Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2016 : Banque, Finance, Assurance.

Rétrospective

Gérant d’actifs et/ou banquier ?

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Revue Banque n°803

Numéro double 803-804 : Prospective 2017 - Rétrospective 2016

La désintermédiation a favorisé le développement d’une nouvelle activité pour les gérants d’actifs: piloter des fonds dans lesquels se trouvent des prêts bancaires. En effet, les banques cherchent à vendre des loans et ceux-ci intéressent certains investisseurs, souvent des compagnies d’assurance souhaitant diversifier leurs placements. Mais nombre de ces investisseurs n’ont pas les compétences en interne pour analyser la valeur de ces actifs. Ils n’achètent donc pas directement ces loans aux banques mais investissent dans des fonds de prêts. Ces véhicules sont gérés par des sociétés d’asset management qui se sont dotées des compétences nécessaires (souvent en recrutant d’anciens banquiers) pour analyser la valeur d’un prêt bancaire.

Ces fonds comprennent également d’autres actifs comme des placements privés et bientôt des prêts octroyés par le véhicule lui-même. En effet, Le 26 novembre 2016 est paru au Journal officiel un décret qui fixe les conditions dans lesquelles certains fonds peuvent dorénavant octroyer des prêts. Ces véhicules sont des fonds professionnels spécialisés (FPS) ou des fonds professionnels de capital-investissement (FPCI). Directeur général d’ACOFI Gestion et président du Comité technique Titrisation de l’AFG, Thibault de Saint Priest souligne que « les organismes de titrisation (OT) ne sont pas concernés par ce décret qui est pourtant pris en application de l’article 27 de la loi de finances rectificative pour 2015 qui concernait les FPS, les FPCI et les OT. Le gouvernement prévoit, dans une ordonnance qui devrait être prise en application de l’article 117 de la loi Sapin II et publiée dans le courant de l’été 2017, de créer au sein du Code monétaire et financier une nouvelle catégorie de fonds dédiés au financement direct de l’économie et ne recourant pas à la technique dite du tranchage de risque de sorte que le vocable fonds de titrisation ne serait plus utilisé que pour les fonds ayant recours à ce tranchage de risque [1]. Ces fonds non tranchés (ce que sont les actuels fonds de prêt à l’économie) relèveraient de la directive AIFM et seraient donc susceptibles d’être “passeportés”. Ces nouveaux fonds devraient se voir reconnaître la possibilité d’octroyer des prêts. Il convient toutefois d’observer que certains OT peuvent déjà octroyer des prêts dès lors qu’ils sont labellisés Eltif [2] par l’effet d’un agrément spécifique délivré par l’AMF ».

Des gérants d’actifs souhaitent recourir à certaines formes de levier dans leurs fonds de prêts (voir Pour en savoir plus: « Emprunter avec modération »), mais ce vœu n’est pas exaucé en France à court terme. S. G.

 

Ils ont dit

Un phénomène difficile à chiffrer

« Il est difficile de quantifier le phénomène du financement alternatif de l’économie. Selon une estimation de l’observatoire des fonds de prêts à l’économie, ces véhicules de droit français ont levé plus de 20 milliards d’euros depuis 2013, mais cela ne suffit pas à donner une vision précise du financement alternatif de l'économie. Les fonds de prêts à l’économie pris en compte dans cette estimation correspondent à une définition stricte. En réalité, l’expression “fonds de prêts à l’économie” est souvent utilisée pour désigner un ensemble plus vaste que la seule définition du Code des assurances. Quant au financement alternatif de l’économie, il désigne, certes, les investisseurs qui investissent dans des fonds de prêts, mais aussi ceux qui :

  • co-investissent directement avec une banque ;
  • confient un mandat à un tiers (souvent une société de gestion) qui effectue une sélection parmi des prêts que les banques souhaitent vendre ; les prêts acquis par l’investisseur passent alors directement du bilan de la banque à celui de l’assureur, sans passer par un fonds ;
  • prêtent directement : depuis la modification du Code des assurances à l’été 2013, une compagnie d’assurance peut prêter, mais à condition d’obtenir un agrément de l’ACPR. Très peu d’assureurs ont demandé cet agrément. »

Sur le financement obligataire : « À l’inverse des émissions publiques, qui font l’objet d’un visa de l’AMF, les émissions privées sont plus difficiles à suivre, même si d’importants progrès ont été faits grâce au développement de l’EuroPP. La connaissance des volumes et des prix reste imparfaite. »

Thibault de Saint-Priest, directeur général (ACOFI Gestion), président du Comité technique Titrisation (AFG), Revue Banque n° 797, juin 2016, p. 26.

