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2026 est une année décisive pour l’avenir monétaire et financier de l’Europe. Rarement, depuis la création de l’euro, autant de ruptures ne se seront produites simultanément. Rupture monétaire d’abord. Les États-Unis ont fait un choix clair de faire des stablecoins en dollars le cheval de Troie de leur suprématie financière internationale. Rupture technologique ensuite. Les nouveaux rails des paiements (tokenisation des actifs, monnaies numériques de banque centrale, IA, quantique...) ne sont plus des hypothèses de travail. Ils se déploient dès à présent au plan mondial. Rupture institutionnelle enfin. Le vote du Parlement européen sur l'euro numérique, attendu cet été, marquera certes un écart majeur entre acteurs publics et privés en Europe, mais surtout une rupture décisive entre États au sein du G7, et une nouvelle géographie stratégique au sein du G20. Ce qui se joue, c'est la maîtrise des paiements pour la prochaine décennie. Mais attention à l'arbre qui cache la forêt : l'euro numérique ne sera pour l’Europe qu'une pièce d'un puzzle bien plus vaste.
Les débats technologiques cachent ainsi une nouvelle compétition monétaire mondiale dont les conséquences dépasseront largement le secteur des paiements. Le véritable enjeu est celui de la souveraineté européenne. L’Europe a de réels atouts, et notamment des infrastructures de paiement parmi les plus résilientes au monde et une capacité d’innovation collective. Wero s'affirme comme la réponse européenne souveraine dans les paiements de détail, à côté de la carte bancaire CB en France. Les projets de la BCE participent à l'avenir du wholesale, à côté des projets bancaires de stablecoins en euros. Mais ces forces sont encore trop dispersées et ne valent que si l'Europe les défend avec conviction et de façon consensuelle.
Consensus obligatoire
Ma conviction, forgée au fil de quatorze ans à la tête de France Payments Forum et de plus de quarante ans dans les paiements : sans consensus entre acteurs publics et privés, aucun projet européen d'envergure ne peut réussir. Pour fermer la porte aux solutions extérieures, l’urgence est désormais de bâtir une dynamique constructive entre la gouvernance européenne et les acteurs du marché. La question n’est donc plus de savoir si l’Europe doit renforcer sa souveraineté dans les paiements mais si elle saura le faire à temps, en regroupant ses forces. Nous devons tous nous mobiliser.