Banque de détail

Le modèle de distribution évolue

Dossier réalisé par Laure Bergala

Introduction

Le modèle de distribution évolue

Les clients se rendent de moins en moins en agence et une part croissante de celles-ci perdent en rentabilité, elles commencent à fermer alors que la relation à distance avec la banque se banalise, les revenus de la banque de détail devraient rester sous pression… L’équation est complexe qui invite désormais cette banque de détail à se réinventer. Esquisse des projets et scénarios d’un changement qui devrait se jouer en douceur pour ce qui est des trois ou quatre prochaines années.

Banque de détail : le modèle de distribution évolue

Quel sera le paysage de la banque à réseau en 2020 en France, alors que le tabou des fermetures d’agences et celui de la baisse des effectifs sont désormais tombés ? Les banques françaises comptent aujourd’hui plus de 37 500 agences, et employaient 370 300 personnes (dont environ 60 % dans les réseaux) en 2014, en baisse de 0,9 % sur un an.

Elles ferment des agences à la marge depuis plusieurs années et quelques-unes annoncent désormais la teneur de ces « redimensionnements ». Éric Groven, directeur délégué banque de détail en France de Société Générale, explique le projet de fermer 20 % de son parc d’ici à 2020. « La fermeture des agences n’est pas un plan d’économies », affirme-t-il.

Et pourtant. Un réseau pèse pour 60 à 65 % des coûts en banque de détail. Et celle-ci représente environ 70 % des revenus des banques françaises. Le PNB de la banque de détail en France semble désormais durablement sous pression, dans le contexte de taux bas qui pénalise la marge nette d’intérêt et de plafonnement des commissions, analyse Anatole de La Brosse (Sia Partners). Il anticipe 3 % de fermetures par an d’ici 2020. D’autres hypothèses misent sur 15 à 25 % de fermetures en 5 ans, alors que 15 à 25 % du parc d’agences ne seraient plus rentables, selon Score Advisor. Plus élevé que celui de la plupart des pays européens, le coefficient d’exploitation des principaux réseaux français s’est dégradé de 1,5 point entre 2010 et 2015 pour atteindre 65,3 %, rappelle AT Kearney.

La situation est connue : accélération de la baisse de fréquentation des agences (21 % des clients s’y rendaient plus d’une fois par mois en 2015, contre encore 52 % en 2010, selon la FBF), utilisation croissante des canaux à distance (16 % des internautes achètent des produits bancaires en ligne, selon Next Content), concurrence de nouveaux acteurs…

Entre l’essor du numérique et le changement de comportement des clients, c’est un peu la question de l’œuf ou la poule. Les banques constatent que les clients se rendent moins en agence et réalisent leurs opérations en ligne, mais elles ont organisé la sortie des agences en mettant en place automates et canaux à distance, rappelle Luc Mathieu (CFDT). Son syndicat estime que les suppressions de postes accompagnant les fermetures d’agences devraient correspondre au non-remplacement d’une partie des départs à la retraite.

Pourtant les ventes se finalisent encore à 96 % en agence, d’après Xerfi, et les réseaux ne vont pas diminuer tout de suite à un rythme drastique. Mais les banques entendent réorganiser ces agences, dont le rôle et les implantations ont évidemment évolué au fil des décennies, comme le rappelle l’historien Hubert Bonin.

Les fermetures semblent concerner désormais les petites agences de centres-villes, selon les plans de Société Générale, mais aussi de LCL et BNP Paribas. Les mutualistes, quant à eux, ne sortent pas du bois mais réfléchissent comme les autres aux transformations à venir.

Les agences misent désormais sur le conseil, comme l’explique Olivier Klein (Bred). La plupart projettent de supprimer la fonction de chargé d’accueil au profit d’un accueil partagé, et veulent former des conseillers à davantage d’expertise.

Si l’évolution inéluctable des réseaux semble commencer en douceur en France, contrairement à d’autres pays européens (entre 20 et 35 % de fermetures depuis cinq ans en Angleterre, en Espagne et dans les Pays Nordiques selon AT Kearney), la banque de détail pourrait aussi changer plus radicalement. Face aux ruptures technologiques et aux concurrences qu’elles induisent, Jean Philippe (Oct’us) propose un scénario du futur dont nul ne sait aujourd’hui s’il deviendra un jour réalité.

Dossier réalisé par Laure Bergala

Sommaire

Le dossier que vous souhaitez consulter est payant ou réservé à nos abonnés.

Vous êtes abonné.
Merci de vous identifier.

Achetez ce contenu à l'unité
Tarif : 15.00 euros TTC
Revue Banque