Alors que le président de la Réserve fédérale, J. Powell, alertait, le 7 mars, sur la persistance de l’inflation, devant le Comité bancaire du Sénat, le secteur bancaire a été secoué par une série de faillites : Silvergate Bank, puis Signature Bank et, plus préoccupant, la Silicon Valley Bank (SVB), 16e banque des États-Unis et véritable fleuron de la région.
Nous avons assisté à un épisode inédit de « course aux guichets », la plus importante aux États-Unis depuis la crise des années 1930 et d’un nouveau genre, à l’ère du digital – le « swipe bank run ». Il ne s’est pas agi d’un mouvement irrationnel de déposants inquiets mais d’une prise de conscience de ces derniers que le risque de ne pas récupérer leurs dépôts, compte tenu du plafond de l’assurance à 250 000 dollars, était important. En effet, avec son exposition corporate, SVB avait la proportion la plus élevée de dépôts non assurés.
Renversement de politique
Fortes de l’expérience de 2008, les autorités ont répondu de façon rapide et forte aux tensions générées par ces défaillances successives. La Réserve fédérale, le FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) et le Trésor ont fait deux annonces « chocs » : l’extension de la couverture des dépôts au-delà de 250 000 dollars pour les banques en difficulté et la mise en place d’un programme de prêts à terme. Toute institution éligible peut emprunter pour une durée allant jusqu’à un an contre la valeur nominale – sans décote – de titres éligibles à un coût égal au taux de swap indexé à un an, majoré de 10 points de base – 4,86 % au 12 avril 2023.
Les banques ont massivement emprunté via la fenêtre d’escompte, à hauteur de 152 milliards de dollars, et ont accédé au dispositif exceptionnel pour un montant de 12 milliards de dollars la semaine suivante. Entre le 8 et le 22 mars, l’actif de la Fed a augmenté de 400 milliards de dollars, passant de 8 342 à 8 733 milliards, et effaçant deux tiers de la réduction du bilan entamée depuis un an. Notons que cette injection massive de liquidités est comparable à celle de 2008.
On peut s’interroger sur les conséquences de ce renversement de la politique monétaire. J. Powell a réaffirmé son orientation restrictive, suivie par une hausse des taux d’intérêt, lors de la dernière réunion du Federal Open Market Committee (FOMC), malgré les turbulences bancaires. Signe qu’il ne veut pas remettre en cause le resserrement monétaire à un moment où l’inflation décélère mais semble s’installer à un niveau supérieur à 2 %.
Des objectifs compatibles ?
Ces interventions de la Fed, dans son rôle de prêteur en dernier ressort, compromettent-elles durablement l’objectif de réduction de l’inflation ?
Depuis le 22 mars 2022, son bilan diminue à nouveau du fait de la baisse des montants demandés par les institutions bancaires via la fenêtre d’escompte, mais le recours au nouveau programme de prêts à terme continue d’augmenter : il atteint aujourd’hui un montant de 70 milliards. Ces prêts sont d’une maturité plus longue que la fenêtre d’escompte, jusqu’à un an contre trois mois, et ouverts à tout établissement satisfaisant les exigences de fonds propres.
Ce dispositif vise à assurer un accès sécurisé à la liquidité pour les banques, afin d’empêcher tout mouvement massif de retrait qui mettrait l’une d’elles en difficulté. Ainsi, First Republic a réussi à endiguer les retraits massifs et à se stabiliser grâce à une action coordonnée des grandes banques, sous la houlette de JP Morgan, en collaboration avec le Trésor américain, grâce à un apport de 30 milliards de dollars.
On ne peut s’empêcher de penser que ces actions limitent l’impact de la remontée des taux sur la demande de crédit. L’existence même de ce programme vient contrarier les mécaniques de baisse des crédits et des liquidités dans le système. Il offre une source de liquidité stable à un coût plus avantageux que le taux d’escompte et pour une maturité plus longue. En outre, les collatéraux acceptés le sont à leur valeur nominale et non avec décote. Il n’y a pas de restrictions spécifiques à son accès, à part satisfaire aux exigences prudentielles. Certaines banques commerciales pourraient y voir une aubaine pour continuer à financer des prêts avec des ressources plus stables que les dépôts, alors que les clients se tournent vers les produits du marché monétaire. Si tel est le cas, l’inflation risque de persister encore longtemps !