Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2017 : Banque, Finance, Assurance.

Rétrospective

Blockchain : vers les premières mises en production

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Revue Banque n°815

Numéro double 815-816 : Prospective 2018 - Rétrospective 2017

La blockchain a fait couler beaucoup d’encre à son apparition, liée à celle du bitcoin, dont elle est la technologie sous-jacente, début 2009. La chaîne de blocs allait révolutionner le système financier en se substituant aux intermédiaires… ou booster l’activité en rendant process et transactions bien plus rapides et moins coûteux. Après les emballements, place au réel en 2017, année du développement de nombreux tests dans le secteur bancaire, effectués en solo ou au sein de consortium. Le plus souvent sur des blockchain privées, qui dominent aujourd’hui face à l’hypothèse initiale de blockchain publique.

2018 devrait voir en France les premières mises en production de projets de technologie des registres distribués (Distributed ledger technology, DLT). La Banque de France a mené en 2017 un des tests les plus aboutis avec le projet Madre qui utilise la technologie Ethereum pour expérimenter un registre décentralisé pour gérer les identifiants créanciers SEPA. Le projet devait entrer en production fin 2017, et être rejoint par au moins quatre établissements bancaires au cours du 1er semestre.

Les banques commerciales ont mené nombre de tests en 2017. Natixis et Société Générale ont par exemple expérimenté avec sept autres banques européennes une solution de place pour faciliter les opérations de trade finance des PME et ETI européennes, Figital Trade Chain, rebaptisée en octobre we.trade. Le consortium devait se constituer en coentreprise puis commercialiser sa solution au second trimestre 2018. Natixis a mené d’autres tests utilisant la blockchain pour optimiser le financement du commerce international ou des matières premières. BNP Paribas a mené 18 PoC (Proof of Concept) blockchain en 2017, dont plusieurs ont concerné les activités de dépositaire pour les titres non cotés et les transferts d’argent à l’international. Le projet Cash without borders, consistant à s’affranchir des banques correspondantes et de Swift dans le cas d’un transfert de cash transfrontalier entre comptes BNP Paribas, doit rentrer en production en avril 2018. Un autre projet, My collat’, va passer en production en février. L’expérience lancée en 2016 par BNP Paribas en partenariat avec la plate-forme de financement participatif SmartAngels va entrer en phase d’appel d’offres cette année. Un autre projet collectif a pris la forme du lancement en juillet dernier d’une FinTech, Liquidshare, par BNP Paribas, Société Générale, Caceis, la Caisse des dépôts, Euroclear, Euronext et S2iEM. Elle développe une infrastructure blockchain post-marché pour améliorer l’accès des PME aux marchés de capitaux.

Malgré ces avancées, il est encore tôt pour dire si la blockchain permettra des transformations majeures dans les process bancaires et financiers.

 

Ils ont dit

La Banque de France gère les identifiants créanciers SEPA avec une blockchain

« Dès 2016, notre objectif a été de trouver un cas d’usage métier permettant de tester cette technologie tout en maximisant les chances de mise en œuvre réelle. Nous avons donc retenu un cas de tenue de registre relativement simple, nous permettant d’“apprendre en faisant”… Notre choix s’est alors porté sur le registre des identifiants créanciers SEPA (ICS). L’outil actuel, qui fonctionne sur un système centralisé, est un peu dépassé, les volumes de demandes sont limités – à l’époque, la question de la performance des blockchains était récurrente – et une évolution ne nécessite pas de changement réglementaire. En effet, c’est un registre pour lequel nous jouons contractuellement le rôle de tiers de confiance pour la communauté interbancaire. Enfin, les enjeux de sécurité étaient limités, s’agissant d’un simple registre d’identifiants et non d’un système permettant de réaliser des transactions financières. Tous les feux étaient donc au vert !

[…] C'est notre propre rôle qui est codé dans la blockchain, suivant un principe de “central bank-as-a-code” en quelque sorte. C’est très différent de ce que l’on peut entendre sur les blockchains qui suppriment les tiers de confiance. »

Thierry Bedoin, Chief Digital Officer, Banque de France, Revue Banque n°811, septembre 2017, pp. 25-27.

