Finie l’époque où les banques centrales marchaient d’un pas militaire, un pied devant l’autre, dans le même sens. Juin a vu la Banque Centrale Européenne (BCE) baisser ces taux, alors que la Réserve Fédérale américaine (FED) les a laissés inchangés (voir ci-dessous). Idem pour la Banque d’Angleterre, avec une décision prise loin de l’unanimité (6 voix contre 3).
Mais au royaume des banques centrales, on a souvent trop tendance à ne regarder que ces trois institutions. Il est pourtant des comportements intéressants. Par exemple au Japon. Sur un an, l’inflation s’est élevée à 3,7 %, au plus haut depuis janvier 2023. Un profil de la tendance très différent des courbes aux États-Unis ou en zone euro. Malgré tout, la Banque du Japon a fait le choix de ne pas toucher à ses taux monétaires. Ils restent à 0,5 %, un niveau fixé en janvier dernier. Un plus haut niveau depuis 2008 ! Mais les derniers mois ont surtout été marqués par la flambée des taux à 30 ans, qui naviguent désormais autour de 3 %.
Taux et tightening, deux armes différentes
Une situation qui pèse sur les détenteurs de dettes nippones à leur bilan, mais également sur la demande de dettes sur certains marchés, dont les emprunts d’État français. Cette fois, pas de statu quo. Le quantative tightening, c’est-à-dire la réduction de la taille du bilan de la banque centrale, engagé en juin 2024 va à terme être modifié. Il était prévu que les rachats trimestriels de papier sur les marchés seraient de 400 000 milliards de yens. Il y a été annoncé qu’ensuite, le rythme serait réduit de moitié. Pour mémoire, la Fed avait elle aussi revu à la baisse ses ambitions de normalisation en mars dernier.
La Suisse, elle, ne scrute pas les chiffres d’inflation avec l’inquiétude d’une flambée. Elle est passée de 0,3 % en février à -0,1 % en mars. Ici, le spectre déflationniste ressurgit. La Banque Nationale de Suisse a donc pris l’initiative de baisser son taux directeur de 0,25 % à 0 %, à compter du 20 juin. Prochaine étape éventuelle : le retour au taux négatif. Martin Schlegel, le président de la Banque nationale suisse, en connaît les conséquences : « Entre 2015 et 2022, le taux d’intérêt négatif s’est avéré un instrument important pour garantir la stabilité des prix en Suisse en période exceptionnelle. Nous avons toutefois conscience du fait qu’il peut entraîner des effets secondaires non souhaités et qu’il constitue un défi pour de nombreux agents économiques. »