Open Bank : l’heure est aux services financiers modulaires

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Open Bank : l’heure est aux services financiers modulaires

Grâce aux API, les applications bancaires peuvent aujourd’hui être proposées comme des briques indépendantes les unes des autres. Sous la pression des FinTechs et de la DSP2, les banques traditionnelles doivent revoir la manière de distribuer leurs services. Un jeu de Lego qui pourrait rebattre les cartes.

Open Bank

Dissocier la production des services financiers de leur distribution est une vieille antienne du secteur. La banalisation des technologies mobiles, l’arrivée des FinTechs et même l’impulsion donnée par le régulateur donnent de plus en plus corps à cette tendance. On la nomme par des néologismes comme « plateformisation », « Banking as a Service » ou encore « open banking ». Une ouverture qui repose massivement sur les API [1], qu’Emmanuel Méthivier, chez Crédit Agricole, décrit comme une « porte permettant à deux programmes de communiquer et de s’échanger des données ». « Les API sont des outils extrêmement puissants sur lesquels repose la conception des activités digitales et ce serait une erreur de les considérer comme de pures créatures technologiques » interpelle un rapport de Forrester [2]. Bien connues des développeurs informatiques depuis une vingtaine d’années, ces API intéressent aujourd’hui de plus en plus les stratégistes, les juristes et les responsables de la distribution, car elles permettent de proposer facilement les services d’acteurs tiers sur son interface client et, inversement, d’ouvrir sa propre offre à des plates-formes extérieures.

La banque, une « software company » ?

La deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP 2) accélère très nettement le mouvement d’open banking : elle impose en effet aux teneurs de comptes de paiement (donc les banques) de donner accès aux informations présentes sur ces comptes et d’initier des paiements à la demande d’entités extérieures mandatées par les clients et respectivement agréées comme « agrégateurs » [3] et « initiateurs » [4]. Une petite révolution pour les banques, habituées à protéger jalousement l’accès aux comptes. La DSP 2 doit entrer en vigueur dès le 1er janvier 2018, mais les standards techniques rédigés par l’EBA ont pris du retard, le plus important d’entre eux – celui sur les modalités d’authentification et de communication entre les différents systèmes – étant repoussé au mieux à mars 2017. Si l’on compte les 18 mois de délai avant leur entrée en application, cela signifie que 2018 sera une délicate année de transition.

L’industrie bancaire commence à se préparer ; des groupes de travail se forment au niveau européen mais aussi français. Soumis à une régulation qui entrera en vigueur avant la DSP 2, les établissements britanniques ont pris de l’avance. Mais c’est aussi la culture interne à chaque banque qui fait la différence. En France, Crédit Agricole et Axa Banque ont déjà ouvert certaines de leurs API à des tiers. Au-delà des frontières, des établissements comme BBVA ou ING, mais aussi des acteurs comme Visa ou Mastercard, ont ouvert un catalogue d’API à des développeurs externes. « En donnant accès à la plupart de leurs API individuellement, les banques peuvent, en théorie, participer à toutes les expériences clients [du marché] », justifiait, dans une note de recherche [5], la banque espagnole BBVA, dont le P-DG n’hésitait pas à dire qu’elle allait devenir, à terme, une « software company » [6]. Les briques de la banque du futur sont en train de se préparer. Reste à savoir ce que les acteurs construiront avec. Et quel accueil les consommateurs, encore très éloignés de ce mouvement [7], lui réserveront.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Application Programming Interface (lire aussi p. 22).

[2] Four Ways APIs Are Changing Banking, Jacob Morgan, mai 2016.

[3] Prestataire de services fournissant le service d’information sur les comptes ou AISP en anglais.

[4] Prestataire de service d’initiation d’opérations de paiement ou PISP en anglais.

[5] PSD2, a Business Model Perspective: Financial APIs will foster business model innovations, décembre 2015.

[6] Déclaration de Francisco Gonzáles au Mobile World Congress de Barcelone, en 2015.

[7] Un sondage de YouGov pour le credit bureau Equifax a estimé que 90 % des Britanniques n’avaient pas entendu parler de l’open banking et que 45 % disaient ne pas être prêts à l’utiliser quand il sera disponible.

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