Comment l’attractivité d’une place financière est-elle mesurée ?

Créé le

08.04.2026

-

Mis à jour le

26.05.2026

En s’appuyant uniquement sur
des données publiques, le classement OFEX établit chaque année le panorama des places financières
les plus compétitives. Ce palmarès montre bien l’importance de construire tout un écosystème robuste, apte à attirer talents humains comme flux financiers.

New York, Londres, Paris, Frankfort, Shanghai... Les grandes places financières mondiales constituent des pôles de développement reconnus et essentiels pour les économies dans lesquelles elles opèrent. Mais ces villes sont également le théâtre d’une compétition constante pour attirer toujours plus de flux financiers et de talents humains. Le classement OFEX, développé par l’ILB et le Center for Financial Studies, propose une méthode holistique pour évaluer l’attractivité d’une place financière. Au-delà de la taille de ses marchés ou de la renommée de ses institutions, ce classement examine la robustesse de son écosystème à travers des données quantitatives. Une révolution méthodologique qui bouscule les hiérarchies traditionnelles et impose une nouvelle grille de lecture : la compétitivité se construit désormais à l’intersection de la profondeur financière, de la qualité réglementaire, du capital humain et des infrastructures, physiques comme numériques.

Une construction sur la durée

L’attractivité d’une place financière ne se décrète pas : elle se construit, année après année, à travers la densité de son écosystème. OFEX se distingue des indices historiques, comme le Global Financial Centres Index (GFCI), en s’appuyant exclusivement sur des indicateurs publics (voir méthodologie en encadré). Cette approche évite les biais de perception et offre une lecture structurelle de la compétitivité, complémentaire de GFCI, principalement basés sur des sondages de praticiens.

Les résultats provisoires de l’OFEX 2026 placent New York en tête, suivie de Londres qui regagne sa deuxième place face à Chicago, en partie grâce à sa position de leader européen sur l’émission de green bonds, puis de Paris et Francfort. Séoul et Singapour progressent, tandis que d’autres places asiatiques comme Shenzhen reculent légèrement, en raison notamment d’un durcissement réglementaire chinois sur les levées de fonds. Pour la Place de Paris, ces résultats sont encourageants, mais ils rappellent aussi l’importance de ne pas relâcher les efforts sur des leviers clés : fiscalité, droit, infrastructures et capital humain. Paris Europlace, les autorités de régulation, ainsi que d’autres associations de la place, travaillent précisément à l’amélioration de ces critères, comme en témoignent ses groupes de travail dédiés à la régulation financière européenne et à l’attractivité.

Les mouvements du classement illustrent une réalité : l’attractivité n’est jamais figée. Elle dépend de l’évolution des données économiques, des réformes structurelles, et de la capacité des écosystèmes à s’adapter aux nouvelles attentes des investisseurs et des talents.

L’innovation, un sujet majeur

L’attractivité d’une place ne se décrète pas : elle se construit par les opérations financières qui y prennent place, par la qualité de vie, la disponibilité des talents, la fluidité des échanges et bien d’autres critères objectivables. Pour consolider sa position dans le top 5 mondial, Paris doit notamment se concentrer sur plusieurs éléments (voir encadré).

Plus spécifiquement, des acteurs comme l’Autorité des marchés financiers (AMF) placent l’intelligence artificielle (IA) et la tokenisation des actifs au cœur de leur feuille de route 2026. L’objectif ? Faire de Paris un laboratoire de la finance de demain, en mettant l’accent sur l’accompagnement des acteurs dans l’adoption de l’IA, tout en encadrant les risques (biais, cybersécurité, dépendance technologique), en soutenant les émissions d’instruments financiers sur blockchain, via des consultations avec les gestionnaires d’actifs et les infrastructures de marché ou encore en encourageant la création de produits structurés adossés aux crypto-actifs, afin de démocratiser l’accès à cette classe d’actifs pour les investisseurs institutionnels et particuliers.

Ces éléments ne sont pas encore pris en compte par le classement, faute de données bien identifiées pour les évaluer sur un périmètre assez large de places financières. Cependant, ils font très probablement partie des évolutions qui pourront composer le futur d’OFEX.

À l’heure où la compétition entre places financières s’intensifie, l’OFEX offre aux acteurs financiers un miroir et un levier. Un miroir, car il reflète les forces et les faiblesses des places, et notamment celle de Paris, avec une objectivité inédite. Un levier, car il permet d’identifier les actions prioritaires pour renforcer son attractivité dans un monde en mutation.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº917bis
Classement OFEX : une méthodologie rigoureuse inspirée de l’OCDE
La méthodologie de l’OFEX s’appuie sur une cinquantaine d’indicateurs publics, issus d’organisations internationales (Banque mondiale, OCDE, BIS, World Federation of Exchanges, etc.). Ces données, nettoyées, harmonisées et agrégées selon une méthodologie rigoureuse inspirée du Handbook on constructing composite indicators de l’OCDE, permettent de mesurer l’attractivité des places financières selon deux macrocatégories. La finance (profondeur des marchés actions et obligataires, activité de dérivés, crédit, assurance, gestion d’actifs, capacité à financer l’économie) et l’environnement de travail (qualité de la réglementation, stabilité politique, état de droit, fiscalité, ouverture économique, capital humain, infrastructures physiques et numériques) pèsent chacun 50 % du score.
Les équipes de l’ILB travaillent désormais à l’intégration des prochaines évolutions de l’OFEX, avec des réflexions portant sur :
– les indicateurs relatifs aux actifs numériques, désormais encadrés par MiCA en Europe. La capacité des places à attirer des projets solides (et non opportunistes) deviendra un critère clef ;
– la mesure de l’impact de l’IA sur la compétitivité, en évaluant la disponibilité des compétences, la qualité des infrastructures de données, et le cadre de supervision ;
– les risques géopolitiques, qui influencent de plus en plus les choix de localisation des acteurs financiers. La fragmentation des chaînes de valeur et les tensions commerciales peuvent modifier rapidement l’attractivité relative des places.
L’attractivité des places scrutée par l’ILB
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