Finance climat

Comment le monde financier se prépare au scénario 2°C

Dossier réalisé par Laure Bergala

Introduction

Comment le monde financier se prépare au scénario 2°C

L’existence des dérèglements climatiques et la nécessité de limiter le réchauffement sous les 2°C comme le préconise l’Accord de Paris ne sont quasiment plus remis en cause aujourd’hui. Le secteur financier s’empare de plus en plus du sujet climat. La volonté d’établir un reporting de l’exposition de chaque acteur aux risques climatiques progresse, comme celle d’agir pour réorienter investissements et financements et construire une économie bas carbone.

Finance climat

Ce que la crise de 2007-2008 n’a pas réussi à faire, l’urgence climatique le réussira-t-elle ? Transformer la finance en finance durable, de long terme. Ce qui signifie désormais la rendre compatible avec un scénario de limitation du réchauffement à moins de 2 °C en 2100, selon la trajectoire que propose l’Accord de Paris signé lors de la CoP21 en décembre 2015. C’est-à-dire construire une économie « bas carbone » qui réduit les émissions de gaz à effet de serre pour limiter les bouleversements qui mettent déjà en danger écosystèmes et populations.
Si actuellement la finance européenne accompagne une économie qui mène à un scénario de 4 ou 5 °C de réchauffement, la prise de conscience par les secteurs économique et financier de la nécessité de se diriger vers un modèle bas carbone a fait de grands bonds en avant depuis deux ans. Finance et climat ne sont plus antagonistes. Il semble déjà loin le temps où s’opposaient d'un côté ONG et société civile, qui cherchaient à faire sortir les banques des financements les plus pollueurs, et de l'autre des financiers qui adoptaient leurs premières politiques sectorielles, ne serait-ce que pour éviter le risque de réputation. Acteurs publics et instances internationales portaient alors le sujet climat davantage que le secteur privé.
Or il ne reste plus guère qu’un Donald Trump pour ne pas vouloir comprendre que le réchauffement est en cours. Des entreprises, états, et villes pesant au total un tiers du PIB des États-Unis ont d’ailleurs constitué la coalition « We are still in » juste après l’annonce par le président américain de son retrait de l’Accord de Paris le 1er juin.
La prise de conscience de la nécessité de se diriger vers un scénario 2 °C a eu plusieurs déclencheurs : le constat des catastrophes, par les assureurs notamment, et donc de la réalité des risques, la mobilisation liée à la CoP21, mais aussi les premiers pas de la législation, avec le vote en France de l’article 173 de la loi transition énergétique (TE) qui oblige investisseurs institutionnels et grands gérants d’actifs à informer sur leurs stratégies liées au risque climat.
Au rang des motivations, on trouve également l’intérêt bien compris des financiers, investisseurs en premier lieu. Car les stranded assets, ces actifs échoués, existent. Certains secteurs comme les grands charbonniers américains commencent à subir des dépréciations massives. Or réduire les activités fortement émettrices de carbone suppose de laisser dans le sol une bonne partie des réserves de pétrole et de charbon…
La question n’est donc plus désormais de savoir si le risque climat existe, mais comment l’appréhender. Rendre la finance compatible avec un scénario 2 °C, c’est d’abord chercher à mesurer l’empreinte climat des acteurs et ce qui les sépare de cette trajectoire 2 °C. L’article 173 de la loi TE pourrait être répliqué au niveau européen si le rapport final que doit remettre fin 2017 le groupe d’experts sur la finance durable (HLEG) mis en place par la Commission européenne le préconise. Au niveau international, les entreprises peuvent dès à présent suivre les recommandations publiées en juillet par la task force sur les risques liés au climat (TCFD) du G20 qui les invite à plus de transparence sur l’impact sur leurs activités des risques climatiques.
Au-delà du reporting, l’action prime, dans un secteur financier encore mainstream. Les acteurs ont commencé à désinvestir les actifs carbonés et réorienter flux et financements vers des actifs verts, par l’émission de green bonds notamment. Qui dit risque dit souvent réglementation, et celle-ci peut aussi favoriser des inflexions. Différents types d’acteurs y réfléchissent. La fédération bancaire française a proposé l’idée d’un « green supporting factor », un « traitement prudentiel adapté » pour faciliter financements et investissements dans la transition énergétique.
Dans le contexte du Brexit et du retrait de Trump, la CoP23 s’ouvrira le 7 novembre à Bonn sous présidence des Îles Fidji, puis un Climate Finance Day sera organisé par Paris Europlace et Bercy le 11 décembre à Paris, suivi le lendemain d’un sommet climat organisé par la France avec la Banque Mondiale, deux ans jour pour jour après la signature de l’Accord de Paris. Nombre d’acteurs sensibilisés au sujet considèrent qu’il existe un momentum français et européen favorable à la finance climat. La Place de Paris a lancé en juin l’initiative Finance for Tomorrow qui rassemble acteurs publics et privés avec pour objectif de développer cette finance verte et durable…

Dossier réalisé par Laure Bergala

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