L’octroi des prêts Targeted Longer-Term Refinancing Operations (TLTRO) a été, conjointement avec les achats massifs d’obligations publiques et privées des programmes d’assouplissement quantitatif, une source d’augmentation extraordinaire de la liquidité des banques. Cette abondance s’est manifestée par une progression très forte des dépôts des banques auprès de l’Eurosystème, sous la forme de placements sur la facilité de dépôt ou de réserves sur leurs comptes courants, le tout auprès de leurs banques centrales nationales (voir graphique « Une progression très forte »).
Les banques sont tenues de détenir des réserves obligatoires sur leurs comptes courants. Leurs réserves excédentaires sont leurs dépôts en comptes courants qui excèdent ces avoirs obligatoires. Les liquidités excédentaires des banques auprès de l’Eurosystème sont la somme de leurs réserves obligatoires en comptes courants et de ce qu’elles ont sur la facilité de dépôt. Pendant assez longtemps, la facilité de dépôt et les réserves excédentaires ont été rémunérées de la même manière, avec même un taux négatif du 11 juin 2014 ou 26 juillet 2022, les banques étaient indifférentes entre ces moyens de déposer leurs liquidités excédentaires auprès des banques centrales nationales de l’Eurosystème. À partir du 14 septembre 2022, quand la facilité de dépôt a de nouveau été rémunérée, d’abord au taux de 0,75 %, les banques ont eu intérêt à y placer l’ensemble de leur liquidité excédentaire auprès de l’Eurosystème.
Les prêts TLTRO 3 ont été accordés aux banques en dix tranches successives de septembre 2019 à décembre 2021. La BCE, par le biais des banques centrales nationales, a prêté ainsi au total 2 339 milliards d’euros aux banques (voir tableau ci-dessous). Avec une durée de 3 ans, leur remboursement automatique s’étale de septembre 2022 à décembre 2024. Mais les banques ont aussi la possibilité de rembourser ces prêts à l’avance.
Depuis que la BCE a révisé le taux payé par les banques sur leur détention résiduelle de prêts TLTRO 3 à partir du 23 novembre 2022, l’intérêt de les garder s’est beaucoup réduit. C’est à partir de là que les banques ont commencé à rembourser massivement les TLTRO 3, volontairement ou automatiquement. L’encours des emprunts TLTRO 3 s’est ainsi déjà réduit de 1 518 milliards d’euros depuis lors.
Une situation d’excès relatif
Au départ, l’encours des emprunts TLTRO et LTRO était surtout réparti entre les banques de France pour 21,7 %, d’Italie pour 20,37 %, d’Allemagne pour 18,87 %, d’Espagne pour 13,69 % et des Pays-Bas pour 8,14 %. Entre octobre 2022 et juin 2023, la diminution de cet encours a été principalement distribuée entre les banques de France pour 20,6 %, d’Allemagne pour 17,7 %, d’Italie pour 17 %, d’Espagne pour 16,6 %, ou des Pays-Bas pour 9,7 %.
Des remboursements aussi massifs ont bien mobilisé beaucoup de liquidité détenue par les banques de la zone euro. Toutefois, ces banques ont pu absorber ce choc plutôt aisément, sans avoir à recourir fortement à des emprunts ordinaires à la BCE en compensation, puisque l’augmentation de l’encours des MRO (Main Refinancing Operations) s’est réduite à 16,9 milliards d’euros.
D’abord, elles ont tout simplement réduit leur encours sur la facilité de dépôt de 1 062 milliards d’euros (voir graphique ci-dessous « Des remboursements massifs »). Ensuite, les statistiques montrent qu’entre le troisième trimestre 2022 et le deuxième trimestre 2023, les banques de la zone euro ont procédé à des émissions nettes d’obligations pour 331 milliards d’euros (voir tableau ci-dessous). Leurs capital et réserves ont aussi augmenté de 84 milliards d’euros.
Ce qui reste sur la facilité de dépôt excède encore de 500 % l’encours résiduel des emprunts TLTRO 3 à rembourser. Les banques de la zone euro demeurent donc dans une situation d’excès relatif de liquidité. C’est pour cela que le taux directeur principal réellement effectif de la BCE reste le taux de facilité de dépôts alors que c’était celui des MRO au début de l’Union monétaire.