Wall Street, l’indétrônable ?

Créé le

20.05.2026

-

Mis à jour le

26.05.2026

Longtemps intouchable, la Place
new-yorkaise est confrontée à la montée de centres financiers concurrents.

Le nom de Wall Street vient historiquement du mur érigé en 1653 à New York par les colons néerlandais pour se protéger contre les Britanniques. En 1792, 24 courtiers et négociants de renom signent, à l’ombre d’un platane situé à Wall Street, l’accord de Buttonwood définissant les modalités standard de négociation des titres sur la base de commissions. C’est l’ancêtre de la Bourse. Au fil du temps, le mur a fait place à une rue composée de huit pâtés de maisons où se trouve encore aujourd’hui le New York Stock Exchange.

Plus largement, Wall Street désigne le centre financier de New York et des États-Unis. Située en plein cœur de Lower Manhattan dans le quartier financier, Wall Street est la plaque tournante des échanges de capitaux mondiaux. Début 2025, le volume quotidien moyen des transactions sur le marché boursier américain a franchi pour la première fois la barre des 1 000 milliards de dollars. Au total, il pèse près de la moitié de la valeur totale des actions mondiales.

Un écosystème unique

Capitale mondiale des échanges, Wall Street abrite les places boursières majeures – le New York Stock Exchange et le Nasdaq – ainsi que les plus grandes institutions financières du monde. Les sociétés de courtage de premier plan comme les grandes banques d’investissement, dont Goldman Sachs, JP Morgan ou Morgan Stanley, y ont toutes implanté leur siège social.

Une prédominance qui repose sur la puissance des marchés de capitaux. Wall Street joue, en effet, un rôle pivot pour financer les entreprises américaines et internationales.

Il faut dire que la capitalisation boursière est impressionnante : pas moins de 56 600 milliards de dollars s’y trouvent concentrés, contre 12 000 millards de dollars pour le marché chinois.

En 2025, les entreprises y ont levé le montant record de 3 000 milliards de dollars par le biais de titres de créance et d’actions pour le compte d’émetteurs privés et municipaux. Wall Street a aussi enregistré 367 introductions en Bourse et les fonds levés lors des cotations ont progressé de 38 % à 45,5 milliards de dollars juste derrière les marchés chinois qui ont récolté 55 milliards de dollars (voir graphique). Et l’année 2026 est prometteuse. « On se prépare à de plus grosses opérations comme celle de SpaceX, mais aussi d’OpenAI et d’Anthropic » indique Jessica Chen, associée chez White & Case LLP. Pour l’avocate spécialiste des IPO, beaucoup d’entreprises non américaines viennent à New York pour s’introduire en Bourse, car la base d’investisseurs est sans équivalent.

Côté investisseurs, Wall Street attire par le rendement de ses placements. Au XXe siècle, les actions américaines ont généré un rendement réel de 7 % par an, contre 4,9 % dans le reste du monde. Autre atout de la place, la gestion de la dette. La dette nationale américaine, telle qu’elle se reflète sur le marché des bons du Trésor et des obligations, constitue de loin le marché le plus important et le plus liquide au monde avec une taille avoisinant actuellement les 40 000 milliards de dollars. « Les institutions de Wall Street, y compris certaines grandes institutions étrangères, sont les principaux courtiers qui collaborent avec le Trésor américain pour gérer cette dette » note Richard Sylla, professeur émérite d’économie à l’université de New York.

Enfin, Wall Street se distingue par la concentration des richesses et des talents. En 2025, le Bureau of Labor Statistics estime que près de 200 000 personnes travaillent dans le secteur financier à New York, soit près de 20 % des emplois financiers du pays contre 23 % en 2010 et 34 % en 1990. En 2025, les recettes fiscales tirées de l’industrie atteignent 22 milliards de dollars dans l’État de New York dont 6,7 milliards de dollars rien que pour la ville de New York.

Une domination durable ?

