Réinventer la relation de confiance – désormais incarnée dans des lignes de code informatique –, court-circuiter les intermédiaires – qu’ils soient notaires, plates-formes collaboratives ou banquiers –, voire contourner les autorités, y compris les banques centrales et leur planche à billets… autant d’espoirs aux accents libertaires qui ont enflammé la communauté Internet et au-delà lorsque Bitcoin est apparu, début 2009. Près de neuf ans plus tard, l’utopie originelle des concepteurs de cette nouvelle technologie semble se fondre dans la réalité des développements entrepris par des organisations très autorisées, dans le secteur financier en particulier.
Is the code really law ?
Banques centrales, Bourses, infrastructures de post-marché, assureurs… : la plupart des grands noms de la finance internationale se sont emparés de la technologie sous-jacente à Bitcoin : la blockchain. Souvent désignée par le terme de « registre distribué » en français (et sous l’acronyme anglais DLT), la blockchain se caractérise par un réseau pair-à-pair, c’est-à-dire sans serveur central, sur lequel est conservé un registre de l’historique des transactions réalisées depuis la création de la chaîne. La confiance entre les différents « nœuds » (ordinateurs qui composent le réseau pair-à-pair) et donc l’immuabilité des informations consignées sont permises par des techniques cryptographiques plus ou moins lourdes. Si les promoteurs de la première heure ont prédit la disparation à terme des institutions financières, ces dernières préfèrent voir dans la technologie blockchain une opportunité de repenser en profondeur les soubassements de leurs systèmes informatiques. Et par la même occasion, les processus métiers qui les utilisent. Ainsi, pour BNP Paribas et Natixis, qui ont mené des expérimentations, les questions technologiques ne représentent qu’une part minoritaire d’un projet blockchain. Et la Banque de France, embarquée dans un des tests les plus aboutis de la Place française, de rappeler que son rôle de tiers de confiance n’est en aucun cas remis en cause. Loin du concept « the code is law » des origines…
Une « confiance digitale » relative
Autre spécificité des projets menés, les réseaux pair-à-pair bâtis ne sont pas libres d’accès comme le sont ceux de Bitcoin ou de son grand concurrent Ethereum. La solution des blockchains dites « privées » ou « de consortium » s’est imposée. Les
La « confiance digitale » incarnée par la blockchain peut-elle s’accorder avec la volonté de conserver une gouvernance traditionnelle, plus ou moins pyramidale, et celle de préserver une opacité sélective ? C’est ce que cherchent à prouver les institutions financières à travers leurs prototypes et autres