Les prix du pétrole et des matières premières se sont stabilisés, malgré un contexte géopolitique complexe, dominé par un conflit israélo-palestinien militarisé et qui pourrait faire plonger dans l’abîme tout le Proche-Orient. Les marchés semblent avoir intégré cette actualité brûlante en cette fin 2023, alors que le conflit pourrait durer plusieurs mois. Le scénario d’un choc pétrolier comme celui de 1973, lors duquel les pays producteurs du pétrole du Moyen-Orient avaient décidé de sanctionner Israël et ses alliés occidentaux à cause de la guerre du Kippour en réduisant drastiquement leur production, s’éloigne de plus en plus, malgré un soutien au Hamas de la part de la plupart de ces pays.
En dépit de ce contexte géopolitique tendu, les prix du pétrole et des principales matières premières ont globalement enregistré une véritable baisse durant les 12 derniers mois. L’une des principales explications se trouve du côté des resserrements des politiques monétaires menées par les banques centrales pour freiner une inflation galopante depuis la sortie de la pandémie de Covid-19. Elles ont fortement augmenté leurs taux directeurs. La demande mondiale a baissé et l’entrée en récession de l’économie chinoise, qui vient de s’installer durablement dans la déflation, y contribue également. Cette tendance se confirme, car le secteur industriel peine à remplir ses carnets de commandes, entraînant une baisse considérable de la consommation des matières premières en général.
C’est ce que révèle l’indice des directeurs d’achat (PMI) composite du mois de novembre 2023. Il atteint les 47,5, sous la barre des 50, qui sépare la croissance de la contraction, non loin de son plus bas niveau de 2020 durant la pandémie de Covid-19. Cela démontre une contraction de l’économie de la zone euro pour le deuxième trimestre consécutif, laissant planer la menace de la récession sur l’économie européenne.
L’année 2024 sera sans doute dominée par une forte incertitude liée au risque d’embrasement de cette région du Proche-Orient, très riche en hydrocarbures. Cette éventualité est toujours d’actualité et la moindre escalade militaire de la part de l’Iran et du Hezbollah plongerait toute la région dans un conflit généralisé, Cela affecterait sérieusement la production d’hydrocarbures mais aussi les approvisionnements transitant par le détroit d’Ormuz, la mer Rouge et le canal de Suez, sans oublier l’impact d’éventuelles sanctions économiques supplémentaires que les États-Unis pourraient prendre à l’encontre de l’Iran.
Les pays exportateurs
sous contrainte
Par conséquent, une forte augmentation du prix du baril aurait un impact négatif sur les coûts de transport et les prix des autres matières premières, dont certaines nécessitent encore l’utilisation des énergies fossiles pour assurer leur extraction. En 2024, la portée des effets négatifs d’une éventuelle intensification des conflits géopolitiques pourrait éventuellement être limitée, grâce à la normalisation de la demande, car les effets post-Covid auront été complètement intégrés et les niveaux de prix dépendront essentiellement de la demande mondiale et de l’impact de la levée des sanctions américaines imposées depuis plusieurs années au Venezuela, l’autre poids lourd de la production pétrolière mondiale.
En outre, les décisions qui viennent d’être difficilement prises par les pays membres de l’Opep+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole), le jeudi 30 novembre 2023, de réduire la production du cartel de 1 million de barils supplémentaire par jour à partir de janvier 2024, confirment la politique de restriction de l’offre menée depuis plusieurs mois. Cette dernière risque de durer, en raison des pressions qui continueront à être exercées par la Russie et l’Arabie saoudite pour maintenir un prix du baril à un niveau relativement élevé, au-dessus des 80 dollars. En effet, compte tenu des sanctions internationales qui l’empêchent d’exporter librement ses hydrocarbures, la Russie doit continuer à assurer le financement de l’effort de guerre contre l’Ukraine et l’Arabie saoudite doit faire face à des contraintes financières importantes pour financer ses investissements de transformation de son économie, très dépendante de la rente pétrolière.
En fin de compte, l’incertitude sera totale, ce qui pourrait engendrer une volatilité importante. La croissance de l’économie chinoise et les tensions géopolitiques seront des variables déterminantes et exerceront sans doute une pression importante sur le prix du pétrole et des matières premières.