Forte de tous ces atouts, New York reste en tête du classement de l’indice mondial de compétitivité des centres financiers (GFCI 38) publié par Z/Yen Group avec un score de 766 juste devant Londres (765) et Hong Kong (764), mais l’écart se resserre. Pour le professeur Michael Mainelli, président de Z/Yen, « les notes extrêmement serrées des places financières figurant dans l’indice témoignent de l’intensité de la concurrence entre les principales places financières. La réglementation constitue le principal facteur de compétitivité commun. La prévisibilité et la flexibilité de la réglementation offrent aux marchés financiers une base solide pour leur croissance, bien avant les coûts en tant que facteur de compétitivité ».

Selon Goldman Sachs, la part des marchés émergents dans la capitalisation boursière mondiale atteindra 55 % d’ici 2075 et Wall Street fera alors à peu près la même taille que les marchés chinois et indien réunis.

Mais pour Richard Sylla, le fait que les introductions en Bourse en Chine et sur d’autres marchés émergents aient dépassé celles des États-Unis ne constitue guère une menace pour Wall Street, parce que ces dernières institutions opèrent à l’échelle mondiale et participent aux opérations sur les marchés émergents. Jessica Chen souligne aussi que certaines de ces bourses émergentes ne sont pas très liquides. Donc, même si les entreprises obtiennent une cotation très élevée, le volume des transactions qui s’ensuivent est loin d’atteindre celui des bourses américaines. La confiance des investisseurs, qui repose sur la réglementation et la supervision en place, est également moins solide en Chine ou à Hong Kong qu’aux États-Unis. « Pour ces raisons, la domination de Wall Street n’est pas réellement menacée », juge-t-elle.

La montée du « Wall Street du Sud »

À cela s’ajoute la concurrence d’autres États américains. Depuis 2020, on assiste à une migration de la finance de New York vers les États du Sud, en particulier la Floride et le Texas qui n’ont pas d’impôt sur le revenu pour les particuliers et un impôt local sur les sociétés bien inférieur (5,5 % en Floride contre 8,8 % à New York).

Entre 2020 et 2023, plus de 50 sociétés d’investissement ont déménagé leur siège social de New York à Miami et au sud de la Floride. On parle même de « Wall Street du Sud ». Après l’exode de Blackstone et de Citadel, Apollo Global Management vient d’y ouvrir un deuxième siège social fin mars.

De même, le Texas est en train de devenir une place financière majeure et vient de lancer la Bourse du Texas (TXSE) qui doit coter des actions en juillet 2026. Pour le gouverneur texan, Greg Abbott, « le centre de gravité du capitalisme américain se trouve désormais dans la “Boom Belt” ». Entendant concurrencer la Bourse de New York, le TXSE basé à Dallas a recruté le responsable des opérations boursières du Nasdaq pour diriger les opérations. « La Bourse du Texas promet d’être plus accueillante envers les petites entreprises, avec des exigences moins strictes que celles du NYSE ou du NASDAQ et des coûts de cotation réduits » explique Sriram Villupuram, professeur de finance à l’université du Texas. Même s’il ne s’agit pas, selon lui, de concurrence directe avec Wall Street, il constate néanmoins l’émergence d’un nouvel écosystème avec la venue des banques d’investissement comme Goldman Sachs ou JP Morgan, qui emploie désormais plus de personnes au Texas qu’à New York. Le Texas a, en effet, la plus forte croissance de l’emploi dans le secteur financier, avec 30 100 emplois créés depuis 10 ans, en hausse de 45,5 %.

Comme le souligne Richard Sylla, le monde semble s’orienter vers un modèle comportant plusieurs grands centres financiers, sans qu’aucun d’entre eux ne soit dominant. Pour le professeur, il est clair que « Wall Street restera un centre névralgique de la finance mondiale, à défaut d’en être LE centre névralgique unique ».

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº917bis
Les États-Unis continuent de dominer
la capitalisation mondiale
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