Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2017 : Banque, Finance, Assurance.

Rétrospective

L’Europe dans tous ses états

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Revue Banque n°815

Numéro double 815-816 : Prospective 2018 - Rétrospective 2017

Bête noire des marchés financiers, l’euroscepticisme bouscule la construction européenne. Celle-ci se cherche un nouvel élan, à l’heure où l’un de ses membres – le Royaume Uni – se prépare à la quitter. Le résultat des élections présidentielles françaises du 7 mai 2017 a été suivi de près partout dans le monde. La candidate du Front national était certes présente au second tour, mais c’est finalement le pro-européen Emmanuel Macron qui l’a emporté. Le nouveau dirigeant a multiplié les discours vibrants visant à relancer le projet européen et pense que la zone euro a un rôle spécifique à jouer. Le 8 septembre, s’exprimant à Athènes sur l’avenir de l’Europe, il appelait de ses vœux une zone euro plus intégrée, un « cœur d’Europe qui en soit l’avant-garde » ; pour y parvenir, le président français proposait notamment la mise en place d’un budget et d’un parlement de la zone euro. Un tel élan politique est de nature à faciliter l’avancée de chantiers réglementaires en panne, comme celui de l’Union bancaire, qui se cherche encore un troisième pilier (la garantie des dépôts) et un véritable final backstop [1].

Jean-Claude Junker, qui préside la Commission, a lui aussi l’ambition de faire évoluer l’Union économique et monétaire. Le texte proposé le 6 décembre par la Commission est toutefois très prudent, comparé aux ambitions d’Emmanuel Macron. Mais le pire obstacle à une vraie relance du projet européen, c’est l’engourdissement induit par la crise politique allemande. En effet, la chancelière Angela Merkel, depuis le scrutin du 24 septembre, rencontre de grandes difficultés pour former un nouveau gouvernement. La première tentative de coalition [2] a échoué le 19 novembre après que les libéraux-démocrates du FDP ont claqué la porte. Tous les yeux se sont alors tournés vers le SPD (parti social-démocrate) qui avait pourtant bien affirmé son refus de participer une nouvelle fois à un gouvernement Merkel, mais la pression était telle [3] que les sociaux-démocrates ont accepté d’entamer des discussions. Toutefois, dans l’hypothèse où ces négociations aboutissent, la formation d’un nouveau gouvernement semble impossible avant la fin du mois de février 2018, voire début mars. En attendant, il est très difficile, voire impossible, de relancer le projet européen. L’élan risque de se briser, tandis que l’euroscepticisme poursuit son chemin dans l’Union, notamment en Italie, où les prochaines élections (prévues pour le premier semestre 2018) inquiètent les milieux financiers. S.G.

 

Ils ont dit

Ne pas rester dans la situation actuelle

« Au sein de l'establishment politique, notamment au ministère des Finances, on pense de plus en plus que si nous n’allons pas plus loin avec le projet européen alors nous allons chuter. […] L’Europe n’a pas toutes les options : elle peut aller soit vers plus d'intégration c’est-à-dire vers le fédéralisme, soit vers moins d'intégration – mais nous ne pouvons pas rester dans la situation actuelle. Et pour aller vers plus d’intégration, il est peut-être plus facile de commencer par la zone euro, car les discussions y sont plus intenses et la compréhension réciproque y est plus développée. »

Jan-Pieter Krahnen, professeur de finance, Goethe University, Revue Banque 813, novembre 2017, pp 30-31.

 

Bientôt un backstop pour l’Union bancaire

« De fait, le sujet de l'achèvement de l’UEM et celui de l'achèvement de l'Union bancaire sont en train de se rejoindre très directement, puisque la transformation du MES en FME se prépare : c'est le moment d’acter qu'une partie de la capacité du FME servira au financement du final backstop du pilier 2 (pilier “Résolution”) de l'Union bancaire. C’est ce que propose la Commission dans sa nouvelle communication sur l’Union bancaire. »

Pervenche Berès, Membre, Parlement européen, Revue Banque n° 813, novembre 2017, pp. 26-28.

 

Les « eurosceptiques » proposent d’aménager ou d’accompagner l’euro

« Dans certains pays, des propositions d’abandonner l’euro ou de lui adjoindre une monnaie parallèle nationale, ou encore de transformer la monnaie unique en monnaie commune, ont été incorporées dans les programmes de certains partis et se retrouvent au premier plan du débat politique. Il est utile de passer en revue ces principales innovations monétaires proposées et d’examiner leur utilité réelle. »

Eric Dor, directeur des études économiques, IESEG School of Management, Revue Banque n° 813, novembre 2017, pp. 40-43.

