Agences bancaires

Les caméras augmentées pour réduire le risque dans les réseaux

Créé le

18.01.2024

-

Mis à jour le

19.02.2024

Un niveau de sécurité élevé pour protéger employés et visiteurs, c’est le prérequis dans les réseaux. Les caméras sont partout, dans les sas, aux abords des distributeurs automatiques et dans les espaces d’accueil et de conseil. La vidéoprotection peut encore être améliorée, mais dans le respect de la protection des données.

Pour dissuader les activités criminelles, rien de mieux aujourd’hui que les caméras vidéo Pourtant, même en haute définition (HD) et avec un certain degré d’analyse embarquée, les plus avancées ne peuvent détecter, analyser, encore moins prédire des événements susceptibles de provoquer des dommages.

Pour y parvenir avec la technologie vidéo conventionnelle, une vigilance constante doit être maintenue. Des opérateurs doivent regarder les flux de caméras en continu. En conséquence, avec des centaines, voire des milliers de caméras déployées dans la plupart des banques de réseau, une surveillance vidéo en direct totale des établissements nécessiterait un investissement très important en personnel. Seuls certains lieux sensibles bénéficient donc de visionnage en temps réel permanent. Pour les autres, ce visionnage est déclenché suite à une alerte soit manuelle, de la part des personnels, soit automatique, issue de détecteurs spécifiques.

Pour pallier ces manques, de nouvelles solutions voient le jour, avec aux avant-postes les caméras intelligentes, développées sur une base d’algorithmes avancés d’intelligence artificielle (IA). Elles offriraient aux banques un moyen novateur d’utiliser l’analyse vidéo afin de créer des alertes pertinentes. Comment cette technologie pourrait-elle garantir plus de sécurité dans les agences bancaires ? Quels sont les défis actuels liés à leur utilisation ? Quelles sont les implications juridiques et réglementaires associées à la généralisation de cette technologie dans le secteur bancaire ?

L’analogique en perte de vitesse

La caméra analogique est un dispositif fiable et sécurisé éprouvé depuis des années. Elle s’appuie sur une technologie simple, déployée à grande échelle et produite à un coût raisonnable. Elle est donc historiquement implantée dans tous les systèmes de vidéoprotection. Le marché des caméras analogiques connaît toutefois aujourd’hui un déclin significatif.

La transition progressive des systèmes de caméras analogiques vers des solutions numériques est en cours et inéluctable. Les dispositifs numériques présentent en effet des avantages auxquels l’analogique ne peut faire face. Non seulement ils sont aussi performants, voire plus, mais ils offrent de nouvelles possibilités. Les premiers à y avoir été sensibles sont les particuliers, qui ont fait décoller le marché. Les arguments clés ? Les dispositifs numériques n’ont besoin que d’un trio caméra-wifi-smartphone, sans installation filaire coûteuse et techniquement complexe ni serveurs dédiés.

Au-delà de ces points, la caméra IP présente des atouts importants. En premier lieu, elle va permettre d’utiliser les standards du réseau informatique pour transmettre les flux vidéo. Ensuite, grâce à ses capacités de calcul et d’analyse, elle peut véhiculer au travers de ce réseau une quantité de données : alertes basées sur des scénarios, statistiques, informations techniques et de maintenance... Cependant, la médaille a son revers. Les caméras IP, comme tout objet connecté, sont sujettes à des cyberattaques. Elles nécessitent des dispositifs de sécurité IT dédiés, qui diffèrent entre les constructeurs. C’est un point d’attention particulier, notamment sur l’authentification forte, la gestion centralisée des habilitations ou encore la capacité à déployer des firmwares sur un large parc de caméras.

Vers une meilleure efficacité

La caméra intelligente permet à la fois de s’affranchir d’une partie de la surveillance humaine coûteuse et d’élargir le périmètre de vidéosurveillance actif. Il est désormais possible, par l’analyse de l’image et du son, d’identifier des comportements à risque et de déclencher rapidement les contre-mesures ad hoc. Une incivilité, une tentative de forçage d’un DAB ou un objet abandonné sont autant de situations qui pourraient être identifiées instantanément et déclencher une alerte. Le gain en réactivité, voire en anticipation des risques, est évident, de même que l’augmentation de l’efficacité et de son caractère continu.

La caméra IP trouve aussi sa place dans les dispositifs de sécurité, qu’elle permettrait de rationnaliser. Cette nouvelle technologie pourrait permettre aux banques de rationaliser les dispositifs de sécurité mis en place, et de se débarrasser du système de sécurité multicouche. Une caméra augmentée peut prendre en charge des fonctionnalités de détecteurs conventionnels : détection de mouvement, feux, fumées, inondation... Elle peut donc remplacer ou consolider plusieurs dispositifs, source d’économies substantielles.

Enfin, en tant qu’objet connecté, chaque matériel transmet de l’information sur son fonctionnement en temps réel. Il permet également d’obtenir une information sur l’ensemble du parc, pour une fiabilité optimale. Les VMS (Video Management Systems) intègrent désormais ces nouvelles fonctionnalités.

Les caméras augmentées sont principalement concernées par deux lois. La vidéoprotection est régie par le code de la sécurité intérieure. Il montre aujourd’hui ses limites face aux nouveaux usages potentiels. Par ailleurs, le traitement des données personnelles résultant de l’utilisation de ces dispositifs est couvert par le RGPD.

Initialement, un assouplissement de la réglementation était attendu. Cependant, cet assouplissement a été apporté uniquement aux manifestations sportives1. La Cnil a en effet posé de nouvelles limites strictes pour le déploiement de ces dispositifs.

Un vide juridique bientôt comblé

Au-delà de la Cnil, mi-novembre, la Fédération des Banques françaises (FBF) a pris la parole. Elle a émis des restrictions très fortes quant à l’usage des caméras augmentées dans le cadre de la surveillance des locaux de sociétés privées pouvant accueillir du public. Elle a notamment indiqué que cet usage était désormais non conforme au regard de la RGPD. Caméras et images dans le cadre d’un traitement temps réel sont désormais considérées comme des données à caractère personnel sortant du cadre légal d’exploitation. Les cas d’usage deviennent très limités. Le déclenchement des caméras serait autorisé hors des horaires d’ouverture des locaux. Cela limiterait très largement leur utilisation et donc leurs bénéfices.

Afin de préciser la réglementation, la Cnil a défini des thématiques prioritaires afin d’orienter sa politique de contrôle sur des sujets à forts enjeux pour le public et pour évaluer la conformité des secteurs choisis. L’utilisation des caméras augmentées par les acteurs publics et privés en fait partie. Elle figure ainsi dans le plan stratégique 2022-2024 de la Cnil. Celle-ci prévoit de mettre en œuvre un plan d’action qui concernera autant les usages régaliens, comme la police et la justice, que le secteur privé.

Des solutions à trouver rapidement

Les caméras IP vont inéluctablement remplacer les caméras analogiques. Les établissements bancaires doivent se préparer maintenant. Il faut anticiper un renouvellement du parc existant, estimé à 15 000 caméras pour les principales banques françaises, et donc faire des choix d’investissement. Il est également nécessaire de lancer des études pour identifier les problématiques de ces nouveaux matériels connectés et leurs impacts sur l’écosystème de vidéo surveillance et en termes de sécurité IT. Un état des lieux régulier du marché et des fournisseurs et de leurs produits est aussi indispensable : la technologie de ces caméras et de l’IA embarquée évolue rapidement. De plus, une veille de la réglementation doit être réalisée, afin d’anticiper les nouvelles contraintes. La complexité du sujet rend très pertinent, pour les établissements bancaires, un traitement au niveau du Comex.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº889
Notes :
1 Le projet de loi, porté par la ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques, a été présenté au Conseil des ministres le 22 décembre 2022 et adopté le 23 mars 2023. Dans ce cadre législatif, l’article 7 est spécifiquement dédié à encadrer et réguler l’utilisation des caméras augmentées.