Services financiers

Faut-il avoir peur des Big Techs ?

Dossier réalisé par Laure Bergala

Introduction

Faut-il avoir peur des Big Techs ?

Les géants du numérique positionnés dans le paiement depuis quelques années ont annoncé récemment le lancement d’une carte bancaire pour Apple, d’un compte courant en partenariat avec Citigroup pour Google et même d'une nouvelle monnaie pour Facebook. Les chinois Ant Financial et Tencent sont devenus des mastodontes du paiement en Chine. Les big techs sont-elles pour autant une menace pour les acteurs financiers ?

Qui a peur des Big Techs ?

Fermer ses comptes chez BNP Paribas et Société Générale pour ne conserver que son compte courant chez Facebook, sa carte Apple et son crédit conso chez Amazon… voilà un scénario qui relève aujourd’hui de la science-fiction. Mais demain ? Si les géants technologiques font des incursions dans les services financiers depuis des années, suscitant craintes et interrogations, les annonces récentes de GAFA aux États-Unis – le lancement de l’Apple Card avec Goldman Sachs et de Facebook Pay en 2019, le projet de compte courant de Google avec Citigroup – ont pu faire crier au loup, et penser que les big techs représentaient une menace grandissante pour les acteurs financiers. Ces acteurs veulent-ils vraiment « remonter la chaîne de valeur », ne faire qu’une bouchée des banques et les remplacer ?

Pour l’heure, leurs développements les plus avancés concernent les paiements. Les GAFA proposent leurs portefeuilles électroniques, Apple Pay, Google Pay…, parfois intégrés dans les applis des banques, sans forcément mettre à mal l’intermédiation. En Chine, l’autre pays des géants du numérique, Ant Financial (Alibaba) et Tencent ont des offres plus complètes (compte courant, assurance, gestion d’actifs) et AliPay et WeChatPay sont devenus des géants du paiement, avec respectivement 500 et 900 millions d’utilisateurs actifs. Mais ces acteurs évoluent dans un contexte de pays émergent loin de la maturité des écosystèmes bancaires occidentaux. Reste à savoir si ces acteurs chinois chercheront à conquérir le monde, à l’heure où Tencent vient d’investir dans les FinTechs françaises Lydia et Qonto par exemple. Outre les paiements, les big techs proposent aussi du crédit : Amazon et MyBank (Alibaba) en offrent aux PME marchandes présentes sur leurs plateformes.

GAFA américains et BATX chinois ont pour eux leur puissance, financière notamment – Ant Financial, filiale d’Alibaba, est valorisée à 200 milliards dollars et les activités financières de Tencent entre 160 et 230 milliards de dollars, quand Société Générale par exemple est valorisée à 29 milliards –, mais aussi des atouts technologiques intrinsèques : ils savent analyser les données et ne sont pas freinés par le poids de legacy informatiques. Une crainte majeure est qu’ils captent les précieuses données bancaires. Mais c’est peut-être sur le front de la relation client que ces acteurs seraient les plus menaçants, les GAFA offrant souvent une expérience client simple et fluide…

Partenaires

Les GAFA se présentent plutôt comme des partenaires des banques, leur proposent leurs expertises en infrastructures technologiques ou encore en analyse de données. Google, qui travaille avec des banques dans le cadre de ses services aux entreprises, annonce l’ambition de se renforcer dans le cloud, dans lequel Amazon et Microsoft sont pour le moment des prestataires établis.

De leur côté, face à ces concurrences, les banques françaises mènent leur transformation digitale, et évoluent dans des logiques de plateformisation et d’open banking.

On a souvent considéré que la réglementation représenterait un rempart contre les velléités des big techs. À voir… ces géants intéressent en tout cas régulateurs et superviseurs, en témoignent de récents rapports de la Banque des règlements internationaux (BRI) et du Conseil de stabilité financière (FSB).

En supposant que les big techs se lancent plus avant dans les services financiers, reste à savoir si les clients seraient prêts à les suivre. Selon une étude de Next Content pour CGI parue en février, en France, seuls 37 % des clients jugent « possible » d’utiliser des services bancaires proposés par les géants du numérique. « En Europe et en France il y a un écosystème fort basé sur les banques traditionnelles qu’on ne peut pas occulter. Les banques apparaissent comme un coffre-fort de données et les consommateurs, même les plus jeunes, seraient réticents à l’idée de confier leurs données de paiement et financière à un géant du numérique, les études sur le sujet le montrent », abonde Andréa Toucinho, directrice études chez Partelya Consulting.

Dossier réalisé par Laure Bergala

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