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Les particuliers peuvent redevenir acteurs du marché

Créé le

01.12.2021

La privatisation de la Française des Jeux en 2019 et la crise du Covid en 2020 ont fait revenir les Français en bourse, qui doit retrouver une vraie place sur les marchés. L’environnement y est d’autant plus propice que de nouveaux acteurs bouleversent la donne. Et si la Place prenait une initiative pour encourager le mouvement ?

La mise sur le marché d’une partie du capital de la Française des Jeux (FdJ), en décembre 2019, a jeté un coup de projecteur sur l’investissement en actions. Les Français ont largement souscrit à cette privatisation : plus de 500 000 d’entre eux se sont précipités. Lors du premier confinement, le Covid a aussi été un moment fort pour les Français et l’investissement en bourse. La chute des marchés a fait prendre conscience à certains de nos concitoyens qu’investir son épargne dans les entreprises était une opportunité. Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), en mars 2020, 150 000 nouveaux actionnaires individuels sont apparus. Et ce chiffre a continué à progresser : plus de 500 000 Français se sont orientés vers « l’investissement audacieux » depuis le 1er janvier 2020. Ils ont su profiter de la conjoncture économique.

Les particuliers, acteurs du financement de l’économie

Depuis cette date, Euronext constate une forte mobilisation des investisseurs individuels, qui sursouscrivent largement les nouvelles introductions en bourse. Cette mobilisation confirme le renforcement de l'engagement des particuliers, amorcé fin 2019. Elle se traduit par une forte progression de la part des investisseurs particuliers dans les transactions quotidiennes sur les PME-ETI. En cinq ans, la demande moyenne des investisseurs particuliers aux introductions a été multipliée par 24. Cela montre que les Français cherchent à investir dans des entreprises dont ils se sentent proches et qui leur racontent une histoire. Les actionnaires souhaitent donner du sens à leurs investissements et apporter des capitaux aux sociétés qui se développent. C’est une motivation importante.

Cela permet aussi de revenir au premier rôle de la bourse : apporter des capitaux aux entreprises et une rémunération aux actionnaires. Regardons les chiffres d’Euronext :

– demande moyenne des investisseurs particuliers : 16,3 M€ en 2021 vs 5,9 M€ en 2020 et 3,6 M€ en 2018 ;

– montants moyens alloués : 6,6 M€ en 2021, vs 4,7 M€ en 2020 et 2,5 M€ en 2018 ;

– part moyenne d’allocation : 25 % en 2021, vs 11 % en 2018 ;

– en 2020, 36 % des montants traités en bourse sur les PME-ETI proviennent de particuliers.

Les particuliers représentent environ 5 % des volumes quotidiens sur Euronext Paris, avec des pointes à près de 7 % lors des périodes les plus volatiles (mars et novembre 2020). 42,9 millions de transactions ont été enregistrées sur les neuf premiers mois de 2021, contre 42,1 millions au 30 septembre 2020.

Voici quelques exemples d’introductions en 2021, qui ont été largement sursouscrites :

– Pherecydes : 25 x sursouscrit – 8 M€ levés.

– HRS : 12 x sursouscrit – 97 M€ levés.

– Medesis : 55 x sursouscrit – 7,4 M€ levés.

– NamR : 12 x sursouscrit – 8 M€ levés.

Et les réussites de Believe et d’OVH montrent qu’il en est de même pour des opérations plus importantes. Les Français sont au rendez-vous.

Les planètes sont alignées

L’investissement audacieux devient tendance. Les rendements des livrets et des produits d’épargne garantis ont chuté. Les Français recherchent une juste rémunération pour leur épargne. Nous avons assisté à une très forte hausse des marchés depuis trois ans : +44 % depuis janvier 2019 pour le CAC 40 (+53 % de dividendes nets réinvestis). Preuve de cette appétence : Boursorama a fait son entrée en 2020 dans le top 20 des sites d’information les plus consultés par les Français, après ceux du Monde, du Figaro, de TF1…

Les sujets sur l’investissement n’ont par ailleurs pas manqué, comme les batailles boursières, avec des stratégies d’entreprises différentes : Veolia-Suez, Unibail-Rodamco-Westfield, Lagardère-Vivendi… Les péripéties de Gamesoft aux États-Unis ont été largement couvertes en France et ont montré aux particuliers qu’ils pouvaient jouer un rôle sur les marchés. Évidemment, cet exemple n’est pas sans risque.

Nous pouvons aussi nous réjouir que les sujets de gouvernance soient plus présents dans les débats. Une plus grande transparence donne confiance. Les investisseurs particuliers y sont sensibles. Grâce au numérique, ils ont été plus nombreux à assister aux assemblées générales des entreprises dont ils sont actionnaires. Ils attendent avec impatience de pouvoir assister, de poser des questions et de voter en direct de chez eux lors des AG de 2022. Les émetteurs doivent être présents à ces rendez-vous.

Une nouvelle population plus jeune et plus féminine

Ces nouveaux actionnaires sont très différents de ceux que nous avions l’habitude de côtoyer il y a encore deux ans. Ainsi, 47 % des nouveaux investisseurs ont moins de 45 ans, ce qui fait mécaniquement baisser la moyenne d’âge de plus de 10 ans : 58 ans d’âge médian en 2019, 46 ans en 2020. La part des moins de 35 ans est passée de 11 à 18 %.

Autre point important, les femmes représentent désormais 35 % des détenteurs d’actions en direct, soit une progression de plus de 15 points en deux ans. Ces nouveaux actionnaires sont toujours présents. Ils ne sont pas venus faire un coup. Ils ont compris que pour bénéficier d’une rémunération attractive de leur épargne, il fallait faire preuve d’audace et de patience. La F2iC a démontré que le capital investit dans le CAC 40 rapportait 7 % par an sur quinze ans, dividendes réinvestis. Investir dans les entreprises est une affaire de temps. Il est inutile de se précipiter.

Les banques doivent prendre leur part

Nous ne pouvons qu’encourager les banques à poursuivre ces efforts pour attirer les Français vers l’investissement en direct dans les entreprises françaises. Des plateformes ergonomiques, comme Trade Republic (Allemagne), eToro (Israël), XTB (Pologne), qui offrent un accès facile et peu onéreux aux actifs financiers, ont fait leur apparition sur le marché, avec une communication décomplexée. Elles étaient précédées par des acteurs français comme Boursorama et Bourse Direct.

Pour les banques, il s’agit d’un vrai débat, car la promotion de cette classe d’actifs est peu présente dans les réseaux, du fait de la baisse continue des frais perçus sur les placements en direct, par rapport à ceux générés par la gestion collective et l’assurance vie. Cette réticence des réseaux de distribution a été renforcée par le plafonnement récent des frais sur le PEA qui, depuis le 1er juillet 2020, ne peuvent dépasser 0,50 % du montant de l’ordre. Il ne faut pas pour autant les négliger, car ces actionnaires sont des clients à fort potentiel.

Ces chiffres sur l’investissement en bourse et le renouveau des actionnaires doivent être mis en perspective avec les chiffres issus de la gestion collective, où les unités de compte augmentent, au détriment des fonds en euros. Nous pouvons aussi assister à une augmentation des sommes collectées auprès des particuliers pour les fonds de private equity. Les Français sont ouverts à l’investissement audacieux. Il est nécessaire que tous les acteurs, émetteurs, producteurs, distributeurs… se mobilisent pour que le mouvement perdure et se développe. Les entreprises ont besoin de fonds propres pour poursuivre leurs conquêtes. Et si on en faisait une vraie campagne de publicité ? Chiche !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº862bis
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