Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2017 : Banque, Finance, Assurance.

Rétrospective

La finance accélère sa prise en compte du climat

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Revue Banque n°815

Numéro double 815-816 : Prospective 2018 - Rétrospective 2017

Décembre semble être le mois des avancées en matière de finance climat. De la Cop 21, en 2015, à la séquence Climate Finance Day (qui aura désormais lieu chaque année à Paris), One Planet Summit et colloque Novethic (respectivement les 11, 12 et 13 décembre 2017), les acteurs financiers ont pris et renforcé leurs engagements en faveur d’une limitation du réchauffement sous les 2 degrés.

En 2017 comme en 2015, Axa a sans doute fait les annonces les plus ambitieuses. L’assureur et investisseur de long terme a annoncé le désinvestissement de 2,4 milliards d’euros du charbon (après les 500 millions de 2015) sur les critères de l’outil de désinvestissement Global Coat Exit List proposé par l’ONG Urgewald, et de 700 millions des sables bitumineux. Axa prévoit également le quadruplement de ses investissements verts, portés à 12 milliards d’ici 2020. En 2017, les banques françaises ont été précurseuses en commençant à sortir d’autres énergies fossiles polluantes que le charbon. Après BNP Paribas en octobre, Société Générale, Natixis et Crédit Agricole ont annoncé en décembre cesser de financer le pétrole issu des sables bitumineux et les exploitations de pétrole en Arctique. L’adaptation au scénario 2 °C consiste aussi à réorienter les flux vers des financements verts : les banques françaises ont annoncé de nouveaux engagements chiffrés. De plus, l'obligation verte émise par l’État français en janvier 2017 a été réémise le 7 décembre et a atteint un encours de 9,7 milliards d’euros. Elle sera poursuivie en 2018.

Par ailleurs, en 2017, la sortie annoncée par Donald Trump de son pays de l’Accord de Paris le 1er juin a déclenché la volonté de leadership d’Emmanuel Macron sur le climat, en plus de catalyser la mobilisation d'acteurs publics et privés aux Etats-Unis. En France et en Europe, l’objectif affiché est désormais de faire passer la finance climat de la niche au « mainstream », dixit en décembre Philippe Zaouati, président de l’initiative de Place Finance for Tomorrow, ou d’Olivier Guersent, DG Fisma de la Commission européenne, initiateur du groupe d’experts de haut niveau sur la finance durable (HLEG) lancé fin 2016.

Alors que l’existence du risque climatique est désormais largement admise, produire un reporting sur le climat est en passe de devenir la règle. Le 8 juillet, la Task-force on Climate-related disclosures (TCFD) créée par le FSB a rendu son rapport définitif au G20 de Hambourg. Il propose aux acteurs privés des recommandations pour qu’ils fassent la transparence sur leurs expositions et leur stratégie climat. En décembre, 237 nouvelles entreprises – dont 20 des 30 plus grandes banques au monde et les principaux assureurs, investisseurs et fonds de pension – se sont engagées à suivre ces recommandations. En France, 2017 est l’année des premiers reportings climat des assureurs et gestionnaires d’actifs, conformément à l’article 173 de la loi de transition énergétique.

En Europe, le HLEG a rendu son rapport préliminaire le 18 juillet et rendra son rapport final fin janvier, auquel succédera un plan d’action le 22 mars, avec rien de moins que la volonté de rendre la finance européenne soutenable. La proposition de la Fédération bancaire française (FBF) de Green Supporting Factor, réitérée sous forme d’appel aux Pouvoirs Publics le 11 décembre, pourrait y être intégrée. Elle a rencontré jusque-là un accueil plutôt modéré du côté des superviseurs.

 

Ils ont dit

La Place de Paris a lancé Finance for Tomorrow

« Le lancement officiel de Finance for Tomorrow a eu lieu le 13 juin dernier, mais nous avons commencé à travailler sur cette initiative au printemps 2016. Des entités de finance verte et durable étaient en train de se créer dans plusieurs places financières, à Londres avec la Green Finance Initiative, au Luxembourg avec le Green Stock Exchange… Paris se devait d’agir et aller de l’avant. Paris Europlace a publié un rapport, que j’ai coordonné, au moment du second Climate Finance Day en novembre 2016 à Casablanca, en amont de la COP 22. Ce rapport dresse un état des lieux de ce qu’est la finance verte à Paris et des pistes pour la développer.

