Banques et emplois : les recruteurs soufflent le chaud et le froid

Créé le

18.06.2026

-

Mis à jour le

19.06.2026

Dynamique pour les postes commerciaux en banque
de détail, le recrutement dans les métiers de la banque
de financement et d’investissement demeure plus sélectif depuis le début de l’année 2026.

Entre les fermetures d’agences, l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et la concurrence croissante des fintechs, les métiers de la banque traversent actuellement une période de profondes mutations qui affectent les recrutements. Les annonces de certaines banques n’ont ainsi pas manqué de souffler le chaud et le froid. Fin janvier, la Société Générale annonçait vouloir supprimer 1 800 postes en France d’ici fin 2027 tandis que BNP Paribas a dévoilé l’an dernier un plan d’amélioration de la rentabilité de la banque commerciale en France qui intègre une diminution de 2,2 % à 2,5 % par an des effectifs des activités de détail d’ici à 2030. La banque négocie aussi un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) suite au rapprochement entre sa filiale de gestion d’actifs et Axa IM portant sur environ 1 200 postes, soit 20 % des effectifs, dont environ 600 en France.

À contre-courant, BPCE affiche une politique active de recrutement, avec une prévision de 16 000 embauches en 2026. Dans le détail, les Banques Populaires annoncent 5 400 recrutements, dont 2 700 CDI et 1 200 alternants, tandis que les Caisses d’Épargne tablent sur près de 5 000 recrutements, dont 3 100 CDI et 1 100 alternants. Malgré la diminution des aides publiques à l’alternance, le groupe réaffirme son engagement en faveur de ce dispositif, qu’il considère comme un levier stratégique de recrutement et de fidélisation : « Sur les métiers de la banque de détail, nous observons des taux d’intégration post-alternance de l’ordre de 30 à 35 % », indique David Marchal, DRH adjoint du Groupe BPCE. « Nous avons même inscrit dans notre accord GEPP (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels) groupe un objectif minimum d’intégration de 30 % sur les métiers commerciaux. » Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation des parcours internes : « Notre premier réflexe consiste toujours à identifier les talents parmi nos collaborateurs », poursuit le DRH.

Des chargés de clientèle
toujours recherchés

À titre indicatif, la rémunération d’un conseiller clientèle particuliers s’établit en moyenne à 40 000 euros bruts par an au sein du groupe bancaire, soit environ 2 600 euros nets par mois. Celle d’un conseiller clientèle professionnels atteint quant à elle 48 000 euros bruts annuels, correspondant à près de 3 120 euros nets par mois. Ces montants intègrent les primes commerciales, l’intéressement et la participation, qui viennent compléter la rémunération fixe. Sur le front de l’attractivité, le groupe observe une progression soutenue des candidatures. Selon David Marchal, leur nombre augmente d’environ 30 % par an depuis trois ans, porté par le renforcement de la communication RH et des actions menées autour de la marque employeur. « Nous ne pouvons donc pas dire que le métier de banquier ne fait plus rêver », estime-t-il. Les recrutements ciblent avant tout les métiers de la relation client : chargés de clientèle particuliers – profil le plus recherché – et professionnels, chargés d’affaires entreprises et conseillers en gestion privée. De façon générale, les recruteurs estiment que les besoins de recrutement demeurent particulièrement forts sur ces métiers commerciaux : « Ces fonctions sont historiquement en pénurie de candidats et connaissent un turnover important, les collaborateurs évoluant souvent après trois à quatre ans », explique Frédéric Hatsadourian, Manager banque finance chez Robert Walters. « Faute parfois de viviers internes suffisants, les banques sont contraintes de recruter auprès de leurs concurrents, ce qui entretient une forte tension sur ces profils. ». La faible mobilité des candidats reste aussi une difficulté : « Le marché est aujourd’hui beaucoup plus attentiste qu’à la sortie de la crise sanitaire, où les candidats étaient davantage enclins à saisir de nouvelles opportunités », souligne Frédéric Hatsadourian.

