Repenser les modèles d’affaires constitue aujourd’hui un leitmotiv pour les banques traditionnelles. La concurrence frontale des néobanques ou même des SuperApps en finance vient complètement rebattre les cartes du secteur. Les poids lourds historiques ne peuvent pas prendre le risque de l’inaction, sous peine de devenir des dinosaures de la finance. Mais comment conserver une position dominante face à de nouveaux usages qui évoluent très vite ?
Après avoir fait un bond en avant en matière de digitalisation, la plupart des établissements vont désormais plus loin. Banque universelle, banque transversale, banque paneuropéenne, banque régionale ou de proximité... Derrière ces terminologies se dessinent des stratégies bien réelles. Le mot d’ordre est souvent le même : capitaliser sur son point fort plutôt que courir après tous les modèles à la fois. Douze experts parmi lesquels Laurent Quignon (BNP Paribas), Grégoire Charbit (Oddo BHF), Jérémie Rosselli (N26), Jean-Marc Ribes et Aurélie Tristant (Banque Richelieu France) ou encore Guy Poyen (Crédit Agricole Île-de-France), éclairent ces recompositions dans ce numéro.
L’actualité politique a aussi démarré sur les chapeaux de roues en cette rentrée, avec en perspective, l’élection présidentielle de 2027. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, vise 54 milliards d’euros d’économies pour le prochain budget de la France. Avec une dette publique qui approchera 122 % du PIB en 2027, notre pays arrive au bout d’un modèle fondé sur le report permanent des contraintes. Olivier Klein (HEC), rappelle les dangers d’un effacement de la dette proposé par certains candidats à l’élection présidentielle et l’illusion persistante d’un argent magique . À lire également, les réflexions d’Éric Dor (IESEG) sur le relèvement des taux de la BCE ou encore de Patrick Artus (Ossiam) sur la bulle des valeurs technologiques.
Même constat à l’échelle européenne. Dans notre interview du mois, la présidente de l’Autorité des marchés financiers, Marie-Anne Barbat-Layani, met en garde sur le risque de déclassement de notre économie. L’Europe dispose d’une épargne abondante, de banques solides, de marchés régulés. Mais elle peine encore à transformer ces atouts en puissance d’investissement, dans un monde où la compétition financière s’intensifie.
Un point de vue partagé par Jean Tirole et Karine Van der Straeten, qui alertent dans leur dernier essai, mis en avant dans notre rubrique lecture, sur le décrochage de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine.En clair, l’adaptation ne suffit plus. Il faut repenser nos modèles avant d’être rattrapés, voire évincés, par la concurrence.