Le constat est qu’il y a un écosystème favorable en France pour plusieurs raisons : l’investissement socialement responsable (ISR) est depuis longtemps une tradition française, la COP 21 de décembre 2015 a donné une impulsion et accéléré le développement de la finance verte, les pouvoirs publics ont été dynamiques avec le vote de l’article 173 de la loi transition énergétique, la mise en place des labels TEEC et ISR, le green bond émis par l’Etat français début 2017… La place de Paris dispose par ailleurs d’atouts dans de nombreux domaines, qu’il s’agisse de la gestion d’actifs, des greens bonds ou du financement des infrastructures… »

Philippe Zaouati, président de FFT, Revue Banque n° 812, octobre 2017, pp. 24-25.

 

Les green bonds en quête de labels

« Le chiffre de 500 milliards de dollars de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est souvent cité pour évaluer le besoin mondial en financement de la transition énergétique d’ici à 2035. Les green bonds apparaissent, pour beaucoup, comme l’outil privilégié pour y répondre car ils permettent de financer, à moindre coût, des opérations de transition énergétique. L’enjeu des obligations vertes réside dans la définition du caractère « vert » de l’utilisation des fonds recueillis, qui figure dans la documentation destinée aux investisseurs. À cette fin, le label TEEC « Transition énergétique et écologique pour le climat » a été lancé en France, ainsi que la Climate Bond Initiative au niveau international. Ce label constitue un vrai progrès pour émettre des green bonds correspondant à des grands projets. Mais il ne semble pas adapté au refinancement de projets de plus petite taille, tels que l’on finance dans les réseaux, notamment en faveur des PME, petites collectivités et des particuliers, car sa méthode d’application serait trop compliquée (et probablement coûteuse) à mettre en œuvre. »

Arnaud Berger, directeur du développement durable, BPCE, Revue Banque n° 806, mars 2017, pp. 59-60.

 

Les banques prônent un bonus réglementaire sur le vert

« Dans ce contexte, la FBF souhaite mettre en avant le « traitement prudentiel adapté » des financements et investissements de la transition énergétique. D’un point de vue réglementaire, cela se traduirait par une moindre exigence en capital des financements et investissements dans ces actifs.

Nous plaidons donc pour l’introduction d’un Green Supporting Factor : un facteur de réduction applicable aux exigences de capital associées aux expositions sur les actifs favorisant la transition énergétique. Celui-ci fonctionnerait sur le même schéma éprouvé que celui appliqué aux PME par le biais du SME Supporting Factor. Le principe en est simple : il s’agit de permettre aux banques de flécher leurs concours aux projets les plus favorables à l’environnement et de leur donner, pour cela, une incitation en fonds propres. »

Benjamin Quatre, directeur de département, relations institutionnelles, Europe et International, financement export, FBF, Revue Banque n° 808, mai 2017, pp. 56-57.

 

Les ONG ont poussé les banques dans leurs désinvestissements

« Il est grand temps que les banques s’attaquent aux énergies fossiles extrêmes. Elles ne peuvent pas se reposer sur leurs lauriers de 2015. Au contraire, elles ont été leaders en 2015 sur le charbon, à elles de l’être désormais sur les énergies non conventionnelles (sables bitumineux, gaz de schistes, forages en Arctique et eaux profondes) et les terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié. Or, si les financements aux énergies fossiles extrêmes par les banques françaises ont baissé de 30 % entre 2015 et 2016 [2] (et de 22 % par les grandes banques internationales), ce sont toujours plus de 4,6 milliards de dollars de trop en 2016 et, facteur aggravant, elles sont aujourd’hui impliquées dans de nombreux nouveaux projets soutenus outre-Atlantique par l’administration Trump. »

Lucie Pinson, chargée de campagne privée, les Amis de la terre, Banque & Stratégie n° 362, octobre 2017, pp. 36-38.

 

Le groupe de travail de la Commission veut rendre la finance durable

« La prise en compte des considérations de long-terme dans l’ensemble du secteur financier est le fil rouge de notre réflexion. On touche ici à la philosophie de notre système financier, car aujourd’hui beaucoup d’acteurs financiers sont dans une logique de court-terme. In fine les choix d’investissement se fondent sur la rentabilité immédiate des projets, avec peu de considération pour leurs impacts sociaux et environnementaux.

Toutefois, les considérations de long-terme sont nécessaires mais non suffisantes. La vision de long-terme doit être complétée par une considération plus importante des critères ESG dans les décisions d’investissement. »

Christian Thimann, conseiller spécial du président et directeur du Fonds Axa pour la recherche, AXA, président, HLEG, vice-président, TCFD, Revue Banque n° 812, octobre 2017, pp. 28-31.

 

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