Dans les métiers de direction, les choix sont anticipés. Après Société Générale, BPCE a également choisi de sécuriser sa gouvernance. Le groupe a renouvelé en juin le mandat de son président du directoire, Nicolas Namias, pour quatre ans, tandis que Société Générale avait décidé en février de prolonger pour une même durée celui de son directeur général, Slawomir Krupa, à compter de 2027. « Les banques françaises disposent encore d’un vivier de talents suffisant pour préparer en interne la relève de leurs dirigeants, grâce à des plans de succession anticipés, explique Diane Segalen, fondatrice du cabinet Segalen & Associés. Il s’agit moins d’un renouvellement complet des dirigeants que d’une recomposition des équipes de direction, sous l’attention accrue des conseils d’administration, notamment sur les questions liées à l’IA et aux transformations du secteur bancaire. »

Opportunités en baisse dans la BFI

Dans la banque d’investissement, c’est dans les activités de niche que se concentre l’essentiel des embauches. « Le financement de projet s’impose comme l’un des principaux moteurs du marché, soutenu par le développement de nouveaux projets et le renforcement des équipes. Les opérations de refinancement contribuent également à entretenir le flux de recrutements, qu’il s’agisse de remplacements ou de créations de postes », observe Sophie de Bièvre, directrice chez Chaberton Professionals en France. La situation est tout autre du côté des activités de marché. « Sales et trading font figure de parents pauvres : après plusieurs années de réduction des effectifs, le secteur génère désormais peu d’opportunités nouvelles au sein des banques françaises », poursuit la recruteuse. « Cette tendance de fond s’est installée depuis quatre à cinq ans, et rien, pour l’heure, ne laisse présager de retournement. » L’IA est passée par là, renchérit Diane Segalen : « Certaines institutions estiment qu’elles auront besoin de 40 % de personnel en moins en BFI. Avec les agents d’IA, cinq personnes suffisent désormais à faire fonctionner un département là où il fallait auparavant soixante développeurs et spécialistes techniques. »

Les établissements étrangers installés à Paris constituent des viviers de recrutement de premier plan, mais à entrée très sélective. Selon Sophie de Bièvre, « on observe aujourd’hui plusieurs mouvements portés par des banques étrangères établies à Paris, dont la structuration n’est pas encore finalisée ou qui poursuivent leur diversification. Certains établissements développent leur pôle de sales trading, ayant déjà constitué des équipes Fixed Income et s’apprêtent à étendre leur présence sur l’equity, ce que le marché n’avait plus vu depuis très longtemps. »

Paris, localisation stratégique

Ces derniers mois, ce sont les banques américaines qui ont animé les principales nominations. JPMorgan a recruté Thierry Sancier, en provenance de Goldman Sachs, pour prendre la direction du bureau parisien, en succession de Kyril Courboin, nommé Vice-Chairman au premier trimestre 2026. Chez Morgan Stanley, la banque a nommé un binôme interne : Frédéric Proust et Alexandre Bartolin partagent désormais la tête de la banque d’investissement. « Paris s’impose progressivement comme une localisation stratégique privilégiée pour un nombre croissant de banques, offrant désormais des conditions de recrutement et d’attractivité des talents plus favorables que dans ses centres financiers concurrents en Europe continentale », explique Stéphane Rambosson, cofondateur du cabinet d’executive search Vici Advisory.

À l’avenir, la pression des banques étrangères pourrait se poursuivre : Barclays a annoncé début 2026 avoir formellement engagé la procédure juridique et réglementaire en vue de transférer son siège européen de Dublin vers la capitale française. Stéphane Rambosson explique que « cette implantation devrait générer des recrutements, sans doute davantage dans les fonctions support et réglementaires dans un premier temps, mais des développements sont également attendus dans la banque de financement et d’investissement. La présence d’un siège européen crée naturellement des opportunités. » Les offres d’emploi devront donc augmenter dans les prochains mois.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº918