« Un grand changement » : c’est ainsi que, dans une interview accordée à Reuters, Kamil Liberadzki, chef de l’analyse économique et des risques à l’Autorité bancaire européenne (EBA), qualifie la hausse de 14 % sur un an des portefeuilles d’obligations d’État détenus par les banques européennes à la fin de juin 2025. À cette date, selon le Risk Assessment Report publié par l’EBA, les établissements déclaraient environ 4 000 milliards d’euros d’expositions souveraines, contre 3 500 milliards un an plus tôt.
Le régulateur alerte du fait que cette accumulation de dettes d’État renforce les vulnérabilités du système financier, alors que les gouvernements empruntent davantage à des taux plus élevés pour financer la défense et d’autres programmes.
Une dynamique structurelle
Cette progression rapide s’inscrit dans une dynamique structurelle : depuis plusieurs années, la détention de dette publique par les banques augmente de façon progressive mais constante. Le ratio entre expositions souveraines et fonds propres CET1 a atteint 226 % à fin juin 2025, son plus haut niveau depuis la pandémie. En somme, les banques détiennent désormais plus de deux fois leur capital en dette publique. Dans certaines juridictions, les expositions dépassent 300 % du capital et sont souvent concentrées sur la dette domestique.
En cas de hausse des taux ou de tensions budgétaires, la valeur de ces portefeuilles pourrait chuter, ravivant le spectre du fameux nexus « banque-souverain » observé lors de la crise de la zone euro, au début des années 2010.