Marché du crédit

À l’aube d’une nouvelle ère

Créé le

22.08.2024

Les marchés européens du crédit se préparent à jouer un rôle essentiel dans l’économie mondiale. Leur résilience remarquable, malgré les turbulences économiques internationales, leur capacité à innover via des partenariats stratégiques sont autant de facteurs les positionnant
en tant qu’acteurs clés pour relever les défis économiques et environnementaux d’aujourd’hui et de demain.

La hausse brutale des taux d’intérêt et les incertitudes géopolitiques au niveau mondial ont affecté les volumes de prêts à l’économie. Malgré cela, les marchés européens du crédit se sont montrés particulièrement résilients. Sur les premiers mois de 2024, les volumes de prêts ont connu une augmentation de 33 % par rapport à l’année précédente, là où on observait dans le même temps une chute de 20 % en Asie.

Quelques indicateurs étayent ce constat. Ainsi, 21 % environ des capitaux levés pour les infrastructures l’ont été en Europe qui se place au second rang dans le monde. Toujours en 2024, l’Europe affiche les volumes de prêts durables les plus élevés et contribue à la moitié des montants totaux émis dans cette catégorie (contre environ 36 % pour l’année 2023). Au 30 avril, les montants de prêts à effet de levier en Europe étaient trois fois supérieurs aux niveaux d’émission observés en 2023. Entre 2019 et 2023, on estime que la taille du marché européen du crédit privé a augmenté d’environ 70 %.

La demande pour les produits de crédit en Europe, et particulièrement en France, a été en nette hausse. Les spreads de crédit ont continué de se resserrer, et cette tendance devrait se poursuivre grâce à la disponibilité abondante de capital. En effet, les rendements restent très attractifs. Un phénomène notable est l’accès extrêmement bon marché au financement pour les grandes entreprises européennes, un privilège rare sur le marché mondial. Par quoi s’explique cette dynamique ? Tout simplement par une année précédente plutôt calme, où de nombreux acteurs avaient reporté leurs financements.

À quoi cette résilience et ce dynamisme sont-ils dus ? Principalement aux initiatives des décideurs politiques pour maintenir une dynamique économique positive mais aussi une forte collaboration entre acteurs de l’écosystème de financement au bénéfice de l’innovation. En outre, les indicateurs semblent au vert pour les mois qui viennent.

La Banque Centrale Européenne (BCE) a récemment abaissé ses taux d’intérêt de 25 points de base. Les banques centrales suédoise et suisse ont également réduit leurs taux d’intérêt cette année. En outre, la dynamique économique s’est améliorée depuis le début de l’année, ce qui se reflète non seulement dans le PIB du premier trimestre, mais aussi dans les récents indices des directeurs d’achats PMI. Au total, l’amélioration des conditions sur le marché de la dette, l’importance des liquidités disponibles et la stabilité des taux d’intérêt devraient permettre une amélioration de l’activité de fusions et acquisitions vers la fin de l’année 2024. Un bémol : la situation incertaine en France qui peut entamer la confiance des investisseurs. À ce stade, nous considérons néanmoins qu’une résilience à long terme l’emportera sur la volatilité à court terme.

Une nouvelle ère de partenariats

Des niveaux importants d’investissement et d’innovation sont nécessaires au niveau mondial pour améliorer les capacités de production et les infrastructures. C’est indispensable pour soutenir l’économie du futur et atteindre les objectifs ambitieux en matière de durabilité et de financement de la transition. L’Union européenne a toujours été à la pointe de cette évolution, avec des initiatives telles que le marché des énergies renouvelables ou du carbone, le premier et le plus grand marché du carbone au monde. Nous n’en sommes qu’aux prémices de ce mouvement.

On estime par exemple que le taux de décarbonation devra tripler pour que l’Union européenne puisse atteindre son objectif de réduire, d’ici 2030, ses émissions de 55 % par rapport aux niveaux de 1990. L’Europe va devoir mobiliser plus de 32 000 milliards de dollars d’investissements d’ici 2050 afin d’atteindre une économie nette zéro. Cela implique que les investissements annuels moyens dans l’approvisionnement en énergie propre, les véhicules électriques, les pompes à chaleur et les matériaux durables en Europe soient multipliés par trois à quatre par rapport aux niveaux observés jusqu’en 2022.

Le segment des financements durables suscite un intérêt croissant de la part des investisseurs institutionnels du monde entier. C’est donc une occasion pour les prêteurs d’amplifier les partenariats notamment avec des institutions comme la Banque européenne d’investissement (BEI) pour soutenir des projets d’infrastructure critiques, à l’image de giga factories de batteries en Europe. On peut aussi s’inspirer à plus grande échelle des contrats sur différence (CfD) du Royaume-Uni, mesures financées par l’État pour soutenir les projets d’énergie renouvelable d’envergure en réduisant leur risque financier. Le dispositif de « low carbon contracts company » permet donc de soutenir la bancabilité des nouvelles technologies en réduisant les risques associés au financement de la transition.

Dans ce contexte de transition énergétique et de coopération internationale, il est pertinent de se tourner vers l’Asie pour soutenir les projets d’énergie renouvelable. L’Europe bénéficie d’une forte connectivité avec cette région, notamment en termes d’exportations et de technologie, une tendance qui ne cesse de s’accélérer.

L’Inde, en particulier, grâce à sa remarquable croissance économique, attire de plus en plus les investisseurs européens. Le pays offre de nombreuses opportunités en raison de son marché en expansion. Les besoins à long terme de l’Inde en énergie et en décarbonation sont immenses. Le développement des infrastructures est crucial : l’Inde a besoin d’améliorer et d’étendre ses routes, ses aéroports et ses ports pour soutenir sa croissance économique et faciliter le commerce international.

La nécessité d’une mise
à niveau numérique

ll existe un consensus au sein de l’industrie pour supprimer les obstacles juridiques permettant une adoption plus rapide de la numérisation et une harmonisation des marchés européens de la dette, avec pour objectif de les rendre plus compétitifs à l’échelle internationale.

Le marché européen de la tokenisation numérique est en plein essor, alimenté notamment par une clarification de la réglementation et une diversification des cas d’usage. Selon la dernière étude d’Astute Analytica, le marché européen de la tokenisation numérique devrait atteindre 3 742,2 millions de dollars d’ici 2032, contre 789 millions de dollars en 2023.

Les développements de la tokenisation au sein des marchés obligataires feront une grande différence, à la fois pour les banques et pour les clients. Les obligations tokenisées vont en effet offrir une plus grande transparence et une meilleure traçabilité, ainsi qu’une plus grande rapidité des transactions et des règlements.

Bien que l’Europe soit en tête dans ce domaine, il n’y a pas encore de dynamique suffisante pour créer un marché. De nombreuses banques tentent de se développer avec des plateformes numériques, mais la plupart des investisseurs bancaires utilisent encore des infrastructures traditionnelles. Il reste donc beaucoup à faire pour numériser ces produits. n

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº895