Politique monétaire, taux,
inflation : le débat continue

Créé le

17.11.2022

-

Mis à jour le

21.11.2022

La banque centrale américaine (Fed) a démarré, avant l’européenne (BCE), sa lutte contre l’inflation. Elle a, depuis le moins de mars, mené une politique particulièrement agressive (voir graphique ci-dessous). Courant novembre, le S&P 500 a repris des couleurs, le Nasdaq a bondi comme jamais depuis deux longues années. Dans la foulée, le rendement à deux ans des emprunts d’État américains est tombé à 4,33 %, du jamais-vu depuis 2008. Les marchés se sont accrochés à l’espoir d’un ralentissement durable de l’inflation, dans la tendance du chiffre d’octobre sur un an : 7,7 %.

$!<span class=mln_small-caps_mln>La Fed</span><span class=mln_small-caps_mln>&nbsp;</span><span class=mln_small-caps_mln>: une politique agressive</span>

La vice-présidente de la Fed, Lael Brainard, a elle-même confirmé penser « qu’il sera bientôt approprié d’aller vers un rythme plus lent » de hausse des taux. La prochaine réunion de la Fed, les 13 et 14 décembre, ne sera toutefois pas encore celle de la baisse des taux directeurs : « Nous avons encore du travail sur les hausses de taux », considère-t-elle.

La BCE suit un chemin similaire de remontée de ses taux directeurs pour contrer l’inflation, attendue à 2 %. Avec le handicap du change euro/dollar. De chaque côté de l’Atlantique, les politiques monétaires accommodantes de ces dernières années sont pointées du doigt. Et l’on évoque les années 1970.

$!<span class=mln_small-caps_mln>Inflation</span><span class=mln_small-caps_mln>&nbsp;</span><span class=mln_small-caps_mln>: un niveau proche des années 1970</span>

Mais tous les facteurs ne sont pas identiques pour expliquer l’inflation sous-jacente. Et la priorité, entre pouvoir d’achat du consommateur et niveau d’endettement des États, n’est pas la même.

Dans le débat exclusif pour Revue Banque (n° 874), Steve Hanke, professeur d’économie appliquée à l’Université Johns Hopkins de Baltimore, est particulièrement critique envers les politiques monétaires de Jerome Powell, à la Fed, d’Andrew Bailey, à la Banque d’Angleterre, comme de Christine Lagarde à la BCE. « Tous chantent la même partition », s’agace-t-il. « Tous ont catégoriquement rejeté la théorie quantitative de la monnaie », pointe celui qui a siégé au Conseil des conseillers économiques du président Reagan.

Que devraient faire les banques centrales au tournant de cette année ? « La Fed doit continuer à relever ses taux tout au long de cette année, comme elle l’a prévu, mais elle doit faire attention à ne pas trop serrer. Elle doit commencer à évoquer un relâchement car la politique monétaire fonctionne avec des décalages longs et variables, avance Betsey Stevenson, professeure d’économie et de politique publique à la Gerald R. Ford School of Public Policy de l’Université du Michigan. Les économistes ne sont pas surpris que les mesures prises cette année pour resserrer la politique monétaire commencent tout juste à se faire sentir, les effets complets mettront encore de nombreux mois à se manifester dans l’économie. Cela signifie également que la Fed doit faire une pause à un moment donné, bien avant que l’inflation ne revienne à la normale. » Membre de l’Institut Ifo pour la recherche économique à Munich, associée de recherche au Bureau national de la recherche économique et membre du Conseil d’administration de l’American Economic Association, Betsey Stevenson a aussi été membre du Conseil des conseillers économiques, sur nomination du président Obama.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº874bis