Finances publiques

François Bayrou face au double défi de la censure et de la dette

Créé le

24.12.2024

À peine arrivé à Matignon, François Bayrou est sous pression après la dégradation par Moody’s de la note de la France. Notre dette est désormais plus chère que celles de l’Espagne et du Portugal.

Après la motion de censure de l’Assemblée nationale du 4 décembre qui a provoqué la démission du gouvernement Barnier, François Bayrou a pris la direction de Matignon un « vendredi 13 » : une journée de malchance marquée par la dégradation surprise de la note de la France par Moody’s, de Aa2 à Aa3, avec une perspective stable. Cette décision envoie au nouveau Premier ministre un signal fort sur les risques budgétaires qui menacent le pays. Convaincue dans son évaluation qu’une « fragmentation politique accrue limite désormais la capacité de mettre en œuvre des réformes fiscales significatives », l’agence américaine prévoit un affaiblissement des finances publiques, avec un déficit à 6,3 % du PIB en 2025 et à 5,2 % en 2027. Le ratio dette/PIB, lui, augmenterait, de 113,3 % en 2024 à environ 120 % en 2027. Le redressement des finances publiques demandera quoi qu’il en soit un travail de longue haleine. Pour S&P, qui a maintenu la note française à AA- fin novembre, il faudra une décennie. Alors que Moody’s justifie la perspective stable, en partie, par la solidité et la diversité de l’économie française, l’évaluateur de crédit a, par effet de domino, dégradé d’un cran les notes des grandes banques du pays. La révision à la baisse de 1,2 %, en septembre, à 0,9 %, en décembre, de la prévision du PIB français pour 2025 de la Banque de France alimente, quant à elle, les craintes d’une érosion de la croissance dans un contexte national et international toujours incertain.

Arrivé en pleine débâcle politique, le nouveau chef du gouvernement s’est néanmoins vu retirer une épine administrative du pied après l’adoption en urgence de la « loi spéciale » par les députés et les sénateurs, les 16 et 17 décembre. En l’absence de projet de loi de finances, cette procédure permettra de collecter provisoirement, dès le 1er janvier prochain, les impôts et les ressources nécessaires au financement des dépenses de fonctionnement des institutions publiques. Mais pour le budget 2025, François Bayrou devra éviter la censure en négociant un pacte de non-agression avec une partie des partis politiques opposants. D’autant plus que Moody’s pourrait rétrograder l’Hexagone en cas d’affaiblissement de ses institutions ou d’annulation des réformes structurelles lancées depuis 2017, dont la très contestée réforme des retraites. Aux yeux de la recherche de Natixis CIB, « François Bayrou se retrouvera sur un siège éjectable, à la tête d’un gouvernement qui restera fragile en raison de l’absence de majorité ». Les risques d’une censure les mois prochains et d’élections anticipées cet été ne sont donc pas à écarter.

La défiance des investisseurs
reste contenue

La France se situant à un cran seulement de la catégorie de notation inférieure « A » (qualité moyenne supérieure) chez Moody’s, Fitch et S&P, le centriste pro-européen va devoir très rapidement restaurer sa crédibilité sur le plan international. Moody’s pourrait de nouveau déclasser le souverain en cas d’augmentation de l’endettement public, de hausse durable des coûts de financement et des déficits et d’une dette moins accessible. « Si l’accessibilité de la dette a longtemps été une force relative pour la France, cet avantage s’érode désormais en comparaison avec des pays ayant des notations similaires », alerte l’agence.

D’ailleurs, le 18 décembre, la dette française s’échangeait sur le marché secondaire à un rendement de 3,05 %, proche de celui de la Grèce, mais supérieur à celui de l’Espagne et du Portugal. Pour autant, la défiance des investisseurs reste contenue. Après son pic de 88,7 points de base (pb) du 2 décembre, le spread OAT-Bund évoluait à 80,4 pb. Le souverain devrait cependant continuer de bénéficier des atouts de son appartenance à la zone euro, notamment du cycle actuel de baisses des taux de la BCE, qui contribue à contenir l’envolée des coûts d’emprunt des pays membres.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº899-900
La dette française devient plus chère que les dettes espagnole et portugaise
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