Dix ans après le référendum du 23 juin 2016, le bilan du Brexit apparaît plus clairement. Loin des scénarios de crise immédiate redoutés à l'époque, les marchés et les indicateurs économiques dessinent plutôt le portrait d'un décrochage progressif du Royaume-Uni par rapport à plusieurs de ses voisins européens.
Une Bourse britannique à la traîne malgré les dividendes
Sur le plan de l'évolution des cours (hors dividendes), la sous-performance des indices britanniques apparaît clairement. Le FTSE 100 n'affiche qu'une progression de 63 % sur dix ans, quand le CAC 40 grimpe de 88 %, l'IBEX 35 espagnol de 118 % et le FTSE MIB italien s'envole de 192 %, porté notamment par la restructuration et le redressement de son secteur bancaire. Quant au FTSE 250, davantage exposé à l'économie domestique britannique, il ferme la marche avec une hausse limitée à 33 %.
Le tableau se nuance toutefois lorsque l'on intègre les dividendes réinvestis (Total Return). Historiquement généreux, le rendement du FTSE 100 lui permet d'afficher une performance globale de 138 %, talonnant le DAX allemand (143 %, indice traditionnellement calculé dividendes réinvestis) et réduisant une partie de son retard sur le CAC 40 TR (153 %). Les dividendes ont donc joué un rôle majeur dans la création de valeur pour les actionnaires britanniques.
Cet effet ne suffit cependant pas à combler l'écart avec les places européennes les plus dynamiques. L'IBEX 35 TR atteint 219 % et le FTSE MIB TR 336 %, tandis que le FTSE 250 TR ne remonte qu'à 78 %, très en deçà de ses homologues européens (voir tableau).
Pour un investisseur international, le bilan est encore moins favorable. La baisse d'environ 10 % de la livre sterling face au dollar depuis le référendum a amputé une partie des rendements réalisés sur les actions britanniques lors de leur conversion en monnaie américaine.
Une composition sectorielle moins favorable
Une partie de cette sous-performance s'explique par la structure de la cote londonienne. Le FTSE 100 reste dominé par l'énergie, les matières premières, les banques et les biens de consommation courante, tout en étant très peu exposé à la technologie, principal moteur des marchés mondiaux au cours de la décennie.
À l'inverse, plusieurs marchés européens ont bénéficié de secteurs particulièrement porteurs. L'industrie allemande a progressé de 285 %, soutenue par l'aéronautique, l'automatisation et le réarmement européen. L'Italie et l'Espagne ont profité du redressement de leurs banques, tandis que les groupes du luxe ont fortement contribué à la performance des indices français.
Le FTSE 100 se négocie aujourd'hui à des multiples de valorisation proches de ceux observés au moment du référendum. En revanche, l'écart avec Wall Street s'est fortement creusé, reflet de la domination des géants technologiques américains mais aussi de la difficulté de Londres à attirer les secteurs de croissance.
Cette perte d'attractivité relative a conduit plusieurs groupes internationaux, dont BHP, Ferguson, CRH, Flutter ou Ashtead, à transférer leur cotation principale vers les États-Unis.
Un coût économique diffus mais durable
Les marchés financiers ne racontent toutefois qu'une partie de l'histoire. Les principales études académiques et institutionnelles convergent vers un même constat : le Brexit a pesé sur la croissance potentielle du Royaume-Uni. Une étude coécrite par des économistes de Stanford et de la Banque d’Angleterre estime que le PIB par habitant britannique pourrait être inférieur de 6 % à 8 % à ce qu’il aurait été si le Royaume-Uni était resté dans l’Union européenne (UE), tandis que l'Office for Budget Responsibility (OBR) anticipe un impact négatif durable sur la productivité.
Le principal canal de transmission semble être le ralentissement de l'investissement des entreprises, confrontées à davantage d'incertitudes et de frictions commerciales. Les échanges de biens avec l'UE ont également souffert des nouvelles barrières administratives. Les exportations de services, en particulier dans la finance et le numérique, ont en revanche fait preuve d'une résilience notable.
Dix ans après : le coût des opportunités perdues
Le Brexit n'a pas provoqué l'effondrement économique annoncé par ses détracteurs, pas plus qu'il n'a tenu les promesses de ses partisans. Son coût apparaît surtout sous la forme d'opportunités manquées : une croissance plus faible, un investissement moins dynamique et des performances boursières inférieures à celles de plusieurs marchés européens. Pris isolément, ces écarts peuvent sembler modestes. Accumulés sur une décennie, ils dessinent toutefois le portrait d'une économie qui a progressivement perdu du terrain par rapport à ses principaux voisins.
Cette décennie s’est également accompagnée d’une instabilité politique persistante au Royaume-Uni, marquée par une succession rapide de gouvernements depuis 2016 et, plus récemment, par la démission annoncée le 22 juin 2026 du Premier ministre Keir Starmer, après moins de deux ans en fonction. Cet épisode illustre un climat politique devenu plus volatil dans la période post-Brexit, sur fond de fragmentation accrue du paysage partisan et de tensions économiques récurrentes.