Homme du sérail, Olivier Gavalda accède au sommet : à 61 ans, le Bitterois succède à Philippe Brassac comme directeur général de Crédit Agricole SA (CASA), l’entité cotée du groupe 157 000 collaborateurs. Entérinée à l’unanimité en décembre par le Conseil d’administration, sa nomination a été officialisée ce 14 mai, lors de l’Assemblée générale de Crédit Agricole SA. Le nouveau dirigeant, qui a fait ses premières armes il y a trente-sept ans derrière un guichet, incarne l’ascension d’un professionnel aguerri forgé par les valeurs, les transformations et les enjeux de la première banque mutualiste.
Un fervent défenseur
de la Banque universelle
C’est au Crédit Agricole du Midi, en 1988, qu’Olivier Gavalda commence sa carrière. Il y occupe des fonctions variées, notamment dans la formation et les ressources humaines, et se forme au contact direct des clients, des équipes et des territoires. Son sens du terrain et des responsabilités s’affirme au sein de plusieurs Caisses régionales : Île-de-France en 1998, Sud Rhône-Alpes en 2002, avant d’être nommé directeur général de Champagne-Bourgogne en 2007. En 2010, il rejoint Crédit Agricole SA et prend les rênes du pôle Caisses régionales.
Cinq ans plus tard, il intègre les fonctions centrales pour diriger le pôle Développement, Client et Innovation, avant d’être nommé, en 2016, directeur général de Crédit Agricole Île-de-France. En novembre 2022, dans un contexte de transformation stratégique, il revient au siège en tant que directeur général délégué pour prendre en main le pôle Développement, renommé « Banque universelle », et promouvoir ce modèle bancaire comme une réponse aux enjeux de l’économie réelle. Un rôle clé dans la mise en œuvre du plan « Ambitions 2025 » lancé pour redéfinir les priorités commerciales et structurelles du groupe.
Ambition rock
Formé à l’économétrie et à l’organisation des SI, il cultive depuis ses débuts un goût prononcé pour les chiffres, la performance opérationnelle et les nouvelles technologies. Sa rigueur analytique et son pragmatisme nourrissent une vision stratégique qu’il a déployée en pilotant des transformations d’envergure, comme la digitalisation de la banque de proximité, le recours à l’intelligence artificielle, le soutien aux jeunes et à l’entrepreneuriat local, l’accompagnement du développement économique du Grand Paris et des transitions énergétiques.
Autant de chantiers menés ces dix dernières années sous la houlette de Philippe Brassac pour adapter la banque aux grandes mutations de la société et aux crises sanitaire et géopolitique. Porté depuis son entrée dans le groupe par « la même fierté d’appartenir à une grande famille », il symbolise à la fois l’héritage des valeurs mutualistes et l’élan stratégique. Une posture illustrée le 7 janvier 2025, lors de la soirée des vœux où, sur scène, Philippe Brassac à la guitare et lui-même à la batterie ont repris des tubes rock devant 1 500 collaborateurs. Un moment complice symbolisant une transition fluide et harmonieuse à la tête du groupe, mais aussi un clin d’œil à l’esprit collectif revendiqué par Olivier Gavalda.
Peu de temps,
beaucoup de dossiers
Attaché à l’idée que « le Crédit Agricole permet à tous les talents de s’exprimer et à chacun de trouver sa voie », le batteur donne le tempo d’entrée de jeu à ses équipes. Nommé pour quatre ans seulement en raison de la limite d’âge statutaire fixée à 65 ans, il sait qu’il faut jouer juste et vite. Signe d’une partition déjà en place, sa direction générale dévoilée le 29 avril – rajeunie et organisée autour de sept pôles, d’un secrétariat général et des fonctions de contrôle – prendra effet le 1er juin.
Dix ans après les tensions sur la gouvernance entre la structure cotée et les 39 Caisses régionales, qui détiennent aujourd’hui 62,4 % du capital, le banquier hérite d’un groupe apaisé. Il lui revient de préserver cette cohésion, tout en poursuivant les efforts engagés pour maintenir des résultats financiers à un niveau historique. Parmi les priorités fixées ces dernières années figurent l’intensification de la conquête client, une croissance organique portée par l’innovation et la décarbonation des portefeuilles pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les marchés surveilleront la manière dont le nouveau patron pilotera la stratégie de croissance externe, notamment la participation de 19,8 % dans Banco BPM, convoitée par UniCredit, et le rôle de consolidateur qu’Amundi entend jouer dans la gestion d’actifs. Son mandat court lui impose de réussir rapidement les transformations et de passer le témoin sans à-coup, pour pérenniser les succès du groupe.