global Reporting Initiative (GRI).
Reporting RSE de France Assureurs.
Rapport du GIEC avril 2022.
Publications Malakoff Humanis
Rapport SFCR Malakoff Humanis 2020.
Rapport ORSA Malakoff Humanis 2020.
Rapport RSE / DPEF Malakoff Humanis 2020.
Guides des Obligations Sociales Malakoff Humanis 2021.
Reportages et interviews
« Le temps c’est de l’argent », reportage ARTE.
« L’entreprise du futur », interview BMART.
Lecomptoirdelanouvelleentreprise.com.
Conférences
AMRAE, « Comment sensibiliser, coordonner la gestion du risque climatique dans l’entreprise ? », février 2022.
AMRAE, « Hydrogène : énergie du futur, énergie sûre ? », février 2022.
Je me suis également beaucoup enrichie à travers différents sites internet, tels ceux de l’ACPR, de l’Argus de l’Assurance, de Legifrance ou encore ceux du Gouvernement, qui mettent à disposition de très nombreux articles intéressants.
Divers entretiens avec mes binômes Inspecteurs sur Lyon, une experte en protection sociale ainsi que ma N+2, Manager Inspecteur Régions, m’ont également permis de prendre de la hauteur sur le sujet du mémoire.