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Les politiques monétaires asynchrones accentuent la nervosité des marchés

Créé le

20.09.2024

-

Mis à jour le

30.09.2024

La période estivale a été particulièrement mouvementée sur les marchés financiers, où la macroéconomie et les politiques monétaires ont donné le ton. Notamment aux États-Unis. Des résultats trimestriels décevants des entreprises de la tech, une inflation à 2,9 % en juillet à son plus bas depuis mars 2021, un taux de chômage sous pression à 4,2 % en août... Les signes de ralentissement de l’économie américaine, cet été, ont renforcé les anticipations de baisse plus rapide de la fourchette cible des Fed funds, maintenue par la Réserve fédérale américaine à 5,25 %-5,50 % depuis juillet 2023. Et ravivé la nervosité des marchés.

La BoJ surprend son monde

Cette dernière s’est toutefois exacerbée, non pas à la suite des déclarations de Jerome Powell à Jackson Hole, mais sous l’effet de la politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ). Après avoir mis fin à l’ère des taux négatifs en mars dernier en relevant pour la première fois depuis 2007 son taux directeur, la banque centrale de l’archipel a accéléré le mouvement le 31 juillet. Jugeant approprié d’ajuster sa politique monétaire dans la perspective d’une réalisation durable et stable de l’objectif de stabilité des prix de 2 %, elle a porté son taux cible au jour le jour non garanti de 0 %-0,1 % à 0,25 %. « Les marchés, qui n’attendaient qu’une hausse de 0,10 %, ont été pris au dépourvu. D’autant que, lors de sa conférence de presse, Kazuo Ueda, le gouverneur de la BoJ, est également apparu plus faucon qu’à l’accoutumée », commentait au moment de la correction boursière Yves Ceelen, responsable des mandats institutionnels et des fonds Global Balanced chez DPAM. Ajoutée aux mauvais chiffres du chômage américain, laissant anticiper une entrée en récession selon la règle de l’économiste Claudia Sahm, cette hausse des taux a contribué à faire plonger le Nikkei de 12,4 % le lundi 5 août. Un record depuis sa dégringolade de 15 % du « lundi noir » d’octobre 1987.

La décision de la BoJ a des conséquences majeures sur les marchés. Elle a soutenu le yen, déclenchant le dénouement massif d’opérations de « carry trade » mises en place ces deux dernières années sur la devise japonaise.

Le carry trade pèse lourd

Cette pratique de financement spéculative consiste à générer des gains en empruntant une devise à faible taux d’intérêt, comme le yen, et à investir dans une devise à taux d’intérêt plus élevé, comme le dollar américain. « Le yen était – jusqu’à très récemment – une source de financement importante, en raison de ses taux d’intérêt proches de zéro », explique Yves Celeen. Selon certains analystes, les montants empruntés se chiffreraient à 4 000 milliards de dollars. Leur débouclage expliquerait en partie la violence de l’effondrement du Nikkei et celle des marchés internationaux. « En période de tensions sur les marchés financiers, les investisseurs peuvent dénouer le carry trade en vendant les investissements à haut rendement et en rachetant la devise de financement, ce qui entraîne de fortes variations de prix. Cela peut déclencher des appels de marge lorsque les prix des actifs chutent », souligne dans une analyse, John Plassard, directeur chez Mirabaud & Cie. Le spécialiste en investissements estime que le « lundi noir » du mois d’août a probablement poussé les investisseurs à liquider certaines positions sur l’or pour couvrir les appels de marge sur d’autres actifs.

Dans le contexte actuel de divergence des politiques monétaires, tous les regards sont rivés sur les données économiques et les élections présidentielles américaines. Le billet vert est le grand perdant. Depuis le 12 juin, à la suite des deux baisses consécutives de taux de 25 points de base (pb) de la BCE, qui ont ramené le taux de la facilité de dépôt à 3,50 % et le taux refi à 3,65 %, le dollar perd 3,2 % face à l’euro et 9 % face au yen. Reste à voir si la réduction de 50 pb des taux de la Fed du 19 septembre et la pause de la BoJ du 20 septembre changeront la donne.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº896
Fini le calme monétaire
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