L’économie française n’a pas échappé aux ondes de choc économiques liées à la guerre en Ukraine qui affectent durement le moral des ménages et des entreprises depuis la fin février. Au premier trimestre 2022, selon l’Insee, l’Hexagone a été tout simplement à l’arrêt avec une croissance nulle du PIB en variation trimestrielle, après avoir progressé de 0,8 % au dernier trimestre 2021. Une contre-performance nourrie par la faiblesse de la demande intérieure hors stocks qui contribue négativement, à hauteur de –0,6 point, à l’évolution du PIB (après +0,5 point le trimestre précédent). Sur les trois premiers mois de l’année, selon l’Insee, la consommation des ménages a reculé de 1,3 % après une hausse 0,6 % au trimestre précédent. L’indice de confiance des ménages a poursuivi sa chute en avril passant de 90 à 88, un niveau proche des points bas de la fin 2018, période marquée par le mouvement des gilets jaunes, et de 2020 au moment des confinements. Suite à l’envolée continue des prix des services, de l’alimentation, des produits manufacturés et de l’énergie, les prix à la consommation ont augmenté de 4,8 % en avril, après un bond de 4,5 % le mois précédent. Même constat du côté des prix de production de l’industrie française qui ont grimpé de 4,6 % après une progression modérée de 0,7 %.
Bien qu’élevés, ces chiffres demeurent modérés au regard de la hausse de 7,5 % du taux d’inflation annuel de la zone euro estimée par Eurostat en avril après la flambée de 7,4 % enregistrée en mars. « Sans l’intervention étatique, l’inflation française aurait ainsi pu atteindre 6,1 % en 2022 », estime Allianz Trade, qui a relevé pour l’année 2022 de 2,7 points sa prévision d’inflation en Europe à 6,5 % en 2022 et de 1 point celle pour la France à 4,3 %. La filiale du Groupe Allianz justifie cette capacité d’absorption du choc inflationniste par la moindre dépendance de l’économie française aux énergies russes, et par les différentes mesures économiques prises par l’État, en vue de protéger les ménages et les entreprises, tels que le plafonnement des prix de l’électricité et les subventions sur le prix de l’essence. Selon ses estimations, celles-ci ont permis de juguler l’inflation respectivement de 1,5 et 0,3 point.
Des coûts de l’énergie préoccupants
Tandis que la France réussit pour l’instant à contenir la vague inflationniste à coup de mesures, la flambée des prix des coûts de l’énergie en zone euro devient préoccupante pour la BCE qui est très attentive aux incertitudes actuelles liées aux perspectives d’inflation à moyen terme. Celle-ci précise dans son bulletin économique de fin avril être prête « à ajuster tous ses instruments dans le cadre de son mandat, en incorporant de la flexibilité si nécessaire, pour garantir que l’inflation se stabilise à l’objectif de 2 % à moyen terme ». Avec l’arrêt fin mars du programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP) et celui à venir du programme d’achats d’actifs (APP), la pression en vue d’une normalisation de la politique monétaire de la BCE risque de s’intensifier alors que ses homologues américain et britannique, la Fed et la Banque d’Angleterre, ont relevé leurs taux directeurs respectivement de 50 et 25 points de base. D’ailleurs, Christine Lagarde a déclaré en mai que la BCE mettrait fin à ses achats nets d’actifs « au début du troisième trimestre », suggérant qu’une hausse de taux pourrait intervenir après dans un horizon de « quelques semaines seulement ». Des propos qui ont nourri les anticipations de marché en vue d’un relèvement des taux de la BCE dès juillet. n