L’actionnariat salarié est un outil de motivation et un véhicule d’épargne pour les salariés, ainsi qu’une source importante de financement pour les entreprises. Dans beaucoup de pays, ce dispositif est encouragé par les employeurs et par l’État, avec une décote sur le prix de l’action, un abondement attractif ou des avantages fiscaux. De ce fait, l’actionnariat salarié est très largement répandu. En France, les employés détiennent environ 2,4 % des actions des entreprises pour lesquelles ils travaillent et ce chiffre atteint 8 % aux États-Unis. Selon la Fédération européenne de l’actionnariat salarié, près des deux cinquièmes des salariés sont aujourd’hui actionnaires de leur entreprise en France.
Outre les avantages financiers précités, la performance attendue de l’action de l’entreprise est sans doute un moteur important. Les salariés se sentent aussi généralement plus « familiers » de leur entreprise et peuvent penser y détenir des informations plus fiables que sur le reste du marché. D’autres facteurs ont également été évoqués, comme la « loyauté » des employés vis-à-vis de leur employeur. Par exemple, les salariés d’entreprises autonomes, qui peuvent donc investir directement dans leur division, investissent 10 % de plus dans leur entreprise que les employés de conglomérats, plus éloignés du centre de décision (Cohen, 2009). De nombreux exemples historiques ont montré que cette loyauté des salariés est particulièrement importante pour les entreprises en cas d’OPA hostile.
La dimension sociale
Dans un récent travail de recherche, nous avons examiné une nouvelle motivation des salariés à investir en actions de leur employeur : la performance ESG de l’entreprise. Pour cela, nous avons utilisé des données uniques sur les plans d’épargne de grandes entreprises, gérés par Amundi ESR en France, et avons examiné si la performance ESG des entreprises avait un impact sur les choix d’investissement de près de 400 000 salariés. En particulier, nous avons évalué la manière dont les salariés réagissaient à l’arrivée de mauvaises nouvelles (ou controverses) ESG sur leur employeur, au moment où ils pouvaient souscrire à un nouveau fonds d’actionnariat salarié. Nous avons trouvé qu’un doublement du nombre de mauvaises nouvelles ESG réduit de plus de 15 % la propension des employés à investir en actions de l’employeur et diminue le montant investi de plus de 350 euros. En particulier, les salariés sont très influencés par les mauvaises nouvelles portant sur la dimension sociale de leur entreprise, et notamment celles qui concernent les conditions de travail en France. Ils réagissent beaucoup moins lorsqu’il s’agit de controverses environnementales ou concernant la gouvernance de l’entreprise.
Ainsi, la politique ESG des entreprises, dont on savait déjà qu’elle permettait de fidéliser les salariés (Cen et al., 2021), a aussi un rôle important à jouer pour promouvoir l’attractivité de l’actionnariat salarié. C’est un résultat important, à l’heure où le gouvernement s’est fixé comme objectif d’atteindre 10 % de détention par les salariés du capital des grandes entreprises françaises.