 

L’Europe en panne

« Loin d’être une fédération “en devenir”, l’Europe est encalminée : elle n’a pas développé le cadre institutionnel ou les pratiques politiques capables d’encourager la coopération entre États, tout en bloquant les mécanismes compétitifs qui permettraient aux pays de s’en sortir par eux-mêmes. […] Dans cette situation, on pourrait aisément prédire un éclatement de la zone euro. Cependant, ce n’est pas notre scénario central. Nous pensons, à l’inverse, que des forces contraires font tenir l’édifice tant bien que mal et devraient lui assurer une certaine pérennité. »

Emmanuel Sales, président, Financière de la Cité, Revue Banque n° 813, novembre 2017, pp. 44-46

 

Macron relance l’idée d’un budget de la zone euro

« Le chemin parcouru par la zone euro en matière d’intégration doit être d’autant moins mésestimé que les différents instruments de réduction et de partage des risques présentent un certain degré de substituabilité. Ainsi, à l’instar des outils existants, ceux inscrits à l’agenda de la Commission (garantie des dépôts, Union des marchés de capitaux) pourraient encore contribuer à réduire le degré d’intégration budgétaire nécessaire et, ce faisant, accroître l’acceptabilité politique de cette dernière. »

Laurent Quignon, responsable Économie bancaire, BNP Paribas, Revue Banque n° 813, novembre 2017, pp. 22-25.

 

Brexit et dépendance

« La conséquence première du Brexit sera de faire dépendre une partie substantielle du financement de l’économie européenne, et de la capacité de ses acteurs à couvrir leurs risques, d’une Place financière off-shore. Cette situation est totalement inédite et doit nous inviter, nous européens, à assurer une forme d’autonomie quant aux marchés qui sont au cœur du financement de l’économie. Cette situation renforce l’importance du projet d’Union des marchés de capitaux. »
Frédéric Oudéa, DG, Société Générale, Supplément Revue Banque n° 814, décembre 2017, pp. 14-17.

 

Renforcement de la zone euro : son intérêt dépend du scénario envisagé

« L’Europe de l’assurance a permis aux assureurs et aux réassureurs de s’internationaliser aisément – par opposition à l’internationalisation hors d’Europe, qui est beaucoup plus difficile et coûteuse – et d’en tirer d’importants gains en termes de gestion plus efficace et plus cohérente des risques. […] il est clair que la remise en cause de l’euro ne pourrait avoir que des conséquences négatives sur l’assurance et la réassurance, surtout si elle est associée à une remise en cause, même partielle, de la liberté des mouvements de capitaux, à laquelle elle est étroitement associée, y compris dans l’opinion publique. À l’inverse, cela ne veut pas dire que le renforcement de la zone euro aurait des effets favorables significatifs, car ces effets dépendent crucialement de la nature du renforcement envisagé ».

François de Varenne, CEO, SCOR Global Investments et Philippe Trainar, directeur, Fondation SCOR pour la Science, Revue Banque n° 813, novembre 2017, pp. 32-35.

 

Un système multipolaire

« Le Brexit va mettre un coup d’arrêt à la concentration toujours plus importante d’activités financières à la City et Londres va perdre de son importance, mais elle part de tellement haut que même si elle conserve seulement 80 % de son activité, cela restera considérable. Londres va conserver le leadership dans un système multipolaire. Dans un monde sans concurrence réglementaire, Francfort et Paris, qui ont à peu près les mêmes exigences en termes de substance, seront gagnants. Avec de la concurrence réglementaire et fiscale, Luxembourg et Dublin entrent aussi dans le jeu. »

Thierry Philipponnat, directeur, Institut Friedland, Revue Banque n° 811, septembre 2017, p. 13.

 

[1] Fonds publics pouvant être utilisés, en ultime recours, pour intervenir directement au capital des banques en difficulté.

[2] Les négociations réunissaient le FDP, les écologistes et les conservateurs de la CDU-CSU

[3] Si le SPD avait refusé d’entrer en négociation, les deux autres alternatives étaient la formation d’un gouvernement minoritaire (donc instable) et l’organisation d’un nouveau scrutin qui risquait de donner plus de voix encore au parti d’extrême droite, déjà très bien placé à l’issue du srcutin du 24 septembre.

 

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