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L’intelligence artificielle (IA) se développe à marche accélérée dans les banques nord-américaines. D’après le fournisseur de données bancaires Evident, celles-ci ont publié à elles seules 80 % des recherches bancaires sur l’IA et réalisé 60 % des investissements bancaires liés à l’IA en 2022 loin devant l’Europe ou l’Asie. Parmi elles, JPMorgan Chase arrive en tête pour la recherche, tandis que Capital One domine les brevets et Wells Fargo les investissements.
La première banque américaine estime l’IA comme une priorité. « La matière première qui l’alimente, la donnée, sera essentielle à la réussite future de notre entreprise », a prévenu Jamie Dimon, son patron. Selon lui, JPMorgan a déjà plus de 300 cas d’utilisation de l’IA en production pour le risque, la prospection, le marketing, l’expérience client, la prévention de la fraude et le traitement des paiements. La banque, qui emploie 1 500 Data Scientists et ingénieurs en machine learning et consacre plus de 2 milliards de dollars à la construction de centres de données basés sur le cloud, est très active. Parmi les applications concrètes, JPMorgan a annoncé en 2023 le développement d’un système d’IA conçu pour déchiffrer les messages de la Réserve fédérale, l’idée étant de pouvoir anticiper les inflexions de sa politique monétaire. « Dans la mesure où être le premier sur le marché est important pour un trader ou un algorithme, cet outil se révélera d’une valeur considérable », assure la banque de Wall Street. Mais celle-ci travaille surtout sur un chatbot innovant, IndexGPT, qui utilise l’IA générative (GenAI) via un logiciel basé sur le cloud pour « analyser et sélectionner des titres adaptés aux besoins des clients » et leur fournir, à terme, des conseils d’investissement.
De son côté, Morgan Stanley est la première sur le marché de la gestion de fortune à avoir lancé en septembre dernier son assistant de GenAI destiné à ses conseillers financiers. Le chatbot développé en partenariat avec OpenAI doit leur permettre de passer au crible plus de 100 000 documents internes et d’envoyer des notes et des résumés aux clients. Pour Andy Saperstein, responsable de la gestion de fortune, la GenAI « révolutionnera les interactions avec les clients, apportera de nouvelles efficacités aux pratiques des conseillers et, en fin de compte, les aidera à libérer du temps pour qu’ils puissent faire ce qu’ils font le mieux : servir leurs clients ». Mais la banque new-yorkaise prépare aussi d’autres outils, dont un programme pilote d’IA appelé « Debrief », qui résume automatiquement les réunions avec les clients, génère des courriels de suivi et met à jour la base de données commerciale de la banque. Elle envisage même d’utiliser la GenAI pour identifier les opérations susceptibles d’être bénéfiques pour les portefeuilles des clients et pour exécuter la transaction avec l’accord de ces derniers.
Gagner en productivité
Le potentiel en termes d’efficacité, de rapidité et de gain de productivité est énorme. Selon une étude de McKinsey, les banques pourraient augmenter leurs bénéfices d’exploitation de 9 % à 15 % et générer jusqu’à 340 milliards de dollars de revenu par an, grâce à une productivité accrue. « En plus de l’efficacité et de la baisse potentielle des coûts, c’est une activité génératrice de revenus », a souligné Teresa Heitsenrether, responsable des données et de l’analyse et membre du comité opérationnel de JPMorgan.
Dans cette ruée vers l’or, les firmes de Wall Street sont, toutefois, confrontées à la concurrence des sociétés technologiques, les Big Techs cherchant à profiter de leur position dominante dans le cloud et de leurs partenariats avec les start-up de GenAI pour s’imposer. Mais pour gagner la bataille de l’IA générative dans la finance, les firmes de Wall Street ont des atouts. « Les banques disposent d’une quantité extraordinaire de données exclusives, en plus d’un modèle de langage large [...] Cela crée-t-il des opportunités pour les perturbateurs ? Oui, bien sûr. Cela a toujours été vrai avec la technologie. Mais nous serons très bons dans ce domaine », a tenu à rappeler Jamie Dimon.