De AAA en 2013 à A en 2025 !

La note de la France abaissée d’un cran par Fitch

Créé le

15.09.2025

-

Mis à jour le

26.09.2025

Pour l’agence, les errements politiques du pays ont de lourdes conséquences.

Fitch n’a pas fait preuve de mansuétude pour l’Hexagone sous prétexte que son capital fut, au début du siècle, détenu par Marc Ladreit de Lacharrière, un actionnaire français. Le 12 septembre, trois jours après la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, l’agence de notation a dégradé la note de la France de AA- à un simple A+. C’est la seconde fois en trois ans que la note du pays est abaissée. Deux dégradations à brève échéance par Fitch, l’Hexagone a déjà connu cette situation il y a une décennie. Le 12 juillet 2013, elle quittait le club très prisé des AAA, la notation maximale, pour ne devenir que AA+, avant de passer AA en décembre 2014.

Quand Fitch compare, il se désole

Sans surprise, le spread avec l’Allemagne s’étant sensiblement dégradé, la France est désormais A+. Alors que l’Allemagne et les Pays-Bas sont AAA, la Belgique A+, l’Espagne A- et l’Italie BBB. Les comparaisons ne sont pas neutres. Alors que la dette représentait 113,2% du produit intérieur brut (PIB), Fitch s’attend à une progression de ce ratio à 121% en 2027. Et l’agence de rajouter que sur cet indicateur, nous sommes déjà au double de la médiane de la catégorie des autres pays catalogués en A et que la France est la troisième forte dette rapportée au PIB dans l’univers des souverains notés AA ou A ! Côté déficit public, l’agence pense que 2025 se terminera sur un déficit de 5,5%, proche de la cible de 5,4% fixée par le gouvernement. Toutefois, en nous comparant, Fitch se désole : sur l’Eurozone, le déficit médian est de 2,7% et, dans la catégorie des “A”, de 2,9%.

Une impasse jusqu’à après 2027

La France voit la crédibilité de sa signature écornée. La faute notamment à sa situation politique. Depuis la dissolution de l’Assemblée Nationale en juin 2024 par le Président Macron, la France a connu trois gouvernements. Pour Fitch, “cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à assurer un assainissement budgétaire substantiel et rend improbable une réduction du déficit budgétaire global à 3% du PIB d’ici 2029, comme l’avait prévu le gouvernement sortant”. L’agence de notation va même plus loin : “Nous prévoyons que la période précédant l’élection présidentielle de 2027 limitera encore davantage les possibilités d’assainissement budgétaire à court terme et que l’impasse politique se poursuivra probablement au-delà de l’élection.” La France n’est donc pas près de voir sa note relevée, comme l’Espagne le même jour (voir encadré).

Résultats limités sur les efforts sociaux

Les autres arguments de l’agence de notation sont sans grande surprise et cohérents avec sa lecture politique du pays. Pour elle, le déficit restera supérieur à 5% en 2026 et 2027. Ce scénario repose sur des efforts à hauteur de 0,5% du PIB, contrebalancé par un accroissement de la charge de la dette et une hausse des budgets militaires. Mais aussi, autre hypothèse de travail, par le fait que le nouveau gouvernement lâche du lest par rapport à l’ancien sur le budget. Fitch ne croit pas à un retour vers les 3% de déficits, atteints seulement trois fois au cours des vingt dernières années. Et de constater que les marges de manœuvre sont limitées sur les impôts, le taux de prélèvements obligatoires étant le plus élevé de l’Union européenne. Il s’établissait, en 2023, à 45,6% contre 40% en Europe. Côté social, l’agence note que les efforts réalisés au cours de la dernière décennie ont affiché “des résultats limités. La France continue ainsi de consacrer 32% de son PIB au social, contre 26% en Europe. Après Scope, le 26 septembre, ce sera au tour de Moody’s de rendre sa copie, le 24 octobre.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº908