Le choc obligataire n’est pas loin. En France, le taux à dix ans des obligations assimilables du Trésor (OAT) a bondi de 165 points de base depuis le début de l’année, dépassant même 4,90 % début octobre. Dans le même temps, le prix du baril de Brent a progressé de près de 80 % depuis janvier, tandis que l’Insee a révisé l’inflation à 3,1 % sur un an en septembre. La hausse des prix, le renchérissement de l’énergie et le durcissement des conditions de financement pèsent sur les États, les entreprises et les ménages. Dans cet environnement instable, l’enjeu n’est pas de prétendre anticiper chaque choc, mais de mieux mesurer les vulnérabilités et s’y préparer. Comme le rappelle Michael Nizard (Edmond de Rothschild AM), dans son analyse publiée dans cette nouvelle édition de Revue Banque, la robustesse des portefeuilles ne consiste pas à prévoir la prochaine crise, mais à identifier les dangers auxquels ils restent exposés.
Pour les banques, le risque de décrochage technologique s’ajoute à ces fragilités. Pour garder une longueur d’avance, votre Revue fait la part belle, dans ses actualités, aux nouveautés en matière d’intelligence artificielle ou encore de « jetonisation ». Dans l’interview du mois, Ivan Odonnat, directeur général de la stabilité financière et des opérations à la Banque de France, revient ainsi sur le lancement de Pontes et sur les enjeux liés au règlement en monnaie de banque centrale des actifs tokenisés. Des innovations qui pourraient profondément modifier les infrastructures de marché, les modalités de règlement et, plus largement, le fonctionnement du système financier.
Autre enjeu quelque peu relégué au second plan par les urgences technologiques, économiques et géopolitiques, la finance durable. Malgré le backlash contre l’ESG et la révision de certaines ambitions réglementaires en Europe, les établissements financiers n’ont pas renoncé. Mais après les promesses et la multiplication par le passé des engagements, l’heure de la démonstration a sonné. Dans ce nouveau numéro, douze experts analysent cette nouvelle étape de la finance durable. Jérôme Saddier (Crédit Coopératif) et Marc Wormser (Banque Wormser Frères) témoignent du fait que les banques maintiennent, voire renforcent leurs engagements. Axel Pierron (Morningstar Sustainalytics) et Cécile Goubet (Institut de la Finance Durable) dressent un état des lieux chiffré, le premier des pratiques et performances ESG, la seconde du financement de l’adaptation à une France à +4 °C.
Les exigences se renforcent, à l’image de la révision du label ISR immobilier dévoilée par Michèle Pappalardo, de la nouvelle méthode du Forum pour l’Investissement Responsable, présenté par Marie Marchais (FIR) et François Humbert (Generali Asset Management), sur l’engagement actionnarial ou encore de la mesure des émissions financées selon l’analyse de Vincent Auriac (Axylia). Fabien Le Tennier et Sylvie Marchal, de l’Autorité bancaire européenne (EBA), reviennent, quant à eux, sur les attentes du régulateur en matière de prise en compte de risque ESG.
Cette nécessité de mieux mesurer le risque traverse d’ailleurs tout le numéro. Elle vaut pour le climat comme pour le crédit, la fraude ou le risque prudentiel. Dans notre rubrique « Expertises et métiers », Ronny Ktorza, Nizar Brahim (Kedge Business School) et Myriam Ettori, avocate, analysent le futur paquet PSD3/PSR et le déplacement progressif du droit des paiements, de la réparation de la fraude vers sa prévention. Michel Bilger (groupe Crédit Agricole), interroge de son côté sur les effets de l’output floor et sa capacité à refléter réellement le risque porté par les établissements. Enfin, Amaury Goguel (SKEMA Business School) soulève la question de la pertinence encore d’un taux souverain comme référence de marchés. Autant de chocs et de transformations qui déplacent les repères de la finance et obligent les acteurs à mieux identifier, mesurer et anticiper. De quoi nourrir vos réflexions tout au long du mois.