Banques au régime : qui prend des risques à leur place ?

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Banques au régime : qui prend des risques à leur place ?

Les banques européennes auront-elles la ligne sur la plage cet été ? Elles s’y emploient en réduisant la taille de leurs bilans. Nombre d’opérations concernent des portefeuilles de prêts. À qui sont-ils cédés ? Et comment les banques vont-elles parvenir à rester au centre du financement de l’économie ?

Banques au régime : qui prend des risques à leur place ?

Maigrir… Les banques européennes cherchent à perdre du poids afin de rentrer dans le costume bâlois. Les ratios de Bâle III les incitent à céder les activités qui, aux yeux du régulateur, présentent des risques nécessitant quantité de fonds propres. Par ailleurs, l’EBA impose, d’une certaine façon, de respecter ces ratios dès juin 2012. D’où la mise en vente d’activités entières ou de portefeuilles par les banques. L’idéal étant, pour la cédante, de se délester d’activités gourmandes en liquidités, en particulier s’il s’agit de dollars, étant donné le stress actuel sur le financement dans cette devise. Ainsi, BNP Paribas a vendu un portefeuille de prêts nord-américains au secteur énergétique à Wells Fargo.

Comme dans cet exemple, les transactions portent souvent sur des loans. Chez Crédit Agricole CIB [1], ce sont 8 milliards d’euros de prêts qui ont été cédés entre août et avril dernier, une somme à comparer aux 125 milliards que constituent l’ensemble des financements accordés par la banque verte aux acteurs économiques. Si certains établissements bancaires non européens (américains et asiatiques) sont en mesure de faire leur shopping, ils sont beaucoup plus rares en Europe où les acteurs les mieux à même d’acquérir ces actifs ne sont pas des banques, mais des investisseurs de long terme. Il s’agit de fonds de pension, d’assureurs et de particuliers fortunés qui acquièrent ces actifs au travers de fonds d’investissement.

Mais les investisseurs institutionnels envisagent d’aller plus loin et de prêter de façon plus directe aux acteurs économiques en quête de financements, notamment dans le domaine des infrastructures. Dans quelle mesure ces acteurs pourraient-ils se substituer aux banques ? Pour Jean-Pierre Mustier qui dirige la BFI d’UniCredit, cette émergence de prêteurs alternatifs demeurera un phénomène marginal. Analyse moins tranchée de la part de Mikaël Cohen de CNP Assurances, qui investit dans des fonds de dettes constitués de prêts à l’immobilier commercial. En revanche, l’économiste Michel Aglietta pense clairement que ce transfert de risques, des banques vers les investisseurs institutionnels, doit s’amplifier. Cela pourrait bien être le cas si la stratégie de Crédit Agricole CIB [2]s’avère gagnante ; en effet, la banque est en train d’adopter un modèle dans lequel 80 % des prêts originés seront portés par des investisseurs. Ce modèle de type « originate to distribute » est suivi par d’autres banques (Société Générale, par exemple).

La réglementation bâloise pourrait donc, indirectement, affecter le rôle des établissements bancaires sur le Vieux Continent : « Dans le modèle européen, les banques assurent l’essentiel du financement de l’économie, rappelle Régis Monfront, directeur général délégué de Crédit Agricole CIB. À terme, un modèle de financement plus désintermédié va se développer en Europe continentale. Les banques porteront moins de risques et seront en partie remplacées par des investisseurs comme les fonds de pension ou les compagnies d’assurance. »

Parmi les nouveaux preneurs de risques se trouvent également de riches particuliers qui investissent au travers de hedge funds. Un shadow banking system est-il en train de se constituer ? L’Europe s’en inquiète, tout comme les États-Unis où un phénomène semblable existe : le 9 avril, lors d’une conférence à Stone Mountain, Ben Bernanke a reconnu qu'« un effet secondaire inévitable des nouvelles réglementations est que le système s’adaptera de manière à pousser les prises de risques des sphères les plus régulées vers celles moins régulées, augmentant ainsi la nécessité d’un contrôle attentif et d’une supervision de l’ensemble du système », des propos rapportés par Les Échos. Des garde-fous sont donc à prévoir pour éviter les déboires qui ont découlé des transferts de risques anarchiques effectués avant 2007.

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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