Financement des entreprises : perte des repères

Financement des entreprises

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Le financement des entreprises peut-il encore reposer sur ses piliers traditionnels (voir pour en savoir plus) ? La Bourse ne joue plus pleinement son rôle  et le capital-investissement manque de ressources (voir Pour en Savoir Plus), mais c'est au niveau du financement de la dette des entreprises qu'un véritable bouleversement a pris corps en 2012. Le classique prêt bancaire vit une crise existentielle depuis que le Comité de Bâle a brandi ses ratios de liquidité. Les difficultés sur le front de la liquidité en dollars viennent s'ajouter, de même que les nouveaux ratios de solvabilité. Résultat : les banques préfèrent bien souvent accompagner les entreprises sur les marchés obligataires, plutôt que de leur accorder des prêts. Sur les marchés, les grandes entreprises sont parfaitement à l'aise, quand les ETI et les PME éprouvent quelques difficultés.

Certes, les initiatives comme celles du GIAC et de Micado peuvent être saluées, ces fonds permettant aux PME de se regrouper pour émettre, mais les montants réunis en 2012 n'étaient pas toujours à la hauteur des ambitions initiales. Micado, par exemple, affichait 60 millions d'euros fin 2012, au lieu des 160 à 200 millions espérés.

Dans les Pays de la Loire, c'est la région qui emprunte, via une émission obligataire pour ensuite accorder des prêts aux entreprises. Le mécanisme associe étroitement les banques. Elles sélectionnent les demandes présentées par les entreprises et octroient une partie du financement, puis la région apporte le complément (voir aussi Revue Banque n° 754, p. 41).

Outre la créativité obligataire, le prêt bancaire lui-même évolue. Les banques proposent des prêts de courte durée, les Bridges (voir la citation de Pierre Palmieri). Ils coûtent moins cher en fonds propres à la banque et ne sont pas pénalisés par les ratios de liquidité.

Mais le phénomène le plus nouveau pour l'Europe se nomme « originate to distribute » [1]. Pour Michel Aglietta, ce mécanisme doit être encadré. Certes, les banques s'engagent aujourd'hui à conserver une partie (environ 20 %) des prêts, mais selon l'économiste, rien n'empêche les établissements d'abaisser ce montant. Or, comme il l'affirmait en mai dernier dans Revue Banque, « il y a danger dès lors que celui qui initie et évalue le risque ne le porte pas. Ce principe, qui consiste à maintenir une partie du risque dans le bilan de celui qui l'initie, doit être imposé par le régulateur. »

La puissance publique est également nécessaire pour améliorer l'irrigation du tissu économique ; c'est la mission notamment de la BPI. Les régions qui sont déjà actives espèrent bien garder la main.

 

Ils ont dit

Prêt bancaire à court terme, les « bridges » se multiplient

« Ce qui se développe dans le marché du LBO, ce sont des schémas qui prévoient à la fois une tranche de dette LBO classique et une tranche d'émission obligataire High Yield ; ou alors, à la place de la tranche de dette LBO classique (dont l'échéance oscille généralement entre 5 et 7 ans), nous pouvons proposer un bridge (prêt bancaire à court terme) qui sera ensuite refinancé par le produit d'une émission obligataire High Yield. »

Pierre Palmieri, directeur des activités de financement, Société Générale CIB, Revue Banque n° 754, décembre 2012, p. 28.

 

La titrisation à la merci de la réglemention

« La titrisation est […] une solution pour améliorer le financement des PME, mais elle se heurte principalement à des obstacles réglementaires qui limitent le redéveloppement de la base investisseurs. L'inéligibilité des ABS au buffer LCR et la surpondération en fonds propres des ABS pour les assurances sont les deux principales contraintes réglementaires qui hypothèquent le redémarrage du marché de la titrisation. Il semble cependant que nous sommes en train de passer à une troisième phase, après l'opprobre et la réglementation-sanction. Nous semblons (ou espérons) aller vers une réglementation plus positive et cohérente […]. »

Benoît Hubaud, Managing Director, spécialiste Marchés, Société Générale CIB, Revue Banque n° 754bis, décembre 2012, p. 47.

 

Drainer l'épargne des particuliers vers les entreprises

Sur la création d'un PEA-PME : « François Hollande l'a effectivement annoncé. En outre, il est important, dès lors que l'on vise la cible des particuliers, de proposer des produits simples: le livretA, l'assurance vie, et d'une certaine manière, le PEL. Historiquement, le PEA l'était également. L'instrument d'épargne, simple, visible et destiné aux Français qui voudraient prendre plus de risques –s'il s'en trouve– n'existe pas aujourd'hui. La question est de savoir s'il est possible de créer un “vrai” PEA pour les PME, c'est-à-dire un instrument non dénué de prise de risque, mais suffisamment incité, encadré, aidé, pour qu'il y ait un effet d'allocation de l'épargne sur les petites entreprises. »

Karine Berger, députée, membre de la Commission des finances, Assemblée nationale, Revue Banque n° 754 bis, décembre 2012, p. 14.

 

Les assureurs prêtent en prenant des précautions

« Nous sommes très sollicités pour participer au mouvement de désengagement des banques de certaines activités de prêts. Les portefeuilles qui nous sont proposés concernent l'immobilier commercial, les infrastructures, mais aussi les financements dans l'aéronautique. […] Toutefois, face à ce phénomène, nous sommes vigilants. […] Nous évitons de traiter en direct avec les banques sur des crédits existants. Nous préférons passer par l'intermédiaire de sociétés de gestion qui ont un alignement d'intérêt avec nous. »

Mikaël Cohen, Directeur des investissements, CNP Assurances, Revue Banque n° 748, mai 2012, p. 27.

Les banques cherchent à rassurer les investisseurs

Sur les craintes des investisseurs concernant une absence d'alignement d'intérêt avec les banques : « Nous sommes conscients des préoccupations des investisseurs. C'est pourquoi nous sommes en train d'établir un ensemble de règles, sous forme d'accords cadres, qui vont créer un alignement d'intérêt entre la banque et les investisseurs. Par exemple, nous nous interdirons très probablement d'intervenir en même temps en dette et en actions dans un même dossier ; en effet, une telle situation serait porteuse de conflits d'intérêts potentiels. Nous veillerons à désamorcer tout conflit d'intérêt et toute ambiguïté, car l'essentiel pour nous est notre responsabilité fiduciaire sur les prêts que nous avons originés. »

Régis Monfront, directeur général délégué, Crédit Agricole Corporate and Investment Bank, Revue Banque n° 748, mai 2012, p. 31.

 

Les banques demeurent incontournables

« Sous la pression des régulateurs et des marchés, le monde bancaire est engagé non plus dans une crise, mais dans une évolution structurelle profonde, qui sera longue et difficile. Si quelques acteurs non bancaires (assurances, fonds spécialisés) peuvent ponctuellement se substituer aux banques en fournissant des sources de financement alternatif, de tels développements resteront très certainement marginaux comparés aux besoins de financement de l'économie. Seules les banques peuvent vraiment constituer un mécanisme de transmission des liquidités et du crédit. »

Jean-Pierre Mustier, directeur général adjoint, en charge de la banque de financement et d'investissement, UniCredit, Revue Banque n° 748, mai 2012, p. 38.

 

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[1] La banque origine le crédit, conserve environ 20% du montant à son bilan, le reste étant souscrit par un investisseur, généralement une compagnie d’assurance.

 

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