 

Une opportunité pour les assureurs

« Les fonds de prêt représentent pour nous une opportunité […] Prêter en direct est trop complexe. Nous préférons prêter via des fonds ».

Sur l’illiquidité des prêts et le risque éventuel pour l’assureur : « Cela dépend […] de la gestion actif-passif de l’assureur. Quand votre passif est un passif de retraite, par définition non rachetable, le sujet de la liquidité est bien moindre que sur des passifs d’épargne par exemple. »

Sylvain de Forges, directeur général délégué et Benoît Courmont, directeur des risques, de la solvabilité et de la conformité (AG2R La Mondiale), Revue Banque n° 797, juin 2016, p. 29.

 

Ne pas remplacer les banquiers

« Nous avons décidé de nous intéresser essentiellement au marché des prêts syndiqués par les banques et non à celui de la dette privée en direct. Nous pensons en effet qu’il s’agit de deux métiers différents. SCOR est un réassureur de premier plan et, à ce titre, un investisseur institutionnel. Nous investissons dans des prêts, mais nous ne prêtons pas directement d’argent à des tiers. Cette distinction est clé : SCOR ne souhaite pas devenir une banque ; nous ne voulons pas devenir un banquier et nous substituer aux banques dans la relation avec leurs clients. Les banques doivent rester au cœur de cette relation sur l’ensemble de la chaîne (origination, structuration, émission du prêt, gestion administrative et, le cas échéant, recouvrement de la créance). »

François de Varenne, CEO (SCOR Global Investments), Revue Banque n° 797, juin 2016, p. 31.

 

Les fonds appréciés pour leur analyse

Sur la possibilité d’acheter directement à des banques des loans bancaires : « Je me demande pourquoi les banques se sépareraient de ces actifs s’ils sont intéressants. Certes, les banques souhaitent réduire la taille de leurs bilans mais elles vont quand même conserver leurs meilleurs actifs. Les grands assureurs peuvent disposer d’une équipe afin d’analyser le risque crédit des loans proposés par les banques mais nous ne disposons pas de tels moyens donc, comme je l’ai dit précédemment, nous passons par des fonds qui réalisent pour nous cette analyse. »

Philippe Desfossés, directeur (ERAFP) Revue Banque n° 797, juin 2016, p. 36.

 

Les banques auront toujours une place prépondérante

« D’une part, les banques auront toujours une place prépondérante dans le financement de certains acteurs comme les PME (car elles sont le plus à même de résoudre les problèmes d’asymétrie d’information) tout en jouant un rôle d’accompagnement auprès des entreprises qui ont une taille et une capacité suffisante pour se financer directement auprès d’investisseurs ou sur les marchés. D’autre part, les assureurs sont désormais appelés à jouer pleinement, et plus directement, leur rôle dans le financement de l’économie, à la mesure de la taille de leur bilan et de leur capacité à investir sur le long terme. »

Bruno Bézard [3], directeur général du Trésor, Revue Banque n° 797, juin 2016, p. 38.

 

[1] Fonds dans lequel différentes tranches représentent différents niveaux de risque.

[2] Un règlement européen entré en application dans l’ensemble de l’Union européenne le 9 décembre 2015 crée les fonds européens d’investissement de long terme (FEILT ou ELTIF) qui peuvent octroyer des prêts.

[3] Bruno Bézard a quitté ses fonctions à la tête du Trésor le 20 juin 2016.

 

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Rétrospective 2016 : Banque, Finance, Assurance

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