 

Natixis explique le choix des blockchains privées

« Pour pouvoir réaliser des transactions globales au sein d’un écosystème complexe, il faut parvenir à créer un “effet club” avec un maximum d’institutions financières, afin de servir la partie acheteuse et la partie vendeuse. Pour autant, utiliser une blockchain publique pose des questions de gouvernance, d’organisation, de conformité qui, si elles ne sont pas insurmontables, complexifient les projets et freinent leur exécution. L’idée est donc de rester dans des logiques de consortiums assez larges mais privés, où le niveau de confiance entre acteurs est élevé. Si nous ne nous interdisons rien à long terme, à ce stade, nous privilégions l’approche pragmatique des blockchains de consortium. »

Luc Barnaud, Chief Digital Officer, Natixis, Revue Banque n° 811, septembre 2017, pp. 32-34.

 

Des obstacles à l’industrialisation

« De manière générale, il faudra un certain temps avant que des produits fonctionnels et innovants soient mis en place par des grandes entreprises. L’innovation arrivera plus probablement des start-up, et ce d’autant plus que le développement de projets blockchain au sein du système informatique des grandes banques affronte plusieurs obstacles, qui impliquent des efforts dont le retour sur investissement est aujourd’hui très difficile à évaluer.

Ces limites tiennent en particulier au fait que les pratiques et processus habituels de sécurité (logiciels audités et autorisés en interne…) sortent des sentiers battus avec les projets blockchain. Par exemple, le fait que les projets blockchain soient basés sur des réseaux pair à pair renverse la logique des environnements traditionnels qui reposent sur une architecture client-serveur [1]. Ces logiques non traditionnelles peuvent s’avérer très compliquées à concilier avec les systèmes bancaires actuels. »

Adrien Lafuma, cofondateur, Blockchain Partner, Revue Banque n°811, septembre 2017, pp. 22-24.

 

La Fintech Setl s’essaye au temps réel

« Nous menons actuellement des tests pour prouver au marché que notre technologie permet de traiter des paiements instantanés de manière peu coûteuse et simple. Nous avons pour cela créé un établissement de monnaie électronique (EME), agréé par l’autorité britannique compétente (FCA). Nous nous sommes alliés avec Metro Bank qui tient le compte de cantonnement de cet EME. Nous avons enfin un partenariat avec Deloitte qui réalise, via sa propre blockchain, les procédures de contrôle de la conformité (KYC, lutte antiblanchiment) avant l’ouverture d’un compte client auprès de notre EME. Une fois cette étape franchie, ces clients peuvent réaliser des virements entre eux en temps réel en utilisant notre technologie blockchain. Aujourd’hui, nous cherchons à montrer que cela peut aussi fonctionner en interbancaire, pour que des clients de différentes banques puissent s’envoyer des fonds de manière instantanée. »

Pierre Davoust, directeur France, Setl, Revue Banque n° 808, mai 2017, pp.  40-41.

 

Des smart contracts au service de l’assurance indicielle

« Les contrats d’assurance paramétrique pourraient trouver dans l’innovation technologique, et en particulier la blockchain, des solutions efficaces à la mise en place de l’assurance indicielle. En effet, l’assurance indicielle peut être transcrite informatiquement sous forme de smart contract. Les smart contracts sont des contrats élaborés sous forme de codes informatiques, à l’instar du langage juridique utilisé dans les contrats. Le codage permet à la fois d’exécuter les clauses du contrat automatiquement et de réduire le risque d’erreur humaine.

Les avancées technologiques et cryptographiques qui ont donné naissance à la blockchain donnent une possibilité d’application des smart contracts. En effet, la blockchain apporte la sécurité et la transparence nécessaire pour le partage de données mais aussi pour la prévention de la fraude. Elle pourrait donc devenir le vecteur de confiance de l’automatisation des phases déclaratives sans tiers. »

Clélia Duvoux, Business Developper, Axa Global Parametrics, Banque & Stratégie n° 363, novembre 2017, pp. 20-23.

 

[1] Une architecture client-serveur se caractérise par un ou plusieurs serveurs où les clients se connectent, et qui sont gérés par une seule entité. Dans un réseau pair à pair, les serveurs sont répartis sur différents nœuds.

 

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