Quel est l’horizon de placement d’un fonds de pension ?
En échange des cotisations, un fonds de pension reconnaît aux cotisants qu’il devra leur verser des prestations de retraite. Sauf cas exceptionnels, ces prestations prennent la forme d’une rente qui sera payée à partir du départ en retraite du cotisant jusqu’à son décès. La duration du passif d’un fonds de pension est donc élevée. Dans le cas de l’ERAFP, elle est de l’ordre de 30 ans. Les bénéficiaires ne disposent pas de droit de rachat. En comparaison, l’horizon des assureurs vie est beaucoup moins long et moins stable puisque les détenteurs d’une police disposent d’une option de rachat à tout moment.
L’ERAFP profite-t-il de cet horizon pour investir en actifs risqués ?
Comme l’ERAFP a été créé il y a 10 ans seulement, le Régime ne verse pour l’instant que des rentes de faible montant. Nos cash-flows sont donc très largement positifs (de l’ordre de 2,5 milliards d’euros par an). Cette situation va perdurer jusqu’à ce que le Régime arrive à maturité, c’est-à-dire pas avant le milieu du siècle. Nous avons donc la capacité d’investir dans des actifs que nous pouvons porter longtemps (jusqu’à 30 ans). Idéalement, l’ERAFP aurait dû investir, dès sa création, dans tous les actifs dits « risqués » qui rémunèrent l’illiquidité (titres non cotés, infrastructures…). Malheureusement, en raison de nos statuts, nous n’avons pas profité pleinement de notre horizon de placement et de notre exceptionnelle liquidité. Par exemple, l’investissement en immobilier a longtemps été interdit à l’ERAFP. Cette classe d’actifs ne nous a été autorisée que le 30 décembre 2010. Autre exemple : l’ERAFP devait initialement être investi à 75 % en obligations.
Ces contraintes sont injustifiées. En effet, la volatilité d’un actif ne constitue pas un risque dès lors que l’investisseur dispose d’un horizon de 15 ou 20 ans et peut porter ces titres.
Il existe peu d’investisseurs de long terme en France ; il est regrettable que le seul fonds de pension français soit très bridé dans sa gestion d’actifs.
Par quels textes ou quelles instances l’ERAFP est-il régulé ?
L’ERAFP n’est soumis ni à IORP ni à Solvabilité 2 mais est supervisé par 4 tutelles : le ministère de l’Économie, le ministère des Finances, la direction de la fonction publique, et la direction de la Sécurité Sociale.
Que pensez-vous du phénomène de désintermédiation bancaire ?
Les banques sont dotées d’un pouvoir extraordinaire puisqu’en distribuant du crédit elles peuvent créer de la monnaie. Malgré le frein des réserves obligatoires, certaines l’ont fait dans des conditions qui les ont conduites à afficher des ratios de leverage bien supérieurs à celui des plus leveragés des hedge funds. À partir de 2008, nous avons vu le résultat.
Depuis quelque temps, la contrainte réglementaire (Bâle III) et la politique monétaire (malgré elle) se conjuguent pour « encourager » les banques à réduire la taille de leur bilan.
Que les fonds de pension qui reçoivent des cotisations prélevées sur des salaires (ou de l’épargne) et portent des engagements de long terme à leur passif financent davantage les besoins à long terme de l’économie est plutôt une bonne chose. En effet, la transformation bancaire rencontre ses limites et s’avère risquée quand elle conduit à financer par des ressources très courtes des besoins très longs.
L’entrée des investisseurs institutionnels et en particulier des fonds de pension sur ce créneau du crédit suppose toutefois de s’assurer l’accès à une expertise dans l’analyse crédit. Au cours des derniers mois, nous avons vu émerger un certain nombre de gestionnaires innovants qui proposent des produits d’investissement qui s’inscrivent dans cette dynamique.
Comment sont investis vos actifs obligataires ?
Il faut d’abord rappeler que le statut d’établissement public (qui n’est sans doute pas ce qu’il y a de plus adapté pour gérer 25 milliards d’euros…) nous oblige à sélectionner par appels d’offres publics soumis au Code des marchés publics les gestionnaires d’actifs auquel le Régime délègue l’achat et la vente des titres qui adossent ses engagements. Il n’en va différemment que pour les obligations souveraines (ou quasi souveraines) que nous avons l’autorisation de gérer en direct. Je rappelle que la procédure d’appels d’offres est très encadrée et qu’il n’est pas rare qu’il se passe neuf mois entre le moment où est prise la décision d’investir sur telle classe d’actifs et le moment où il devient possible pour l’ERAFP d’investir. C’est un calendrier qui est difficilement compatible avec la réactivité souhaitable pour un investisseur.
Quelle est la part des actions dans votre allocation ?
Début 2015, nous avons obtenu le droit de porter de 25 à 40 % la part des actifs à revenus variables, notamment les actions qu’elles soient cotées ou pas. Cet assouplissement est contraint par le fait qu’on nous demande de réaliser des stress-tests sur le portefeuille actions comme si nous étions soumis à Solvabilité 2 alors même qu’Emmanuel Macron estime que cette réglementation prudentielle est trop contraignante pour les régimes de retraite et envisage de revenir à Solvabilité 1 !
Pouvez-vous acheter des placements privés ?
Non, cela ne nous est pas possible.
Investissez-vous dans des fonds de dettes ?
Nous avons investi dans des fonds de dette tels que Novo car, d’une part, ces actifs nous intéressent et, d’autre part, nous avons obtenu l’an dernier le droit d’investir en direct dans ce type de véhicule, sans appel d’offres, à hauteur de 3 % de notre bilan.
L’ERAFP est-il susceptible d’acheter directement à des banques des loans bancaires ?
Je me demande pourquoi les banques se sépareraient de ces actifs s’ils sont intéressants. Certes, les banques souhaitent réduire la taille de leurs bilans mais elles vont quand même conserver leurs meilleurs actifs. Les grands assureurs peuvent disposer d’une équipe afin d’analyser le risque crédit des loans proposés par les banques mais nous ne disposons pas de tels moyens donc, comme je l’ai dit précédemment, nous passons par des fonds qui réalisent pour nous cette analyse.